« Tous les animaux, y compris l’humain, ont les mêmes besoins : nourriture, amour, famille… »

Première ministre de la Protection animale dans le monde, Maneka Gandhi, a apporté des réformes majeures en Inde pour la protection animale. Sous la direction de cette militante de renom qui siège toujours au Parlement et qui a été nommée quatre fois ministre (celui de l’Environnement, de la Culture, de la Femme, du Social Welfare), des inspections inopinées de laboratoires où des animaux sont utilisés pour la recherche scientifique ont été menées et les actes de cruauté à l’encontre des animaux domestiques dénoncés et sanctionnés. Ayant intervenu dans un précédent article dans Week-End concernant la politique de capturer et de tuer à Maurice, la veuve de Sanjay Gandhi — fils d’Indira Gandhi (ancien Premier ministre de l’Inde) — a accepté de nous accorder une interview où elle évoque ses quarante années à oeuvrer sans relâche pour le bien-être animal et suggère l’importance d’avoir à Maurice un ministère pour le bien-être animal, mais également que les autorités acceptent enfin l’aide des ONG internationales pour la stérilisation en masse et la gestion des chiens errants.

Maneka Gandhi, vous faites partie de l’une des familles les plus célèbres au monde et vous êtes une militante animalière de renom. Comment vous êtes-vous intéressée aux animaux et comment avez-vous utilisé votre notoriété pour lutter en leur faveur?

— J’ai toujours été une activiste pour la cause animale. Mais pendant des années, je n’ai rien fait d’autre que les nourrir. Ce n’est qu’après la mort de mon mari, quand j’avais 23 ans, que j’ai créé un refuge, le premier en Inde. Quelques années plus tard, j’ai animé une émission télévisée hebdomadaire intitulée « Heads and Tails » sur la seule chaîne nationale Doordarshan. Et à partir de là, nous avons donc créé une ONG de protection des animaux appelée People for Animals. Le fait d’être dans la politique — en fait, je suis le plus ancien membre du Parlement en Inde — m’a ouvert des portes pour changer de méthode. Mon nom aide dans la mesure où il est connu, mais également par ces 40 années de travail acharné en faveur de la cause animale.

Que pensez-vous du terme « droits des animaux » et quels droits les animaux devraient-ils avoir ?

— Animals are nations unto themselves. Nous devrions apprendre à reconnaître et à respecter cela. Il n’y a pas de différence entre les droits et le bien-être : mais la compassion est impérative. La cruauté nous dégrade en tant qu’êtres humains et en tant que nation. Mais pour pouvoir contourner la cruauté et nous y opposer, nous devons faire une introspection et prendre conscience de ce que nous mangeons, ce que nous utilisons. Vos ambitions définissent votre quotient de cruauté. Vous voulez une grande maison ? les arbres seront coupés. Ces arbres sont les êtres qui soutiennent les oiseaux et les animaux. Vous voulez six paires de chaussures ? de nombreux animaux seront tués. Basically you have to be mindful and understand one simple thing : the more animals you kill, the worse your own life will be. So when you stand up for animals, you are actually standing for the quality of life for human beings.

Les actes de cruauté envers les animaux récemment signalés à Maurice se sont manifestés sous la forme de chiens étranglés, muselés et laissés pour mort, ou empoisonnés. Et les auteurs sont inconnus, donc impunis. Nous ne pouvons pas non plus oublier les photos divulguées de chiens se dévorant entre eux et qui ont fait le tour du monde. Selon vous, que faut-il faire pour que les gens développent plus d’empathie et de compassion en vers les animaux ?

— La première chose est de prendre conscience que nous ne pouvons pas attendre que les gens deviennent plus compatissants. Le gouvernement doit assumer ce rôle et élaborer immédiatement une politique pour améliorer les choses. When the heart opens it opens for all. Un gouvernement qui est indifférent aux animaux est presque toujours indifférent aux sections les plus vulnérables de la société humaine. Un gouvernement humain est sensible à tous. Si vous vous en rendez compte, alors chacun devra viser à mettre le bien-être animal à l’agenda politique de chaque parti.

Selon votre expérience, que manque t-il dans nos institutions? Et quels sont les outils juridiques les plus efficaces pour faire avancer la défense des animaux ?

— Ce qu’il faut, c’est que de plus en plus de gens s’engagent et militent activement pour les droits des animaux et forment une ONG forte ou une fédération qui puisse travailler avec la gestion des politiques au sein du gouvernement. Parfois, une seule personne au gouvernement au bon endroit peut faire des merveilles. Si vous les récompensez avec de la renommée/des appréciations/des votes, alors plus de gens le feront. L’on doit également faire pression pour le bien-être des animaux en période électorale. On doit avoir recours aux tribunaux pour changer la politique sur le terrain. Et, bien sûr, les médias sont toujours des alliés. Pour une île comme Maurice, qui a des valeurs humaines profondément ancrées, il serait bon d’avoir un ministère du bien-être animal.

Selon vous, pourquoi le gouvernement mauricien continue-t-il de refuser l’aide internationale pour la stérilisation de masse ?

— Je n’en ai aucune idée, les ONG sont prêtes. Le problème pourrait être réglé en deux ans avec de l’efficacité. Qu’est-ce que deux ans?

Quelle importance accordez-vous au végétarisme dans votre travail ?

— C’est la base de tout travail. Vous ne pouvez pas vous occuper des animaux et les manger. Si vous reconnaissez que tous les animaux, y compris l’humain, ont les mêmes besoins : amour, divertissement, nourriture, famille, alors comment pouvez-vous vous manger vous-même. Sur Terre, nous sommes sous différentes formes, mais chaque âme, chaque esprit est le même. Les animaux sont votre chemin vers le nirvana et le bonheur. Si vous vous reconnaissez en eux, alors vous serez plus gentil avec les gens et avec vous-même. Eating them and petting a few, is simply a hobby and it becomes very boring for you to sustain. 

Quels conseils aimeriez-vous donner aux personnes qui souhaitent participer à la diffusion d’un style de vie sans cruauté envers les animaux ?

— Become vegan , do not wear leather, aspire to fewer and fewer things. There is an iron-clad law of the universe: do not harm and the universe will roll at your feet and give you what you really want.

Et qu’elles qualités doit-on avoir pour cette lutte? Pour le dire autrement, pourriez-vous vous décrire en quelques mots ?

— Travailleuse acharnée, passionnée par l’aide à tous les êtres vivants, curieuse et intéressée par tout, de l’art aux plantes, désireuse d’apprendre chaque jour.

Propos recueillis par Isabelle Marechal-Gébert

 

 

HT

Quelques-unes de ses nombreuses réalisations pour le bien-être animal en Inde

Née le 26 août 1956, Maneka Sanjay Gandhi a créé le ministère de la Protection des animaux, le premier du genre au monde. Il a duré de 1996-2002. De la création du premier refuge pour animaux en Inde en 1980 à la création de milliers d’autres refuges pour animaux, Maneka Gandhi a changé à elle seule, la vie de millions d’animaux. Grâce à elle, l’abattage de chiens comme méthode traditionnelle de contrôle de leur population a été interdit. La soixantaine d’ambulances et les 34 hôpitaux vétérinaires de la fondatrice et présidente de People for Animals sauvent plus de 5000 animaux chaque jour. L’ONG parcourt villes, écoles, entreprises, académies de police, avocats, associations et clubs sociaux pour éduquer sur le bien-être animal. Elle est l’auteur de « Animal Laws of India » (Universal Law Publishing Company). La seule compilation de toutes les lois de protection des animaux de l’Inde. Utilisée par les juges, les avocats, la police et les militants. Maintenant dans sa 4e édition et enseigné dans 112 facultés de droit. Elle est également l’auteur de plus de 20 livres sur les plantes, l’environnement, le végétarisme et les animaux.

Sensibiliser à l’environnement et initier diverses législations pour réformer le mouvement indien des droits des animaux, des abattoirs illégaux au commerce d’animaux sauvages, promouvoir le végétarisme, mettre fin à la cruauté envers les animaux dans les films indiens, interdire les mini et zoos mobiles, mettre fin aux combats de taureaux à Goa ou aux sacrifices barbares d’animaux… Maneka Gandhi a été une source d’inspiration pour des millions d’Indiens et a changé de façon permanente la façon dont les animaux sont traités par la population et par le gouvernement. Elle gère également le Sanjay Gandhi Animal Care Center (SGACC) à New Delhi, le plus grand établissement caritatif de protection des animaux en Asie. Le centre a été construit avec toutes les ressources que son défunt mari lui a léguées (il est décédé quand elle avait 23 ans, lui laissant un bébé de trois mois), et fournit un abri et des soins vétérinaires à des milliers d’animaux chaque jour. Le Sanjay Gandhi Animal Care Center accueille et traite les animaux malades et errants de tout New Delhi et des États voisins et gère un service d’ambulance gratuit 24h/24 pour secourir les animaux malades et blessés. Il mène un programme de stérilisation et d’inoculation des animaux des rues. Grâce à elle, la dissection dans les écoles a cessé. Maneka Gandhi a complètement transformé la vie de milliards d’animaux de laboratoire en mettant en place des réglementations strictes pour leur utilisation et pour empêcher leur mauvaise utilisation. En tant que présidente du Comité de contrôle et de surveillance des expérimentations animales, elle a rendu l’expérimentation animale facultative au lieu d’être obligatoire pour les entreprises pharmaceutiques et cosmétiques.

Isabelle Marechal