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“Hot vc and pic, Inbx vite”, “Hot vc and pic payant, inbox” ou encore “Foto sexy mega hot, video sensuel, sexcam très coquine payant”, peut-on lire sur les ‘stories’ de certaines Facebookeuses. Ces annonces ne laissent que très peu de doutes sur ce qui est proposé : des appels videos sensuels contre paiement. Il s’agit d’un phénomène qui commence à prendre de l’ampleur et qui génère des sommes conséquentes pour celles qui s’y adonnent. Certains profils sont à visages découverts alors que d’autres ne montrent pas leurs visages en entier ou alors se servent de photos de femmes trouvées sur le net.

Pour mieux comprendre le phénomène, nous avons créé un faux profil Facebook, et avons pris contact avec une bonne vingtaine de profils qui avaient tous publié ce type d’annonces. Ces profils publient quotidiennement ces annonces et n’hésitent pas à ajouter des profils au hasard pour proposer leurs services.

Tous nous ont répondus plus ou moins rapidement. Certaines appellant directement avant de répondre aux messages. “Je dois m’assurer que tu es un homme avant”, dit l’une de nos interlocutrices. La plupart nous a vite fait comprendre qu’elles n’avaient pas de temps à perdre si nous n’étions pas réellement intéressés. “Pa fer mwa perdi mo letan si pa pou peye, ena klian pe atann mwa”, écrit l’une d’elles. Une autre, plus expéditive encore incite à parler argent avant tout. “Komie to pou kapav peye?” Une troisième nous demande simplement si nous pouvons procéder au paiement par application téléphoniques. Toutes utilisent ce procédé principalement. Si l’accord est conclu, l’interlocutrice fait parvenir son numéro de téléphone et un numéro de compte bancaire avant de procéder.

Rs 1000 pour 30 minutes de plaisir virtuel.

Au niveau des services, la description de ce qui est proposé est souvent affichée dans des messages préalablement écrits. De la simple exposition de parties intimes aux caresses plus spécifiques, voire plus, tout est explicitement détaillé. Quant au temps imparti, il varie de 30 minutes à 1 heure. Les prix fluctuent en conséquence. En moyenne, on découvre que Rs 1000 donne droit à 30 minutes de vidéo.

Chacune fixe ses propres règles même si quelques similitudes sont remarquées. En gros, un client a droit à un strip-tease et ensuite aux activités plus explicites. Quelques-unes englobent la totale dans le prix, un forfait qui donne droit aux fantasmes de tout un chacun. D’autres fixent les prix en fonction de ce qui leur est demandé. En somme, plus le désir du client est farfelu plus élevé sera le prix. Par ailleurs, quelques-unes proposent également de vendre des clips vidéos ou des photos d’elles en situation coquine, mais toujours en prenant soin de se cacher le visage.

Les seins à l’air.

Nous décidons de jouer le jeu avec l’une d’elle afin d’avoir une meilleure idée du phénomène. Nous osons demander à celle qui nous avait parus la plus accessible si nous pouvions faire appel à ses services. La personne nous demande un versement de Rs 1 000 sur son compte avant de réduire la somme de moitié suite à notre insistance. “Zis akoz pou premie fwa selma, me zis 15 minit”, précise-t-elle. Sitôt l’argent sur son compte, elle nous appelle en vidéo, les seins à l’air. Mais son visage est bien caché, seuls son menton et sa bouche sont dans le cadre. Elle est assise sur un lit dans une chambre. “Veux-tu quelque chose de précis ou est-ce que je fais un show pour toi ?”, demande-elle sur un ton calme et sensuel. Nous choisissons la deuxième option.

Elle s’évertue à se caresser en s’engageant dans des mouvements sensuels tout en susurrant des phrases explicites. Alors qu’elle s’apprête à aller plus loin, nous décidons de couper court à l’appel vidéo, prétextant un problème de connexion par message. Nous n’aurons plus de nouvelles d’elle.

“Je me suis laissée tenter.”

Contactée, un autre des protagonistes explique dans l’anonymat que : “Je travaillais dans un salon de massage qui propose des rapports sexuels. Mais il a fermé ses portes. J’ai commencé à apporter des clients chez moi jusqu’à ce que le voisinage commence à jaser. J’ai donc décidé de ne plus le faire chez moi. Puis un jour, j’ai vu une annonce de proposition de vidéo call sexy sur Facebook. C’était une fille qui avait travaillé dans le même salon que moi. Je me suis laissée tenter.”

Cette femme d’une trentaine d’années commence alors à proposer ce service et est vite surprise par la popularité de ce nouveau commerce. “Les hommes adorent ça. J’ai beaucoup plus de clients et d’argent avec que je n’en ai jamais eu en faisant des massages sensuels. Pendant le confinement, je n’avais pas beaucoup de temps libre. J’ai des clients qui sont très fidèles et qui me sollicitent tous les jours sans exception.”

Une autre se sert de ce service comme d’un passage avant une éventuelle rencontre avec le client question pour des relations sexuelles tarifées. “J’ai trop eu de coups par le passé, je me déplace pour un rendez-vous et je me retrouve à attendre un client qui ne vient jamais. Du coup, j’ai commencé à exiger des nouveaux clients qu’ils passent d’abord par le video call sexy. Si tout se passe bien, il aura le droit de me solliciter pour une rencontre réelle contre paiement”, nous dit-elle.