• Catherine Malepa (Franc & Son) : « Grâce à COVID-19, des portes se sont enfin ouvertes pour nous »
  • Des entreprises se tournent vers les produits locaux pour leurS « corporate gifts »
  • Ruth Jolicoeur (Indoor Jungle) : « Le Mauricien est en train de découvrir que l’on sait faire de jolies choses localement »

La conscience de Made in Moris poursuit son bonhomme de chemin. Les exemples n’en mnquent pas. La COVID-19 a eu « un effet bénéfique » sur les ventes, fait comprendre Catherine Malepa, Managing Director de Franc & Son. Elle souligne que, depuis la pandémie et la crise économique, les Mauriciens ont enfin compris l’importance de soutenir les produits locaux et les petits entrepreneurs en achetant leurs produits.
Franc & Son est une petite entreprise familiale fabriquant des produits alimentaires à base de légumes et fruits de saison, d’épices et de noix, mais aussi des produits en cuir (sacs, ceintures et pochettes, entre autres).

« Depuis mars, il y a eu beaucoup de mauvaises retombées sur le business mais, après, les choses ont évolué dans la bonne direction, notamment grâce à l’effort de beaucoup d’organisations », dit Catherine Malepa. Car les Mauriciens sont de plus en plus nombreux à privilégier des produits fabriqués localement pour leurs provisions. Ce changement d’attitude n’est pas seulement pour soutenir les entreprises locales, mais aussi parce qu’ils « réalisent la valeur et la qualité des produits locaux », poursuit-elle. « Cela nous touche, car cela nous motive à donner encore plus de qualité. »

Finalement, la COVID-19 n’a pas généré que des impacts négatifs sur ces petits entrepreneurs, « elle nous a aussi vraiment aidés », dit-elle. Quand elle venait de démarrer au sein de l’entreprise avec des produits 100% faits main et faits maison, « les gens faisaient des critiques », se rappelle-t-elle. Mais depuis la crise, la réaction a changé, et ce d’autant que l’entreprise qu’elle dirige, Franc & Son, a profité du confinement pour innover en élaborant de nouveaux produits alimentaires, surtout à base de légumes, notamment. « Les Mauriciens sont désormais heureux d’acheter local et ils nous poussent à innover davantage. Ils nous suivent et font du marketing pour nous grâce au bouche-à-oreille et, maintenant, ils valorisent ce qui est fabriqué localement », confie Catherine Malepa.

Et il n’y a pas que l’intérêt des clients individuels qui s’est décuplé, même les entreprises se sont tournées vers le fait-local pour les “corporate gifts” de fin d’année. Beaucoup d’entreprises n’ont pu importer des produits de Chine pour leurs cadeaux et ont été « forcées » de se tourner vers les producteurs locaux et cela a contribué à leur notoriété et a donné la chance à plein d’entrepreneurs locaux de pouvoir travailler avec de grandes entreprises s’agissant des cadeaux de fin d’année.

La lumière au bout du tunnel

Franc & Son, par exemple, a pu fournir des “corporate gifts” à trois compagnies. Une nouvelle opportunité pour la petite entreprise, qui n’a jamais été en mesure de pénétrer dans ce marché avant la crise « car les entreprises étaient restées focalisées sur les produits importés ». Et de poursuivre que, « grâce à COVID-19, des portes se sont enfin ouvertes pour nous, et volontairement ». Catherine Malepa ajoute : « Nous avons aujourd’hui affaire à des gens beaucoup plus compréhensifs et beaucoup plus intelligents concernant l’achat qu’ils font. »

Grâce à l’engouement des Mauriciens et des entreprises, nombreux petits fabricants locaux peuvent enfin voir la lumière au bout du tunnel et ainsi éviter la fermeture et les licenciements. « Nos chiffres ont grimpé notamment pour ce qui est de la vente directe, cela d’autant qu’ils commencent à comprendre que nos prix sont abordables », confirme la directrice de Franc & Son.

Franc & Son existe depuis bientôt sept ans, c’est une entreprise familiale qui, en fait, date de depuis plus de 40 ans. Catherine Malepa a pris la relève et a innové en lançant notamment de nouveaux produits fabriqués en cuir (ceintures, sacs pour dame, pochettes, portefeuilles, etc.) mais le gros de son “cash flow” vient du secteur alimentaire. L’entreprise se spécialise en effet dans la préservation des fruits de saison (olives, mangues, bilimbis). Ces produits sont vendus sur les rayons des supermarchés et sont même exportés en Europe depuis 2019. Une fierté pour cette jeune entrepreneure.
Par ailleurs, avec la demande des clients pour des produits sans sucre ajouté, sans additif et sans colorant, la jeune femme a effectué des recherches et a élaboré ses propres recettes pour fabriquer des fruits séchés sans sucre ajouté, sans préservateurs, ni colorant, donc très sains pour la santé. Ces fruits séchés sont vendus en sachets regroupant ananas, kiwi et pomme, entre autres. Franc & Son fabrique aussi des “eco packs” de légumes vendus entre Rs 100 et Rs 150. Un produit qui cible principalement les familles nombreuses ayant peu de moyens. « Ce pack à base de légumes séchés est pour huit personnes et permet aux familles nombreuses qui n’ont pas les moyens de pouvoir faire une soupe. »
Franc & Son fait de son mieux pour répondre aux goûts de sa clientèle, même pour les vegans qui n’arrivent pas à trouver des condiments pour leur repas. « Les condiments disponibles sur le marché contiennent des produits chimiques et d’ajinomoto, etc. J’ai travaillé sur ma propre recette et j’ai fait un genre de cube Maggi revisité. Ça a le même goût, sauf que c’est végétarien, à base de dix légumes qui ont confi dans le sel. C’est un sel agrémenté en saveurs. Cela permet d’assaisonner vraiment bien votre repas. Bref, je propose des condiments atypiques sur le marché. C’est assez récent comme produit mais la clientèle l’a bien accueilli », affirme Catherine Malepa.

L’économie du pays doit dépendre des entrepreneurs locaux, poursuit-elle, pour qu’il soit « mieux armé » à l’avenir s’il doit faire face à une autre pandémie. « Le gouvernement doit ouvrir les yeux sur les entrepreneurs locaux et leur donner beaucoup plus de facilités et aussi leur faire confiance, car l’avenir du pays dépend d’eux. »

« Il nous arrive de pleurer »

Comme Catherine Malepa, Ruth et Sophia Jolicoeur sont aussi des passionnées de leur petite entreprise. Même si celle-ci, Indoor Jungle, n’a pas vraiment été affectée pendant le lockdown, car les ventes se faisaient via Internet, les deux sœurs notent un nouvel engouement pour les produits locaux depuis ces derniers mois, et ce notamment grâce à de nombreux petits marchés organisés un peu partout, comme dans les centres commerciaux. Ces marchés ont contribué grandement, selon elles, à faire découvrir et apprécier les produits de nombreux petits entrepreneurs.

« Nous avons participé à plusieurs marchés, dont celui du Caudan, de Miss Daisy Bistrot et de Mon Choisy Mall, entre autres, et nous voyons que les gens sont désormais davantage intéressés à acheter local et nous espérons que cela restera pareil quand les frontières vont rouvrir et qu’on ne va pas recommencer à importer massivement comme avant », explique Ruth Jolicoeur.

 

Les nombreux marchés ont permis à beaucoup d’entrepreneurs de faire connaître leurs talents et leur ont apporté « beaucoup de visibilité ». Ruth Jolicoeur est enthousiasmée par l’évolution positive pour les produits locaux et, surtout, pour ceux faits main. « Le Mauricien est en train de découvrir que l’on sait faire de jolies choses localement. Quand quelque chose est fait main et, avec amour, c’est le meilleur cadeau qui peut être offert », dit-elle.


Marine Noël (Le Rendez-Vous) : « Merci aux Mauriciens ! »

Chez Le Rendez-vous, à Grand-Baie La Croisette, qui propose à la vente exclusivement des produits fabriqués par des entrepreneurs et créateurs mauriciens, la fin de 2020 a eu « un goût particulier ». Marine Noël, co-fondatrice de Rendez-Vous, dit un immense merci à la clientèle. Sa vidéo sur les réseaux sociaux a touché de nombreux Mauriciens. La clientèle est nombreuse à « encourager les marques Made in Mauritius », dit-elle. Et de souligner que, depuis le 1er décembre, le magasin n’a pas désempli, accueillant plus de 500 visiteurs par jour. « Les clients entrent et repartent avec le sourire. Il y a un partage de bonnes énergies incroyables cette année », se réjouit-elle. Elle ajoute : « Depuis le 1er décembre, ce sont presque 5 000 articles vendus en magasin, des cadeaux Made in Mauritius, qui seront sous les sapins cette année. Nous n’avons pas fini de dire merci aux Mauriciens ! »


Indoor Jungle : des pots uniques et artistiques

Indoor Jungle propose des petits pots avec ou sans plante, cendriers et porte-plume en ciment, mais avec leur propre touche artistique pour la peinture des pots. Une variété de modèles est proposée et les produits peuvent aussi être commandés. Les pots sont fabriqués par les deux sœurs de A à Z. Ce n’est que l’année dernière que Indoor Jungle a véritablement démarré. « Nous avons débuté cette activité par pur fun, mais après, tout a été très vite. Les gens se sont intéressés et les ventes se sont enchaînées », raconte Ruth Jolicoeur. Depuis, Indoor Jungle fait un tabac sur les réseaux sociaux et les petits pots multicolores sont vendus un peu partout, au Rendez-vous à Grand-Baie La Croisette, à Beau-Bassin, où résident les deux sœurs, et dans tous les magasins Espace Maison. Toutes deux peuvent fabriquer jusqu’à 600 pots par mois. L’une a quitté son emploi pour se consacrer entièrement à cette petite entreprise et l’autre est toujours employée par une compagnie d’assurances. « On peut dire que l’on vit de notre business. Mais il ne faut pas croire que c’est facile. Cela prend du temps pour fabriquer les pots et les peindre. Parfois nous sommes découragées et il nous arrive même de pleurer, mais nous sommes passionnées et nous continuons à avancer », dit Ruth.