Ils ont demandé une rencontre avec les autorités, et pas une seule réponse depuis. Anil Ramkissoon est le porte-parole de Seafarer’s Parents Mauritius, association regroupant plusieurs parents dont les enfants sont actuellement isolés sur des bateaux de croisière. Fatigués, ils lancent un appel au ministre Nando Bodha pour une rencontre.

Son fils aussi est sur le Voyager of the Sea depuis des mois, et se trouve actuellement dans le port de Manille. “Il perd ses cheveux, il est stressé. Je le sais, je suis son père, même si lui ne veut pas me le dire pour ne pas m’inquiéter”, nous confie Anil Ramkissoon. Bien que les exercices de rapatriement se fassent actuellement trois fois par mois, il soutient qu’à ce rythme-là, ces Mauriciens ne verront pas d’aussitôt leurs familles. Mais au-delà de toutes tergiversations, ils s’inquiètent, lui et ses centaines de mères et pères. “Nous avons des cas réels de Mauriciens au bord du suicide.”

Anil Ramkissoon pèse bien ses mots. “Je crains le pire”, confie-t-il. “Une jeune employée s’était enfermée dans sa cabine pendant deux jours sans sortir et ce sont ses amis mauriciens qui sont allés frapper à sa porte. Après deux heures, elle a fini par ouvrir. Elle avait planifié de mettre fin à ses jours”, nous raconte Anil Ramkissoon. “C’est un fait : déjà neuf personnes se sont donné la mort sur les bateaux de croisière: ce n’est pas un jeu, c’est très grave”, dit-il. Ce dernier est ainsi en contact permanent avec les parents de ses employés de bateaux.

“J’entends tous les jours des cas de familles qui n’ont pas d’argent, étant dépendantes de leurs enfants confinés sur les bateaux de croisière et qui ne peuvent envoyer aucun argent puisqu’ils ne travaillent pas.” Il soutient ainsi que l’État aurait dû venir en aide à ces familles, et qu’il aurait pu au moins les écouter. “Nous sommes les parents, c’est nous que vous devez écouter. Croyez-vous que les agents recruteurs pourront vous décrire la détresse de nos enfants mieux que nous ?” s’insurge Anil Ramkissoon.

“Les Mauriciens ne se rendent pas compte de la détresse de ces employés de bateaux. Ils pensent que ces derniers s’amusent, qu’ils vivent la belle vie, mais ce n’est pas vrai”, lance-t-il. “Rester seul dans une cabine une journée, est-ce cela, la belle vie ?” Anil Ramkissoon. Citant la Maritime Labour Convention, précisément la Seafarers’ Bill of Rights, il explique qu’un employé de bateau ne doit pas rester plus de 11 mois en mer, pour sa santé physique et psychique. “Que vont devenir nos enfants ?” se demande-t-il. “Il y a beaucoup d’enfants qui ne peuvent assister aux funérailles de leurs proches, beaucoup de parents tombent malades à cause du stress. C’est inhumain.”

Seafarer’s Parents Mauritius réitère ainsi sa demande de rencontre avec les autorités concernées. L’association sera présente samedi prochain pour la grande manifestation du 11 juillet et invite les parents se trouvant dans la même situation à les rejoindre.