Dominique Giraud est devenue la nouvelle présidente du conseil de village de Grand-Baie. Élue en tête de liste dans la localité lors des dernières élections villageoises, son équipe, Solidarite Organization Vilazwa (S.O.V), avait raflé les neuf sièges à pourvoir. Dans l’interview qui suit, elle explique pourquoi les habitants de Grand-Baie ont fait confiance à une organisation apolitique pour diriger leur village. Pour elle, c’est le travail social qui est la clé de sa réussite. Cette habitante de Péreybere profite de l’occasion pour annoncer que le Village Hall du village cédera bientôt la place au dispensaire de la localité, qui sera démoli pour faire de la place à une médiclinique.

Qui est Dominique Giraud ?
De toute ma vie, j’ai tout le temps été engagée dans le social. Je crois que cela vient de maman, une personne très engagée, qui était dans La Croix Rouge. J’ai toujours vu que c’était une personne qui aimait s’occuper de son prochain. Maintenant, j’ai pris le relais et le travail se fait de manière un peu plus élargie pour faire bouger les choses au village. Je suis mère de quatre enfants et veuve depuis 20 ans. Maintenant que mes enfants ont grandi, j’ai un peu de temps à donner et je me suis dit pourquoi ne pas poser ma candidature pour les villageoises. Une équipe est venue me chercher pour m’embarquer dans cette aventure. Je dois dire que j’avais déjà posé ma candidature dans le passé, et ce il y a 12 ans environ.

Vous avez été élue en tête de liste lors des dernières élections villageoises, à Grand-Baie. Comment expliquez-vous cette situation, d’autant plus que votre parti n’a pas été soutenu ni par l’opposition ni par le gouvernement ?
J’étais déjà engagé dans le village pour aider les plus pauvres. Mon idée consiste à faire que les gens aient un toit et à manger correctement. Bien entendu, tout le monde ne peut pas être pareil. Mais j’aide au moins les gens à sortir de la misère. Moi, je suis disposée à aider quand la personne est disposée à attraper son bout. Je ne vais pas venir vous voir si vous n’avez pas envie de vous mettre debout et de continuer. Moi, je vais essayer de vous trouver un travail et de vous donner un peu à manger au début afin de subvenir un peu au besoin nécessaire de la vie pour vous aider et à bondir dans la vie. J’ai aussi comme engagement la promotion du sport pour empêcher les jeunes de sombrer dans la drogue. Bien sûr pour cela, il faudrait la collaboration de tous, car Dominique Giraud ne peut pas tout changer avec une baguette magique ! J’aurais besoin de la collaboration du District Council, de sponsors et des finances. Comme Martin Lutherking, j’ai un rêve. Il faut continuer à rêver, car, dans ce monde d’aujourd’hui, il vaut mieux rêver plutôt que d’abandonner la partie. Rêver oui, mais il faut aussi se mettre au travail après. Au fait, ce sont les autres qui me motivent. Comment ai-je été élue en tête de liste ? Je pense que les gens m’ont fait confiance. C’est le travail social qui est au fait la clé de ma réussite. Moi, je suis très contente car il y a eu au moins quatre femmes qui sont arrivées. Cela prouve que la femme a sa place dans la société et cela me motive encore plus. J’ai aussi beaucoup travaillé sur le terrain pendant la campagne. J’ai bien motivé les gens à venir voter. Déjà là, on voit qu’il y a au moins 44% de l’électorat qui ont accompli leur devoir civique. Mais je ne m’attendais pas à un score de 9-0 avec mon équipe. Le jour de la proclamation des résultats, j’étais sur les nuages. J’ai pris au moins quelques jours pour atterrir sur terre après. Je pense que les villageois de Grand-Baie ont voulu un changement et moi, je suis là pour lever le pavillon de mon village. Il est sûr, cependant, qu’il faut maintenant travailler avec le gouvernement du jour. Je ferai la même chose avec tout gouvernement qui viendra au pouvoir. Je vais travailler en toute sincérité et en toute honnêteté. Les gens ne vont pas me changer. Pena simin. Je suis ce que je suis. Je travaille beaucoup avec le cœur. On ne va pas me corrompre. No way. Je vais suivre tout ce qui m’a été donné comme consigne, comme Code of Conduct.

Avez-vous senti durant cette joute électorale que les gens préféraient des candidats apolitiques pour diriger leur village ?
Je dois dire que personne n’est parfait. On doit prendre tout ce qui est bon. Je pense que oui, il y a une tendance vers les candidats apolitiques. Beaucoup de Mauriciens sont en train maintenant de voter avec l’intelligence et discernement. C’est ce que je ressens en tout cas. Les gens veulent voir les choses bouger. On ne peut pas continuer à venir ici au conseil et de ne pas dire les choses qu’il faut. Moi, je n’ai pas promis beaucoup de choses durant la campagne. J’ai dit des choses nécessaires pour le village, comme la distribution des poubelles, l’installation des lampadaires, le nettoyage des plages, etc… Grand-Baie ne concerne pas seulement les touristes, mais également tous les Mauriciens. Nous voulons que Grand-Baie devienne un village accueillant où règne la sécurité. On aura besoin, pour cela, de la collaboration des villageois. On va innover.

Quels sont vos projets pour Grand-Baie ?
Dans l’immédiat, surtout ce mois-ci, nous allons organiser une sortie pour les Senior Citizens. Cet événement aura lieu le 17 décembre prochain. On va les accompagner. Je pense qu’on fera sortir au moins 11 autobus. On organisera, le 19 décembre prochain, la Noël pour les enfants âgés jusqu’à cinq ans. On va d’abord faire un recensement dans le village à travers une campagne d’affiches dans tous les quartiers pour connaître le nombre d’enfants dans cette tranche d’âge. Dans notre équipe on a un responsable pour chaque quartier. Il faut savoir que la juridiction du conseil de village de Grand-Baie s’étend de la plage publique de Mon-Choisy à celle de Bain-Bœuf, à Péreybère. À la plage de Baie-Bœuf, on va faire installer un passage clouté et des lampadaires. Nous allons également réhabiliter le débarcadère de Grand-Baie. On fera réparer les bancs cassés et installera des lampadaires sur la plage publique de Grand-Baie et déplacer les toilettes publiques. Il y aura aussi deux à trois futals à Grand-Baie. Il faut promouvoir le sport pour les garçons et les filles. L’école de voile est maintenant laissée à l’abandon. On a donc décidé de lui redonner vie. Pour moi, chaque Mauricien comme aux Seychelles, aurait dû savoir nager et faire de la voile. On va aussi monter une petite école de natation et on relancera plusieurs autres activités au village, telles le carrom et le billard. Je serai au Village Hall une fois par semaine pour l’écoute et les doléances. Par ailleurs, je vais apporter ma contribution pour faire reculer la grossesse précoce à travers une campagne de sensibilisation. Quant à la prostitution, je dois dire que ce ne sont pas les habitants de Grand-Baie qui font ce métier. Ce sont des gens venus d’ailleurs. La COVID-19 a fait beaucoup de tort au village touristique de Grand-Baie. Les skippeurs n’ont plus de travail et les assistants “boatman” dans les hôtels ont été renvoyés en premier. Certains gagnent leur vie à travers le jardinage, car beaucoup d’entre eux n’ont pas eu l’occasion d’apprendre beaucoup de choses. Mais au niveau de la construction, il y a beaucoup de choses à faire. Si on veut travailler, il y a du travail. Il faut tout simplement le chercher et ne pas se laisser décourager. On aimerait aussi mettre en avant les femmes au foyer, c’est-à-dire les aider à mettre leur savoir-faire en vente à travers des foires.

Avez-vous été victime d’un lobby durant la campagne pour vous ranger dans tel ou tel camp politique ?

Je dois dire que personne n’est venu me voir. Je marche vraiment “one way”.

Quelle est votre réflexion sur les nouveaux élus à la tête des conseils des districts ?
Au départ, les gens disaient qu’il fallait faire attention et ne pas voter pour ceci ou pour cela. Nous avons pris la décision de travailler avec le gouvernement. On brandit le pavillon du village, mais on doit travailler avec le gouvernement en place. Moi, je n’ai donné aucune consigne de vote lors de l’élection du président du conseil de district. J’ai tout simplement demandé à mes deux colistiers, qui sont montés au District Council, de voter avec leur cœur et leur conscience, car nous sommes obligés, quelque part, de travailler avec le gouvernement du jour. Au niveau du conseil de village, nous avons déjà une première réunion pour analyser les doléances des habitants. Nous avons pris la décision de permettre au dispensaire de Grand-Baie de venir opérer au Village Hall. On cédera ainsi ce bâtiment du village à ce besoin et, nous, nous allons bouger au premier étage. On a tous signé pour dire oui pour ce transfert. C’est le ministère de la Santé qui prendra la relève en attendant la construction d’une médiclinique au village.