Enfin, un grand pas en avant. Après plusieurs années de tendre guerre entre autorités et producteurs de plastique, la décision a été prise: les bouteilles Polyéthylène Téréphtalate (PET), un des plus gros polluants, seront elles aussi concernées par la Environment Protection (control of single use plastic products) 2020. C’est ce qui a été décidé lors du Conseil des ministres, jeudi. Les embouteilleurs auront un moratoire pour trouver des alternatives. Il serait peut-être temps de revenir aux fameuses chopines en verre?

«Cabinet has agreed to the introduction of new policies for the management of post-consumer Polyethylene Terephthalate (PET) bottles and containers generated by the beverage and food industries in pursuit of the implementation of the vision of Government to make of Mauritius a plastic free country within the nearest possible delays. Various measures are being envisaged for implementation in a phased manner, for a better management of post-consumer PET bottles and PET containers. A moratorium would be granted to the economic operators.» C’est ce qui a été confirmé par le Conseil des ministres. Une grande victoire pour les écologistes et ceux qui luttent depuis des années, contre l’utilisation et la production de bouteilles PET.

En effet, depuis l’entrée en vigueur de la Environment Protection (control of single use plastic products) 2020 en janvier 2021, plusieurs acteurs du secteur sont montés au créneau pour, d’une part, dénoncer l’opacité et le manque de dialogue entre eux et les autorités, et d’autre part, constater l’absence remarquée des bouteilles PET. Week-End a ainsi, pendant plusieurs semaines rappelé que malgré la bonne volonté des autorités de faire interdire certains objets en plastique, il était impératif de bien clarifier les choses et de revoir sa liste. Ainsi, lors d’une conférence de presse jeudi, le ministre de l’Environnement Kavi Ramano a annoncé que «les mesures seront axées sur une suppression progressive. Nous interdirons la fabrication, l’importation, la commercialisation, la production des bouteilles en plastique de moins de 1 litre». Les opérateurs locaux auront, par ailleurs, un moratoire d’un an pour s’adapter.

Système de consigne à l’étude

Une approche de «deposit refund», soit de consigne à l’ancienne, est également envisagée. Les modalités restent à être finalisées. «Nous finalisons les montants entre Rs 5 à Rs 10», a affirmé le ministre. S’agissant des compagnies utilisant des bouteilles en plastique pour contenir des produits alimentaires, tels que de la sauce à l’ail, elles disposent d’un moratoire de 18 mois pour basculer vers les bouteilles en verre, a ajouté le ministre.

Par ailleurs, depuis longtemps déjà, les écologistes étaient montés au créneau pour dénoncer la politique de deux poids, deux mesures de l’État qui semblait pendant de longues années ignorer la présence de ces bouteilles PET. Nous rappelons ce que disait l’ingénieur en environnement et océanographe, Vassen Kauppaymootoo dans un entretien accordé à Week-End en 2019. «Le gouvernement devrait jouer un rôle par rapport à cela, en permettant et en maintenant, en tant que facilitateur et régulateur, la mise en place un système de collecte de bouteilles en plastique. Et pourquoi ne pas donner des “incentives” aux personnes qui collectent les bouteilles en plastique? Les Rs 2,30 de taxe environnementale que nous payons pour chaque bouteille aurait pu être remboursées aux citoyens qui les retourneraient comme on le fait pour les bouteilles en verre. Pourquoi refuse-t-on de mettre en place ce système? Or, si on continue à céder aux lobbies, on va perdre davantage d’argent pour remédier à la dégradation de notre environnement. La seule façon de s’en sortir, c’est d’avoir une approche intégrée. Actuellement, notre approche est souvent fragmentée, avec des ministères qui ont des responsabilités très diverses comme ceux de l’Ocean Economy, l’Environnement, le ministère des Finances, etc.»

Dans un autre entretien accordé à Week-End, il y a trois semaines, Quality Beverages Ltd, un des trois plus grands embouteilleurs de l’île, se préparait déjà à changer d’habitudes. «C’est une option que nous considérons déjà et nous avons investi dans une nouvelle ligne de production de bouteilles en verre, qui sera opérationnelle dès cette année. Certes, il est possible d’utiliser une plus grande proportion de bouteilles en verre, voire 100% dans certains cas, par exemple dans les hôtels, les restaurants et d’autres commerces où l’on consomme sur place, mais, dans d’autres cas, ce n’est pas forcément une solution pratique et il faut donc avoir une solution de recyclage et réutilisation de ses bouteilles. Nous sommes, tout de même, confiants que dans un futur proche, les avancées technologiques écoresponsables amèneront de nouvelles solutions au problème aujourd’hui du plastique», disait alors Quality Beverages Ltd.

Les dates à retenir

À partir du 15 janvier, 2021 sont interdits: les couverts en plastique (fourchettes, couteaux, cuillères, baguettes); les assiettes jetables (plastic plates); les gobelets jetables (plastic cups); les bols jetables (plastic bowls); les plateaux jetables (barquettes/ plastic trays); les touillettes à boisson (stirrer); les conteneurs à charnière (plastic hinged containers); les couvercles des récipients en plastique à usage unique (plastic lids for single use plastic products) et les récipients de toute forme avec ou sans couvercle qui sont utilisés pour  contenir des aliments destinés à la consommation immédiate, sur place ou à emporter et qui sont fournis par une entreprise de restauration.

À partir du 1er mars 2021 seront interdits: les nouveaux types de sacs en plastique non biodégradable notamment: les sacs en rouleaux (roll-on) ; les petits sacs (pocket type) couramment utilisés pour les dholl-puris, fruits confits, entre autres, ainsi que les sacs transportés par les passagers débarquant à l’aéroport ou arrivant au port contenant leurs achats dans les boutiques hors taxes, et tous ces types de sacs en plastique non — biodégradable fabriqués aux fins d’exportation seront interdits sous le Environment Protection (Banning of Plastic Bags) Regulations 2020.

À partir du 15 avril 2021: les produits en plastique non biodégradable et à usage unique mentionnés ci-dessous seront interdits sous le Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020: les pailles individuelles et celles attachées aux briques de boisson et les plateaux en plastique (barquettes/ plastic trays) et conteneurs à charnière (plastic hinged containers) utilisés pour l’emballage de produits frais, frigorifiés et cuits tels que fruits, légumes, faratas, pâtisseries et viennoiseries.

À partir du 15 janvier 2022: les produits en plastique non biodégradable et à usage unique utilisés par l’industrie alimentaire locale mentionnés ci-dessous seront interdits sous ces mêmes régulations: les gobelets (cups) et bols jetables utilisés uniquement pour l’emballage de produits alimentaires tels que les produits laitiers, yaourts, glaces et desserts et les plateaux jetables (barquettes/plastic trays) utilisés uniquement pour le «Modified Atmosphere Packaging (MAP)» de produits alimentaires frais, cuits et précuits tels que les viandes, charcuteries, burgers, fruits de mer et fromages.

Les bouteilles PET, ça veut dire quoi?

Les bouteilles Polyéthylène Téréphtalate (PET) sont un des plus gros polluants de la planète. En effet, près de 125 millions de bouteilles en PET sont mises sur le marché mauricien, ce qui représente 2500 tonnes par an de plastique, dont seulement 40%  sont collectées chaque année pour le recyclage, soit environ 1 000 à 1 125 tonnes par année. Le reste atterrit à Mare-Chicose, saturée à bloc ou tout bonnement dans l’océan. Ces bouteilles ont longtemps été exemptées. Il faut, par ailleurs, noter que sous l’Excise Act, une taxe de Rs 2 est prélevée sur les bouteilles PET. Pour info, pour savoir si le produit utilisé est fait de PET, sur vos emballages, le PET est symbolisé par le chiffre 1 entouré des flèches disposées en triangle.