• La filière ébranlée par la crise avec le marché hôtelier absorbant 20% de la production avant la fermeture des frontières

La filière œufs est en difficulté. Éleveur de poules pondeuses, Masood Emritte, qui dirige la ferme Golden Lay à Pamplemousses et préside l’Egg Producers Association (EPA), s’interroge. Il appréhende les prochains mois, car depuis le confinement, le prix de l’œuf sur le marché local a littéralement périclité.

Le prix est tombé jusqu’à Rs 2,50, provoquant l’arrêt brutal de certains petits producteurs. S’il y a un certain retour à la normale depuis quelques mois, le marché hôtelier reste toujours chimérique et contribue à brouiller les perspectives des producteurs locaux.
« Avec le confinement, d’un seul coup, on a perdu le marché hôtelier et ce marché n’a toujours pas redémarré, alors qu’il absorbe une part importante de la production locale d’œufs. En outre, on avait moins de débouchés sur le marché local avec le confinement le surplus a occasionné une dégringolade des prix. Vous savez, dans notre secteur c’est l’offre et la demande qui dictent le prix. Si la demande chute, le prix s’effondre également. C’est pour cela que nous avons créé cette association. Ce n’est pas pour dicter les prix, mais surtout pour développer la demande », explique Masood Emritte.

Passé le premier choc du confinement, en mai la situation était toujours pénible pour les producteurs, car il y avait un surplus sur le marché. « Et vous savez qu’en situation de surplus, ce sont surtout les petits producteurs qui paient les pots cassés car ils ne peuvent plus couvrir leurs frais. Certains ont dû fermer et d’autres pourraient encore cesser leurs opérations », dira le président de l’EPA. C’est véritablement à partir de la mi-mai que les prix ont commencé à chuter sur le marché, tombant aussi bas de Rs 2,50 l’unité. « À ce niveau, la production d’œufs n’est pas rentable et si vous avez des fonds vous pouvez tenir. Sinon ou bizin ploye ale », renchérit-il. Depuis juillet, il y a eu un retour à une certaine stabilité sur le marché avec la demande locale qui se rééquilibre graduellement. « Nous notons une tendance à la stabilisation, l’œuf se vend à environ Rs 120 à 135 le plateau sur le marché, soit environ Rs 4,50 l’unité. Les prix remontent et c’est bon signe. Bon nombre de producteurs avaient dû abaisser leur production et vendre une partie de leur cheptel et cela a contribué à stabiliser les prix », a fait ressortir Masood Emritte.
La baisse de production s’est imposée d’elle-même car la demande des hôtels – qui absorbe habituellement plus de 20% de la production nationale, était inexistante – et l’est toujours d’ailleurs. Ce marché ne reprend que très graduellement. Dans la conjoncture, la seule solution pour sortir les producteurs de l’ornière est de développer la consommation locale, qui recèle un énorme potentiel, selon l’EPA, et qu’il faut optimiser. « Si la demande recule au niveau des Mauriciens également, les producteurs seront en plus grande difficulté. Déjà, nous avons dû mettre une croix sur la clientèle touristique. On ne sait pas à quel moment le prix peut dégringoler encore… Ce qu’on a perdu du jour au lendemain ne reviendra pas de sitôt. Donc, il faut absolument encourager la consommation locale et soutenir les producteurs locaux », dit Masood Emritte.

C’est d’ailleurs l’un des objectifs de l’association, car la consommation d’œufs est plutôt faible à Maurice, soit 110 œufs par habitant sur un an contre 200 qui est la moyenne mondiale. L’EPA veut répliquer l’exemple de l’Afrique du Sud et de l’Australie où des campagnes ont été menées pour sensibiliser les populations à la consommation d’œufs. « L’œuf est facilement accessible, son prix est abordable et sa valeur nutritive est très appréciée. Les Mauriciens doivent être conscientisés à cela. En Australie, la consommation était de 160 œufs par habitant en 2010 et elle a atteint 210 en 2015, grâce à des campagnes de sensibilisation. C’est notre objectif », explique-t-il. Et la croyance répandue que consommer des œufs donnerait le cholestérol est « un préjugé qui n’a jamais été prouvé scientifiquement », soutient le président de l’EPA.

L’association compte ainsi sensibiliser les Mauriciens, notamment les écoliers, et solliciter la collaboration de nutritionnistes pour l’aider dans sa campagne de sensibilisation. « L’objectif est d’augmenter la consommation d’œufs dans le pays avec la collaboration de tout le monde. En consommant davantage d’œufs, on aide les producteurs locaux et surtout par les temps qui courent, c’est important de soutenir la production locale. Quand on consomme des œufs, on protège les entrepreneurs locaux tandis que quand on consomme des céréales nos devises s’en vont car ce sont des produits importés. Consommons local et protégeons nos emplois », lance Masood Emritte. Les céréales se vendent à des prix élevés, selon lui, mais ne « sont pas forcément plus nutritives que les œufs ». Il cite d’ailleurs le slogan mis en avant pour la campagne australienne : “One egg a day”. L’œuf est, en effet, riche en sélénium et contient des vitamines D, B6, B12, A, E, K et des minéraux comme le zinc, le fer et le cuivre.


Golden Lay produit 20 millions d’œufs par an

Présents dans les supermarchés sous la marque EggsMore, les œufs de Golden Lay sont très connus sur le marché puisqu’environ 20 millions sont vendus chaque année. « J’ai commencé en 1985. À l’époque on donnait des “loans” aux chômeurs et j’ai débuté avec mes frères. Nous avons eu un permis pour opérer à Terre-Rouge, puis nous sommes venus à Pamplemousses à partir de 2006. Nous avons commencé de zéro avec 400 poules en 1986 et aujourd’hui nous produisons plus de 20 millions d’œufs par an », raconte Masood Emritte. Au fil des ans, Golden Lay a mécanisé ses opérations si bien qu’aujourd’hui sa chaîne de production est entièrement automatisée. Les œufs passent tout à tour sur la “conveyor belt”, puis dans l’“egg room” et dans la “grading machine” où ils sont séparés selon leur poids. Les œufs passent ensuite sous l’imprimante avant d’être empaquetés.
Golden Lay a été parmi les premiers à introduire la “grading machine” à Maurice. Son processus de production est « hygiénique » car la manipulation des œufs se fait entièrement par les machines et sans intervention humaine. Golden Lay, tout comme d’autres opérateurs connus comme Inicia, Island Eggs, Farmers Pride, Alphagal et d’autres petits et moyens producteurs, est membre de l’Egg Producers Association.


« Pena pri fix, klian bizin konpran »

Rue Saint-François à Plaine-Verte, nous rencontrons Ibrahim (prénom fictif) qui vend des œufs par plateau aux particuliers et restaurateurs. Le prix de ses plateaux varie entre Rs 110 et Rs 150, dépendant du poids et de la qualité de l’œuf. « Dizef pli ser an iver ebo marse dan lete akoz bann karem indou. Me la akoz lotel ferme ine tir tou poul inn met deor, lerla pri pe remonte parski prodiksyon inn bese », explique-t-il. Devant la remontée des prix vers des niveaux dits « normaux », Ibrahim dira : « Ena klian pena ledikasyion. Pri pa kapav ress ba. Kan li pe remonte, zot panse mwa ki pe mont sa. Pa mwa ca ! Mo zis enn revander, mo aste ar bann laferm. Ena dimoun ki sovaz, zot pa konpran, zot koz brit, zot krwar nou ki pe mont pri, me pri pe monte akoz prodiksyon inn bese. Aster klian pe plegne ki dizef ser. Zot krwar dizef pou vann bo marse toule tan. » En fait, il y a deux à trois semaines, les pateaux se vendaient à partir de Rs 75, 80 ou 90, puis les prix sont repartis à la hausse, soit à partir de Rs 100 à Rs 125 mais cela fait partie de la loi de l’offre et la demande, explique Ibrahim. « Pena pri fix lor dizef, banN klian bizin konpran. »