• Beaucoup ont cédé leur emplacement
  • La réouverture des frontières fait craindre le pire
  • La suppression du WAS serait « catastrophique », disent les opérateurs

« Nou pe ris diab par lake. » Voilà le cri du cœur d’un agent de voyages qui résume bien les angoisses qui planent sur le secteur du tourisme, “outbound” actuellement. Beaucoup d’agences de voyages, ne pouvant travailler depuis la fermeture des frontières et confrontées à d’énormes soucis financiers, ont dû « retourner leur emplacement » pour économiser sur leurs coûts. Certes, c’est une solution temporaire « mais on n’a pas d’autres choix », confie un voyagiste, car l’absence de travail rend la location d’un bureau inutile pour de nombreuses agences. Les frais de location de certaines d’entre elles, situées dans des endroits « très prisés », sont élevés, représentant entre 20% et 25% de leurs coûts totaux.

Pour lutter contre la crise actuelle et rester en vie, certaines agences ont dû licencier. « Malgré le WAS, nous avons à faire face à des difficultés persistantes, d’autant plus que la masse salariale compte pour plus de 60% des coûts totaux d’une agence », explique-t-on. La masse salariale pèse d’autant plus lourd que les revenus, qui sont inexistants; mis à part les quelques miettes que représentent les voyages sur Rodrigues.

Malgré les difficultés actuelles, le plus gros problème surgira plus tard, disent les responsables d’agences. « Paradoxalement, le problème arrivera quand on va rouvrir les frontières, car toutes les agences seront déjà affaiblies à ce moment-là. Quand on va rouvrir le pays, il ne nous restera plus de fonds de roulement », dit l’un d’entre eux. Un autre voyagiste souligne : « Ne croyez pas que dès qu’on va rouvrir les frontières, tous les Mauriciens se précipiteront pour voyager ! Tout a changé. Le monde a changé. Il faudra faire le vaccin avant de voyager et, en plus, il y a la crise économique qui frappe tous les Mauriciens, sans oublier les licenciements et la crainte de nombreuses personnes de perdre leur emploi. Ce sera une année très très difficile. »

La majorité des agences de voyages ont déjà essuyé des pertes se chiffrant en plusieurs millions en 2020, ayant réalisé à peine 20% du volume de ventes de 2019. Et la crainte de l’arrêt du WAS pèse sur leur tête comme une épée de Damoclès et fait planer les pires angoisses sur un secteur tout aussi sinistré que l’hôtellerie. « On ne sait pas ce qui va se passer », lâche un agent de voyages qui craint le pire. « Ce n’est pas une question d’avoir envie de fermer, parfois nous n’avons pas le choix… Vous savez, nous avons parlé entre nous et nous pensons tous que, si le gouvernement décide de rouvrir les frontières le 1er avril ou le 1er septembre, et qu’il nous dit “désolé, on n’a pas les moyens de poursuivre le WAS”, ce sera catastrophique pour nous. Et c’est clair que, le jour où il rouvrira les frontières, il va supprimer le WAS. »

Un voyagiste confirme : « Nous survivons grâce au WAS. Le jour où cela cessera, nous serons en grande difficulté. » Selon lui, la réouverture des frontières dépendra des touristes qui sont vaccinés ou non, et pour les agences de voyages locales, elles devront attendre que les Mauriciens intéressés à voyager se fassent vacciner avant de pouvoir prendre l’avion. S’il reconnaît que l’ouverture du ciel « va agir partiellement comme un sérum pour notre secteur », il est persuadé que le reste de l’année « sera bien mauvais », car les agences sont extrêmement fragilisées. « Nou pe ris diab par lake. Il faut insister sur le fait que le business ne reprendra pas tout de suite avec la réouverture. Les fermetures et licenciements seront inévitables. » D’où son plaidoyer pour que le WAS continue après la réouverture des frontières.