Les membres de la Commission économique de l’opposition ont passé en revue les rapports de Moody’s et du FMI dans le cadre des Article IV Consultations. « Les critiques très sévères qui ont été formulées contre le gouvernement, qui a puisé dans les réserves de la Banque de Maurice (BoM) pour équilibrer son budget, ne sont pas surprenantes », note Nando Bodha mercredi à l’issue de la réunion.

La commission a constaté que le gouvernement agit depuis quelque temps « de manière irresponsable en confondant politique fiscale et politique monétaire ». Et de poursuivre : « La BoM, conformément à la Bank of Mauritius Act, a pour rôle de maintenir la stabilité des prix dans le pays. Toutefois, en raison de l’incompétence des autorités bancaires, à qui s’ajoute l’ingérence du gouvernement dans les opérations monétaires de la banque, c’est le résultat contraire qui se produit. La roupie s’est dépréciée de manière alarmante, ce qui provoque une hausse des prix, qui affecte la population en général. »

Reza Uteem a abondé dans le même sens en estimant que la Mauritius Investment Corporation « ne peut opérer comme une filiale de la BoM », car cette dernière « n’a ni la vocation, ni les compétences pour agir comme une banque d’investissements ». Il rappelle également que « le FMI a mis en garde le gouvernement contre l’utilisation abusive des fonds de la Banque centrale pour financer le déficit budgétaire ». Il relève par ailleurs que le FMI a demandé que soit créé un mécanisme pour soutenir la crédibilité de la BoM. « Ce qui veut dire que la crédibilité de la BoM en a pris un coup. »

Passant en revue la situation dans les différents secteurs économiques, les membres de la commission ont dit constater que sur 12 secteurs différents, « seuls deux ont pu maintenir leur niveau de croissance ». Ce qui n’est évidemment pas le cas du secteur touristique, où la situation est jugée « alarmante ». Idem du côté de l’agriculture et du secteur manufacturier. Et de rappeler dans le même temps que la baisse dans la production de la canne affecte la filière énergétique, « dans la mesure où cela entraîne une baisse dans la production d’électricité ».

La situation au niveau des services financiers a également été abordée. « Ils sont déjà affectés par le classement du pays sur la liste noire de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Et si la FATF maintient Maurice sur sa liste grise en 2021, ce secteur sera durement touché avec, notamment, un potentiel effet dévastateur sur l’emploi. » À noter que la commission de l’opposition s’est aussi penchée sur la situation prévalant chez Air Mauritius, laquelle est jugée « préoccupante », et plus généralement sur l’avenir de la compagnie aérienne nationale, « qui est un moteur pour l’industrie touristique ».