Deuxième fête la plus importante dans le calendrier islamique, l’Eid ul-Adha, symbolisée par le sacrifice du prophète Ibrahim, sera célébrée ce samedi 1er août à Maurice. À cette occasion, le Maulana Shamim Khodadin, président du Sunniy Ulama & Aimmah Council, attire l’attention des fidèles et les encourage à « réaliser le Qurbani dans le respect et la dignité des règles “sunnah” du Prophète Muhammad (pssl) ».

Si l’Eid ul-Fitr, marquant la fin du mois béni du Ramadan, a été célébrée durant le confinement, le 24 mai dernier, en revanche, l’Eid ul-Adha, elle, pourra se tenir comme à l’accoutumée, en respectant tous les rites habituels. Sur ce point justement, le Maulana Shamim Khodadin, président du Sunniy Ulama & Aimmah Council, attire l’attention de tous les fidèles sur « la nécessité de respecter l’animal destiné à être sacrifié et les bonnes mesures dictées par le Prophète Muhammad (pssl), en ce qu’il s’agit de cette pratique religieuse ». Il rappelle toutefois que « cette année, les musulmans du monde entier n’ont pu accomplir le pèlerinage sacré du Hadj, à la Mecque, en raison de la pandémie mondiale de COVID-19, et c’est triste ».

La fête communément appelée “BakrEid” chez nous est marquée, comme dans les autres pays qui observent cette célébration, par l’abattage d’animaux (bœufs ou moutons) en présence de religieux. Ce rite est observé en hommage à Abraham (Ibrahim) et le sacrifice qu’avait fait celui-ci, ainsi qu’évoqué dans le Coran et dans la Bible. « L’Eid ul-Adha commémore le sacrifice du prophète Ibrahim, quand il avait reçu l’ordre du Créateur de sacrifier son fils, Ismail », rappelle le président du Sunniy Ulama Council. De fait, continue le Maulana Khodadin : « Il s’agit d’une célébration spirituelle. Nous sommes tenus de respecter l’animal devant être sacrifié. Ce n’est ni un festival destiné à l’amusement, ni une excuse pour faire du “tamtam”, que ce soit pendant la Zabah (rituel de sacrifice de l’animal, Ndlr), avant ou après. »

Notre interlocuteur rappelle : « À l’époque du Prophète Muhammad (pssl), ceux qui se préparaient à sacrifier des animaux gardaient ceux-ci pendant six mois, ou presque, précédant l’Eid ul-Adha. Et pendant cette période, ils traitaient bien ces animaux, veillant à les nourrir décemment, les garder dans des conditions adéquates, sans les faire souffrir d’aucune façon. L’animal prenait une place importante dans leur quotidien, dans leurs vies… Et le jour du sacrifice, on pleurait carrément quand leur vie était ôtée. C’est dire la place de choix qu’on leur donnait et le fait qu’on comprenait la portée symbolique et spirituelle de cette fête. »

Le président du Sunniy Ulama Council élabore, établissant un parallèle avec ce qui est expliqué dans le Saint Coran : « De la même manière que le prophète Ibrahim était sur le point de sacrifier son propre fils sur l’autel, ainsi que demandé par le Créateur, l’animal devant être sacrifié prend une dimension symbolique et très personnelle. Il est attendu de nous que nous ayons un comportement responsable et civilisé envers ces animaux. Et non pas qu’on les maltraite, physiquement ou d’une autre façon, ni qu’on les tourne en dérision. S’il s’agissait de notre propre enfant qu’on devait sacrifier, est-ce qu’on agirait de la sorte ? Alors soyons responsables et réfléchissons ! »

Le Maulana Khodadin réprouve ainsi absolument « toutes les vidéos, photos et autres qui sont faites autour de la fête », et qui sont postées sur les réseaux sociaux. « Nous demandons à tout le monde de ne pas encourager ce type de comportements. Souvenez-vous des préceptes de l’Islam et n’oubliez pas que ces actes sont condamnables ! Evitez de faire du bruit, de défier les animaux, de les taquiner, de les battre ou de les provoquer ! »


Le symbolisme du Qurbani

Le Qurbani, qui signifie « sacrifice » en ourdou, puise ses origines dans la mise à l’épreuve du prophète Ibrahim par le Tout-Puissant qui, souhaitant tester la force de la croyance de l’homme, exigea de lui qu’il sacrifie son fils, Ismail (Isaac dans la Bible). Selon les écrits sacrés, bien que cet ordre divin lui causât un dilemme inimaginable, Ibrahim était bien décidé à s’exécuter, tout en sachant qu’il pleurerait son fils et demeurerait inconsolable. Comprenant qu’Ibrahim, évoqué comme le premier disciple d’Allah (SWT) dans le Coran, avait une totale foi en lui, Allah (SWT) intervint et, félicitant Ibrahim pour son courage, lui demanda de ne pas sacrifier Ismail, mais un animal de son troupeau à la place. Ibrahim reçut également des consignes claires quant au partage de l’animal sacrifié.
Ce rituel, devenu donc incontournable pour l’Eid ul-Adha, se déroule en présence de religieux, entre autres, car l’abattage doit être fait selon des règles islamiques très précises. Chaque musulman ayant acquis une « part » ou tout un animal doit ensuite, après que la viande ait été nettoyée et divisée, la répartir en trois nouvelles parts : soit une pour l’acquéreur et les siens; une autre pour les proches et membres de la famille; et la dernière, qui sera distribuée aux pauvres et démunis de la communauté. Chaque acquéreur dispose de trois jours, incluant celui de l’Eid ul-Adha, pour réaliser le Qurbani ainsi que sa distribution.


Les consignes de l’imam Peerbux

Abondant dans le même sens que le Maulana Shamim Khodadin, l’imam Zaheer Peerbux, de l’Ahleh Sunnat Wal Jamaat Association, rappelle qu’il est « conseillé d’observer un jour de jeûne le 9e jour de Zil Hajj, soit le vendredi 31 juillet, la veille de l’Eid ul-Adha ». Il lance également un appel aux parents pour que ceux-ci « parlent à leurs enfants ». Il veut aussi les dissuader de suivre les camions portant les animaux. Puis : « Pa soufle tronpett ek fer tapaz, desord… Nous devons adopter un comportement civilisé. Il est inapproprié et contre les enseignements islamiques du Prophète Muhammad (pssl) de s’amuser lors de cette fête ou de faire du mal aux animaux. »

L’imam Peerbux souligne, lui aussi, que « cette année, nous n’avons pu accomplir le Hadj », un pilier de l’islam. « De ce fait, nous devons multiplier nos prières et nos bonnes actions afin de plaire au Créateur. » Et notre interlocuteur de poursuivre : « Je remercie et salue les agents de police affectés ce jour-là pour faire respecter l’ordre et assurer que la fête se déroule dans le respect de tout un chacun. »