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— Sous le couvert de la réouverture des frontières, les ministres, avec en tête le PM, Pravind Jugnauth, tentent de se faire plus visibles sur le front

— Le Backbench de la majorité croit encore en une Last Hour Ministerial Musical Chair pour la rentrée parlementaire

— Les contours d’Airport Holdings Ltd se dessinent avec l’ambition de se présenter comme l’un des plus importants conglomérats du pays

— Londres administre une humiliation diplomatique à Maurice en ignorant carrément le pass vaccinal de Jagutpal dans la liste de Recognised Countries for Travel Purposes

À la lumière de la réouverture des frontières à partir du 1er octobre et du cadenassage systématique des statistiques relatives à l’évolution du Covid-19 sur le terrain, Lakwizinn du Prime Minister’s Office New Look engage le gouvernement dans un exercice de political muscle flexing. Difficile de dire à ce stade si la stratégie de communication du gouvernement subira des changements dramatiques avec la mutation tactique du Senior-Most Top Adviser au PMO, Ken Arian, aux fonctions de Chief Executive Officer à la tête d’Airport Holdings Ltd. Mais le constat demeure que les membres du gouvernement, avec en première ligne le Premier ministre, Pravind Jugnauth, veulent se donner une plus grande visibilité sur l’échiquier politique avec une projection quasi virtuelle de leurs sorties. Toutefois, au sein de la majorité gouvernement et à une quinzaine de jours de la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, la question autour d’une éventuelle ministerial musical chair se pose avec insistance. Et cela, indépendamment que ce soit des Senior Ministers ou des membres du backbench, d’autant que le cas de l’aspirant transfuge Salim Abbas-Mamode devra être tranché. Au tableau de Nou Pe Travay, le gouvernement affûte ses arguments sous forme d’Airport Holdings Limited, ayant sous sa tutelle une quinzaine d’entités parapubliques, allant d’Air Mauritius Limited jusqu’à Rodrigues Duty Free Paradise Ltd. En fin de semaine, le Registrar of Companies, Packiry P. Chinien, a émis une série de certificates of incorporation pour ces sociétés publiques tombant sous le contrôle du tandem Dev Manraj et Ken Arian. En contrepartie et en dépit de la campagne Tou Korek Lakaz Mama du ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, sur le plan de la pandémie de Covid-19, Maurice a essuyé un serieux revers avec la publication par Londres, jeudi, de la list of recongnized countriesd for travel purposes.

Littéralement, tous les jours, Pravind Jugnauth, encadré de ses fidèles lieutenants, était dans l’actualité. Un seul objectif : le marketing du « succès de la gestion de la pandémie », au risque de répéter la série de mesures entérinées pour contrer les répercussions du double lockdown depuis mars de l’année dernière. Les trois prochains mois s’avèrent de nature extrêmement cruciale pour la relance de l’économie, avec le tourisme se positionnant dans sa reconquête des marchés traditionnels, dont la France. Le déplacement du Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme, Steven Obeegadoo, pour le salon du tourisme TopResa est présenté comme un signe de volonté de réussir ce come-back dans un secteur déchiqueté par le virus invisible.

Que ce soit du côté de l’Hôtel du Gouvernement ou au sein des opérateurs du privé en général, l’on se dit conscient que le sourire retrouvé des hôteliers d’ici à la fin du premier trimestre de l’année prochaine pèsera plus lourd que les prévisions de taux de croissance établies par Statistics Mauritius. En parallèle aux dizaines de milliards de roupies mises à la disposition du secteur privé au guichet de la Mauritius Investment Corporation Limited (MICL), filiale de la Banque de Maurice, pour assurer cette reprise dans les meilleures conditions possibles, le gouvernement se donne les moyens de faire entendre sa voix au chapitre économique.

La business magic wand maniée par le gouvernement n’est nulle autre que la dernière trouvaille en date, en l’occurrence Airpport Holdings Limited, avec pour Chairman du Board le secrétaire financier, Dev Manraj, et pour CEO Ken Arian. La mission d’Airport Holdings Ltd dépasse le simple cadre de la sortie sous administration d’Air Mauritius. En tout cas, c’est ce qui découle des développements en fin de semaine.

Airport Holdings Limited ambitionne de devenir le plus important conglomérat économique du pays, que soit en termes de chiffre d’affaires ou de positionnement économique stratégique. Ce holding, qui a déjà mis au moins Rs 12 milliards à la disposition d’Air Mauritius Ltd, aura sous sa coupe une quinzaine de sociétés publiques opérationnelles ou en devenir, dont :

Air Mauritius Ltd., engagée dans la desserte aérienne

Airports of Mauritius Co. Ltd., assurant la gestion de l’infratructure aérportuiare, dont le terminal

Airport Terminal Operations Ltd., responsable des opérations à l’aéroport

Airport of Rodrigues Ltd.

Mauritius Duty Free Paradise Co. Ltd. et Rodrigues Duty Free Paradise Co. Ltd. gérant les boutiques hors-taxes

Pointe Coton Resort Hotel Co Ltd., propriétaire d’un établissement hôtelier à Rodrigues

AHL Hospitality Ltd. avec pour objectif de gérer un Airport Hotel

Cargo & Freepprt Business Ltd. et tout ce qui concerne le fret aérien

Jet A 1 Ltd. assurant la fourniture de carburant à l’aéroport

MRO Maintenance Ltd., engagée dans le maintenance, repairs and overhaul des avions

Ground Handling Services Ltd.

Luxury Travel and Tours Ltd. avec la mise en place de service de transfert par hélicoptère et jets privés

New Development Property Ltd. pour le développement d’un New Airport City.

Omniprésence

d’Airport Holdings Ltd

À ce stade, aucune des sources approchées par Week-End n’a voulu s’aventurer pour jauger le chiffre d’affaires sous le contrôle d’Airport Holdings Limited compte tenu de la volatilité de la reprise dans le monde du transport aérien. « Toujours est-il, il devient de plus en plus évident que le modèle adopté s’apparente à l’organisational restructuring d’avril 2007 à Dubaï. De par sa structure et ses tentacules, Airport Holdings Ltd est omniprésente dans les coins et recoins du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport. Rien n’est hors du contrôle de cette superstructure aéroportuaire », indiquent des sources spécialisées dans ce domaine.

Néanmoins, dans l’immédiat, le Premier ministre est attendu avec le dévoilement des détails du rescue plan d’Air Mauritius avec le suspense pour ce qui est des 2 300 emplois jugés trop lourds pour renouer avec la profitabilité. Mais à peine sortie de l’administration, Air Mauritius a traversé une zone de turbulence. Le Chairman du Board, Nayen Kumar Ballah, secrétaire au Cabinet, élu au lendemain de la Watershed Meeting of Creditors, a été remplacé pour ne pas dire viré.

Le nouveau président du conseil d’administration n’est nul autre que Marday Venkatasamy, un ancien président de la Chambre de Commerce et d’Industrie, et très proche d’un ancien Managing Director d’Air Mauritius. Dans la conjoncture, une autre préoccupation majeure se profile à l’horizon. Avec la décision de New Delhi de privatiser Air India et le groupe Tata désigné pour prendre les commandes à partir de décembre, le maintien de la présence stratégique de l’Inde sur le Board d’Air Mauritius, même avec 2% du capital, 2 617 098 sur 129 millions de titres, demande à être précisé.

Des milieux avisés à l’Hôtel du Gouvernement se contentent de faire comprendre que l’objectif prioritaire est de passer à « la prochaine étape de cette démonstration de muscles politiques », avec en toile de fond le compte à rebours des élections municipales d’ici 2022. Une autre carte qui pourrait être abattue concerne la publication, probablement avant la fin du mois, des recommandations salariales du Pay Research Bureau (PRB) en faveur des employés du secteur public.

L’enveloppe de Rs 4 milliards à Rs 6 milliards pour le financement de la mise en application du rapport du PRB suffira-t-elle pour apaiser la grogne latente des fonctionnaires ? Officiellement, l’on concède que c’est un couteau à double tranchant sur le plan socio-économique. « D’une part, la date de l’entrée en vigueur du rapport du PRB demande à être handled with care vu la promesse électorale du 22 octobre 2019, jour du Nomination Day. Puis, quelle sera la réaction des employés du secteur privé à cette révision salariale dans la fonction publique et les corps paraétatiques ? » fait-on comprendre.

Signes d’impatience

Mais dans cet exercice de musculation politique, Lakwizinn du PMO n’est pas seulement confrontée à l’opposition parlementaire ou encore la voix de la rue, contenue jusqu’ici par les contraintes du protocole sanitaire (voir texte plus loin). Au sein de la majorité gouvernementale, des signes d’impatience se font voir pour ne pas dire des voix s’élèvent vu que le port du masque reste obligatoire. En tout cas, au sein du backbench, l’on persiste à croire qu’une last hour ministerial musical chair est encore possible, même à la veille d’un retour au sein de l’hémicycle pour la session de fin d’année.

Même si les prérogatives d’un remaniement ministériel relèvent du Premier ministre, subtilement, le Mouvement Liberater d’Ivan Collendavelloo et le Mouvement Patriotique d’Alan Ganoo font comprendre que l’heure d’une meilleure reconnaissance au sein du gouvernement a sonné. Dans le camp du ML, l’on met en avant la présence du Senior Counsel, qu’est Ivan Collendavelloo, sur le Legal Panel du gouvernement en Cour suprême dans les pétitions électorales, notamment celles de Navin Ramgoolam à Montagne-Blanche/Grande-Rivière-Sud-Est (N°10), pour justifier son retour au front bench du gouvernement.

Par contre, le parti de Ganoo, avec la Private Parliamentary Secretary Tania Diolle n’ayant nullement abandonné ses ambitions de ministrable, est en ballottage défavorable. Le dernier élément en date est l’affront diplomatique de Londres en ne reconnaissant pas le pass vaccinal de Jagutpal. En effet, Maurice ne fait pas partie de la nouvelle liste de recognised countries for travel purposes susceptible de porter préjudice aux efforts de promotion touristique de Maurice au Royaume-Uni. L’on reproche aux services du ministère des Affaires étrangères un manque de prévoyage et de discernement sur le suivi du radar diplomatique.

Mais d’aucuns affirment que le remaniement pourrait difficilement être envisagé à court terme au vu de l’agenda du Premier ministre, dont le départ pour le sommet de la COP-26 à Glasgow devra intervenir à peine l’ajournement de la première séance du Parlement le 26 courant prononcé. Le scénario d’un éventuel remplacement de Sooroojdev Phokeer en tant que Speaker au sein de l’hémicycle et son remplacement par Maya Hanoomanjee, en principe en poste à New Delhi, pourrait également être un mort-né.

La raison est qu’un tel changement ne fera qu’apporter de l’eau au moulin de l’opposition parlementaire, dont Arvin Boolell, qui conteste en Cour suprême sa suspension de huit semaines par Sooroojdev Phokeer suite à une motion de Pravind Jugnauth et secondée par Steven Obeegadoo. Ce procès sera appelé sur le fond le 8 novembre et un changement de Speakership ne fera qu’affaiblir l’Hôtel du Gouvernement, « defeating the purpose of the political muscle flexing » à la sortie de la pandémie du virus invisible…