Ajay Jahree, un habitant de Centre-de-Flacq de 53 ans, a exercé comme ingénieur pendant une vingtaine années. Puis, en 2008, il a décidé d’abandonner une carrière prometteuse pour devenir entrepreneur, spécialisé dans la fabrication d’emballages alimentaires écologiques et biodégradables. Sa compagnie, baptisée Ecology Bags Co Ltd. mise sur le respect de l’environnement. La devise d’Ajay Jahree est : « Save our island, just paper ». Rencontre.

Ecology Bags Co. Ltd. est une entreprise locale située à Centre-de-Flacq. Elle est spécialisée dans la confection d’emballages alimentaires écologiques et biodégradables, à savoir des “shopping bags” et des cornets, entre autres. Son propriétaire est Ajay Jahree, un ancien ingénieur converti en entrepreneur depuis 12 ans. Une décision qu’il dit ne pas regretter car il a trouvé son « grand bonheur dans le domaine de l’entreprenariat ».

Ancien élève du collège d’État Rajcoomar Gujudhur, à Flacq, Ajay Jahree a entrepris des études supérieures en “electromechanical engineer” au Lycée Polytechnique à Flacq, après ses études secondaires. « J’ai complété mes études en ingénierie en 1986 et j’ai décroché mon premier emploi un an après, soit en 1987, comme ingénieur sur la base américaine à Diego Garcia. Quelques années plus tard, je suis retourné à Maurice pour travailler comme ingénieur à la Central Water Authority. Cette aventure a duré quatre ans, après quoi j’ai rejoint le ministère de la Jeunesse et des Sports. Puis, j’ai travaillé pour le compte d’une autre entreprise pendant 12 ans. Après 20 années de carrière comme ingénieur, j’ai décidé de me lancer à mon propre compte », relate Ajay.

Nous sommes en 2007. Ajay s’apprête à lancer un commerce dans la fabrication de sacs en papier. « Cette idée m’est venue quand je travaillais à Diego Garcia dans les années 80. À cette époque, il n’y avait pas de sacs en plastique. Les habitants de Diego Garcia utilisaient des sacs en papier. Cela m’a inspiré et je voulais reproduire la même chose à Maurice. Puis, en 2008, le pays est frappé par une inondation. Il y a eu des morts d’hommes à Mont-Goût. Les rivières débordaient et personne ne pensait aux causes. La population blâmait le gouvernement alors qu’elle était la cause même de ce problème. Les gens jetaient des sacs et des bouteilles en plastique dans les rivières. Et je me suis dit qu’il fallait un changement. Une raison de plus d’introduire les sacs en papier sur le marché local », dira Ajay.

Avec le soutien de sa famille, l’ancien ingénieur entame des démarches pour ouvrir son entreprise de production de sacs en papier. Mais les débuts n’ont pas été faciles. Ajay revient sur son combat pour obtenir un financement. « J’ai préparé une présentation et je me suis rendu à plusieurs banques en quête d’un emprunt. C’était un nouveau type de commerce à Maurice à cette époque et les banques ne voulaient pas prendre de risque. Finalement, j’ai été forcé d’hypothéquer mon terrain et ma maison pour avoir un emprunt. Et c’est ainsi que mon entreprise Ecology Bags Co. Ltd a vu le jour », fait-il ressortir.
L’entrepreneur se rend alors en Chine et en Inde pour l’acquisition d’une machine.

Finalement, il a trouvé la machine dont il avait besoin à Chennai, en Inde, au coût de Rs 1,8 million. « J’ai investi Rs 2,2 millions, dont Rs 1,8 million pour la machine et Rs 400 000 pour les matières premières. J’ai rencontré des fabricants à Chennai qui m’ont partagé leur savoir-faire de ce métier, notamment en termes de montage, impression. Ensuite, je suis retourné à Maurice pour construire une petite usine à l’arrière de ma maison sur une superficie de 1 800 pieds carrés et je me suis lancé dans cette nouvelle aventure », poursuit-il.

Ingénieur de profession, Ajay n’avait aucune notion dans la confection de sacs en papier. Toutefois, dit-il, les procédures n’étaient pas si difficiles. « Après deux ou trois mois d’essais, j’ai pu trouver la bonne formule et produire de jolis sacs en papier. J’ai commencé à travailler avec des supermarchés et des fast-foods. »

Au début, Ajay bénéficiait du soutien de sa famille car sa situation ne lui permettait pas d’employer des gens. « Dans un premier temps, je travaillais seul. Mon fils venait me donner un coup de main après l’école. Ensuite, j’ai recruté un Helper. Nous avons travaillé ainsi pendant des années. Graduellement, notre entreprise s’est fait une place sur le marché local. J’ai alors diversifié ma production, en introduisant un autre produit qui est le “shopping bag”. Au fil des années, j’ai agrandi mon entreprise. Aujourd’hui, je possède huit machines modernes et sophistiquées, une usine construite sur une superficie de 8 000 pieds carrés et dix employés », indique Ajay.

Après les cornets et sacs en papiers, Ajay se lance également dans la confection de verres en papier, très prisés de nos jours pour les fêtes. Ajay relate que les Mauriciens utilisent beaucoup de verres en plastique, nuisibles à l’environnement. Il s’est alors rendu en Chine pour l’acquisition d’une machine pour la fabrication de verres en papier. Comme il l’a fait pour ses sacs en papier, il a fait des essais pendant deux mois avant de promouvoir son nouveau produit sur le marché local. « J’apprenais les procédures de production sur YouTube et je demandais des conseils auprès des fournisseurs. Je suis le premier et probablement le seul à avoir une usine à Maurice qui produit des verres en papier.

Aujourd’hui, je fabrique une panoplie de produits en papier, à savoir des cornets, des shopping bags, des take-aways, des boîtes pour burger, des plateaux, entre autres. Je me suis engagé dans la production des emballages en papier », précise Ajay.

Cela fait 12 ans qu’il a abandonné sa profession d’ingénieur pour devenir entrepreneur. « Je suis très content et satisfait de mon parcours. Je ressens une grande joie quand je vois mes produits partout sur le marché. La lutte n’a pas été facile. J’ai dû aller dans les supermarchés, sur les caisses, pour sensibiliser les gens sur l’importance d’utiliser des emballages en papier. D’ailleurs, l’éducation de la population est toujours en cours. Il faut changer la mentalité des Mauriciens pour stopper l’utilisation des emballages en plastique », soutient-il.

Ajay indique qu’il ne compte pas s’arrêter là. « Ma mission, c’est de convaincre les Mauriciens de ne plus utiliser les emballages en plastique et pour cela, il faut mettre à leur disposition une panoplie de produits en papier. Évidemment, j’ai de grands projets en tête dans ce domaine. Je souhaite, entre autres, me lancer dans la production de pailles en papier, de plats en papier et d’autres produits qui sont prisés pour les fêtes. Je veux que mon entreprise soit complète dans la production d’emballages en papier. Pour cela, je demande au gouvernement d’accorder plus de soutien aux PME à travers SME Mauritius afin que nous puissions atteindre notre objectif », conclut-il.