— L’extension de la période de quarantaine jusqu’au 31 décembre marginalise l’option de la tenue des élections municipales avant la fin de cette année

— L’industrie hôtelière met les bouchées doubles pour être prête au rendez-vous du 1 er octobre et prouver que le produit mauricien dispose encore d’atouts pour convaincre le marché

— Le pavé dans la mare avec l’urgence d’une National Employment Policy face à « an increasing rate of unemployment, inequality and relative poverty directly related to a falling growth rate »

À six semaines de la réouverture des frontières, étape synonyme d’un début de relance de l’économie, notamment le secteur du tourisme avec un potentiel de recettes brutes d’un peu plus de Rs 60 milliards annuellement Pre-Covid-19, Lakwizinn du Prime Minister’s Office souffle le chaud et le froid. Signe d’un manque d’assurance dans la conjoncture face à ce taux accéléré de contagiosité du virus invisible depuis le début du mois d’août. Ainsi, le camp prônant une réouverture tous azimuts au nom de l’économie au sein du gouvernement se heurte à un mur d’acier constitué de quelque 10 000 cas positifs au Covid-19, pêle-mêle asymptomatiques ou pas, 85 patients, dont cinq en état critique, sous traitement à l’hôpital ENT, alors que le ministère de la Santé a dû transformer deux Wards au Princess Margaret Orthopaedic Centre (PMOC) pour faire face à la demande de lits d’hôpital pour le suivi médical des personnes contaminées et à haut risque. L’un des signes tangibles de ce recul demeure le report de la décision visant à assouplir les conditions du protocole, soit la jauge de 50 personnes passant à 200 pour des rassemblements publics, du 1 au 15 septembre, dépendant de l’évolution du taux de propagation du virus au sein de la communauté. Toutefois, cette démarche, marquée par la prudence, est accompagnée d’une décision entérinée par le conseil des ministres de vendredi littéralement passée inaperçue. D’un trait de plume, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a prolongé jusqu’au 31 décembre la période de quarantaine à Maurice, avec le gouvernement détenant tous les pouvoirs sur les mesures à prendre en période de pandémie. Techniquement, avec les amendements votés cette année à la Local Government Act renvoyant les élections dans les cinq villes du pays, tout semble confirmer que l’un des premiers collateral damages de cette extension reste le scrutin dans les cinq villes.

La mobilisation dans les rangs des partis constituant l’Alliance Morisien depuis l’ajournement des travaux de l’Assemblée nationale pour les vacances d’hiver ne serait qu’un faux départ pour les élections municipales. Cela n’a pas empêché des membres du gouvernement, dont des Private Parliamentary Secretaries (PPS) s’occupant des régions urbaines de maintenir le tempo de la mise à exécution des projets sur le terrain, notamment à l’image de la PPS Tania Diolle avec des travaux de réasphaltage des rues de la ville de Quatre-Bornes et cela en dépit de ses déboires avec son colistier de ministre Kavy Ramano, et l’un de ses plus proches collaborateurs de campagne à Belle-Rose/Quatre-Bornes (N°18)

Néanmoins, des recoupements d’informations effectués au niveau de Lakwizinn du PMO indiquent que le mot d’ordre pour faire progresser l’exécution des travaux sur le terrain est maintenu en dépit de la prolongation de la période de quarantaine jusqu’à la fin de cette année. Cette démarche s’inscrit dans la perspective de la campagne orchestrée à l’effet que « Nou, nou pe travay ! Les zot fer demagozi ». Une autre façon de tenir en haleine l’opposition, privée jusqu’à la fin d’octobre de toute plateforme formelle de dénonciations et de contre-offensive sur le terrain avec les vacances parlementaires. D’autant que le gouvernement n’a pas encore fait preuve de souplesse quant au nombre maximal de participants de rassemblements publics en, tous genres, limitant du même coup les sorties des formations politiques, surtout celles de l’opposition, sur le terrain.

Mais ces coups de frein de dernière minute au processus d’assouplissement ne semblent avoir aucun effet sur la réouverture des frontières à partir du 1er octobre. Une dernière indication à cet effet se résume à l’intervention de Pravind Jugnauth lors de la pose de la première pierre du New Teaching Hospital à Centre-de-Flacq, jeudi. « Li kler ki nou bizin aprann viv avek Covid-19. Bizin pran tou prekosion e an mem tan bann aktivite ekonomik repran e retourn a enn sertin normalite dan lavi ekonomik ek social », avait-il fait ressortir à cette occasion.

Du côté des opérateurs au sein de l’industrie hôtelière ayant fait l’impasse sur la première étape avec la quarantaine obligatoire de 14 jours puis ramenée à sept jours au cours de la semaine écoulée, l’on sait que l’on joue gros avec la relance en vue de la haute saison de la fin de l’année. Les derniers chiffres publiés par Statistics Mauritius en fin de semaine demeurent la preuve de l’envergure des efforts à être déployés pour rattraper le lourd retard accumulé depuis le début de l’année.

Avec le deuxième lockdown à partir du 10 mars dernier et la fermeture conséquente du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, Maurice n’a accueilli en tout et pour tout au cours du premier semestre que 3 225 touristes contre 304 881 pour la période correspondante l’année dernière subissant également les contrecoups de la pandémie. Le nombre de Tourist Nights s’est également effondré, passant d’un peu plus de quatre millions à moins de 300 000 d’une année à l’autre. Les recettes brutes générées n’ont été que de Rs 578 millions pour ces premiers six mois, contre Rs 16 milliards l’année dernière.

En dépit de toute la bonne volonté et de toute l’expertise dont dispose le tourisme mauricien, le dernier trimestre de l’année avec la réouverture ne peut se présenter sous la forme d’une formule magique. Et cela, même si les autorités misent sur l’accueil de quelque 650 000 touristes d’ici à la fin de juin de l’année prochaine pour remettre le taux de croissance économique sur les rails.

Gros point noir

Au sein des états-majors des groupes hôteliers, les yeux restent braqués sur le radar des réservations pour la fin de cette année dans un premier temps et subséquemment pour l’année prochaine. Les major players de l’hôtellerie mauricienne, qui ont bénéficié de la bouée de sauvetage de la Mauritius Investment Corporation Ltd, et cela à coup de milliards, multiplient les initiatives en matière de campagnes de promotion, privilégiant le côté safe de Maurice et ciblant davantage le niche market du tourisme international pour caler ce nouveau départ (voir textes pus loin).

En parallèle, la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) travaille de concert avec le tandem Gaud-Joomaye du ministère de la Santé sur les protocoles sanitaires à être adoptés et suivis en marge de la réouverture des frontières. Mais un point noir, surtout un gros, subsiste. L’absence de visibilité par rapport aux opérations de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, dans la stratégie de relance de l’industrie touristique, est diversement commentée dans les milieux concernés, soulignant la nécessité d’assurer une autonomie en termes de sièges-avion et surtout en période de pointe sur la destination Maurice.

« Depuis le 22 avril de l’année dernière, avec la mise sous administration volontaire d’Air Mauritius, rares ont été les informations qui ont filtré quant aux intentions du principal actionnaire, notamment le gouvernement, sur l’avenir de cet outil économique et stratégique de première priorité. Certes, le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a voulu rassurer récemment en ce qui concerne la compagnie aérienne. Mais le tourisme et en général le monde de l’aviation civile ne se contentent pas des effets d’annonce ou de marketing politique. La Watershed Meeting des créanciers est annoncée pour janvier prochain. Il n’est pas trop tôt pour qu’on puisse prendre connaissance du plan de décollage d’Air Mauritius. Un tel élément constituera un atout majeur dans le marketing de Maurice sur les principaux marchés touristiques à l’étranger », fait-on comprendre dans les milieux des hôteliers, soucieux de ne pas bousculer « les princes de l’Hôtel du Gouvernement ».

Par contre, du côté du ministère de l’Emploi, le background des préparatifs de la National Employment Policy donne éclairage différent au feel-good factor préconisé par Lakwizinn du PMO en cette ultime étape du déconfinemment. Cet exercice, qui s’impose suite à la publication du Country Economic Memorandum de la Banque mondiale, est entrepris conjointement avec l’Organisation internationale du Travail. Au terme du calendrier de travail établi, les consultants désignés disposeront d’un délai de 45 jours à partir du mois d’octobre pour compléter cet exercice.

« Increasing rate

of unemployment »

La National Employment Policy devra tenir en ligne de compte que « Mauritius is now facing an increasing rate of unemployment, inequality and relative poverty directly related to a falling growth rate mainly due to some important sectors like Tourism, Aviation, Trade and Manufacturing, which are greatly affected by the COVID-19 Pandemic. Thus, the economy has been locked in a low-growth state, and, while broadly stable for a number of years, the unemployment rate has begun to rise significantly since early 2020, based on available data from Statistics Mauritius. »

Outre le spectre d’une nette détérioration au tableau du chômage avec le nouvel environnement économique et légal, le ministère de l’Emploi, prenant à contre-pied la thèse de Tou Korek ou encore de Nou Inn Fer Tou Bien si chère aux Top Chefs de Lakwizinn du PMO, soutient que « unemployment is only the figurative tip of the iceberg of the employment challenges ».

Les autres challenges affectant le marché du travail s’articulent autour des axes suivants : « underemployment, informal employment, Technical and Vocational Education and Training (TVET), gender inequalities, Labour Migration, employment for vulnerable people (including persons with disabilities), as well as a range of other decent work deficits. »

Et le ministère de conclure comme un véritable pavé dans la mare que « gradual economic recovery was expected as from beginning of year 2021, but due to the resurgence of the COVID-19 in March 2021, the country remains subject to significant downside risks, including a prolonged pandemic or failure to address longstanding structural constraints to investment, competitiveness, and skills development. »