« Le monde appartient à ceux qui le fabriquent », tel sera le thème du spectacle de Bun Hay Mean, le vendredi 29 janvier à 20h30, au Trianon Convention Centre. Un one-man-show de cet humoriste français, surnommé le Chinois marrant. En confinement depuis le 14 janvier, à Villa Belle-Mare Plage, l’humoriste qui s’est confié mardi au Mauricien dit vivre en avance une vraie prise de conscience de la quarantaine. Né d’une mère chinoise et d’un père cambodgien, Bun Hay Mean garde un état d’esprit positif face à la pandémie de COVID-19 en racontant que sa seule richesse ce sont ses blagues et en refusant de se cantonner dans le rôle d’un simple “YouTuber” et “influencer”. Humoriste de scène, révélé au grand jour dans le Jamel Comedy Club en 2014, à travers son spectacle Chinois marrant, la quête d’identité est un des thèmes qui le passionne. Ses fans pourront le voir sur France télé dans la série « Craignos » de Jean Pascal Zadi. Il sera également sur le tournage d’un long-métrage en avril.

Bun Hay Mean, vous étiez chez nous en 2020, deux heures avant la fermeture des frontières, et vous aviez évité de justesse la quarantaine. Cette fois, vous êtes bel et bien confiné. Quel est votre état d’esprit ?
Ici, c’est la quarantaine pour assurer notre sécurité et les conditions sanitaires des Mauriciens. Donc, je la vis très bien et qui plus est dans des conditions optimales.

Cette pandémie, vous la voyez comment en tant que personne ?
J’ai l’impression que j’aurais bientôt 40 ans et là, c’est une vraie prise de conscience de la crise de la quarantaine. Sans jeu de mots, la crise de la quarantaine, c’est quand tu dis est-ce que t’es vraiment dans ta vraie voie de vie. En tant qu’humain, j’ai eu l’espoir d’un monde d’après. Et c’était bizarre, cette période où les Chinois sont passés du stade d’humains inoffensifs à dangereux.

Avez-vous le même regard en tant qu’humoriste, professionnel de la scène ?
En tant qu’humoriste, ça devient de plus en plus dur d’être plus drôle/bizarre/absurde que la réalité.

On vous surnomme le Chinois marrant. Quel est votre style d’humour ?
Je n’ai pas de style d’humour, j’essaie juste de rendre plus absurde l’absolu de la vie. Mais là c’est tellement fou avec la pandémie. En vrai, je n’ai plus besoin de faire de blagues. J’essaie juste d’être aussi le plus vrai et sincère sur scène, j’essaie d’être moi-même.

Est-ce que votre perception de la vie a changé depuis la pandémie, vous qui êtes surtout un homme de scène ?
Avec toutes ces histoires de distanciation, de règles sanitaires, de couvre-feu, tout tissu social se détruit, devient virtuel. À quoi cela sert de survivre si tu ne peux pas partager des moments de vie avec les gens que tu aimes et qui t’aiment ? Je suis tellement triste pour toutes ces personnes âgées qui ont quitté cette vie, coupées des leurs…

Avec la fermeture des frontières, comment comptez-vous véhiculer votre art ?
Il y a beaucoup de gens qui me disent de faire du “streaming”, mais non… Un sourire, cela ne vaut pas un million de vues. Tout le monde peut voir, tout le monde peut mettre des pouces, mais vous m’avez vu, vous ne m’avez pas regardé.

Revenons-en à votre confinement à Maurice. Vous êtes où, niveau moral et nourriture, c’est quoi votre état d’âme en ce moment ?
On est parfait. Je vis comme un mec à la retraite, j’ai cotisé tellement, je blague… évidemment.

Le 29 janvier au Trianon Convention Centre, votre spectacle s’articulera autour de quel thème et comptez-vous modifier votre scénario pour parler de votre confinement ?
Je parlerais effectivement un peu du confinement et de ce que les 24 heures de liberté m’auront permis de voir à Maurice mais ce spectacle a à peine été joué et les blagues sont vivantes. Elles vont mûrir, naître et disparaître au fur et à mesure des représentations. Sur 2020, on n’a tous rien vécu.

Vous êtes comment dans la vraie vie et sur scène ?
Je pensais que le confinement allait être ma vie, je ne vois personne et je sors que pour aller travailler mais je travaille trois à quatre fois par semaine. Le soir, je pensais que j’allais bien le vivre. Je ne parle pas beaucoup à trop de gens et en fin de compte, le manque du public s’exprime ainsi : Tu as des blagues dans ta tête ? Et les blagues, elles existent que quand elles sont dites en fait. Quand elles sont entendues, cela fait bizarre. Dans la vraie vie, j’essaie d’être la meilleure version possible de moi-même un peu tous les jours, et sur scène, c’est la version d’hier nettoyé.

Pour votre premier spectacle à Maurice, avez-vous des appréhensions ou avez-vous l’esprit zen pour découvrir le public mauricien ?
Je me demande juste si Javed, l’organisateur, ne va pas regretter de nous avoir payé une quinzaine… (rires) J’appréhende chaque soir mais là après dix mois de chômage technique, j’ai très peur d’avoir oublié comment jouer. Mais bon, je ferais mon max le 29 janvier au Trianon Convention Centre, et j’espère que les Mauriciens m’enverront toutes les bonnes ondes.

Quels sont vos projets une fois que vous serez en France, surtout que l’épidémie s’intensifie ?
Il y a des séries télé et des scénarios pour le cinéma qui se concrétisent dont une série sur France télé, Craignos de Jean-Pascal Zadi qui a écrit aussi Tout simplement noir qui sort également. J’ai un film sur Netflix, et je serai également sur le tournage d’un long-métrage en avril.

Si vous n’arrivez plus à être humoriste à cause de cette pandémie, quel sera votre prochain défi ?
J’ai vécu à la rue, je suis parti du bas. Tant que je peux jouer, je peux m’en sortir. Ma seule richesse, c’est les blagues, mais il faut qu’elles soient entendues. Je ne veux surtout pas être “YouTuber” ou “influencer”. Mon seul défi, c’est de rendre fiers et heureux mes parents et ma famille. Être humoriste est un moyen, mais je continuerais d’essayer d’être un bon fils.

Un message pour vos fans mauriciens. Vous en avez combien ?
Je ne compte que deux fans. Je vous aime autant l’un que l’autre ne vous disputez pas (rires)…

« Je ferais mon max au Trianon Convention Centre, et j’espère que les Mauriciens m’enverront toutes les bonnes ondes »