Eric Corson, Managing Director

Plastic Industry (Mtius) Ltd, fondée il y a 50 ans, est la pionnière dans la fabrication de produits en plastique à Maurice. Désormais, l’entreprise souhaite se réinventer et réinventer l’industrie du plastique responsable. Si PIM Limited a arrêté la production de plusieurs produits en plastique à usage unique depuis 2016, l’entreprise ne cache pas son inquiétude quant à la survie de ce secteur si les paramètres de cette nouvelle loi ne sont pas clairement définis. Eric Corson, Managing Director de PIM Limited (ex-Plastic Industry (Mtius) Ltd), nous en dit plus.

Quel est votre avis sur les Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020 ?

— Il faut d’abord savoir que chez PIM Ltd, nous n’avons pas attendu cette mesure pour lutter contre le plastique à usage unique. Depuis 2016, nous avons cessé de produire des cuillères en plastique jetables, et depuis 2018, nous avons stoppé la fabrication de pailles en plastique. Ce qui représente l’élimination de plus de 10 000 kg de déchets plastiques par an. Cette mesure aurait dû être soutenue par une campagne de communication et de sensibilisation auprès du public, des industriels et des autorités. Les intérêts ne sont pas les mêmes pour tous et les contraintes sont nombreuses. On ne pourra pas bannir le plastique aussi facilement et rapidement qu’on le souhaite. Ce n’est pas forcément la meilleure solution pour des raisons économiques évidentes — emplois, alternatives aux changements, coûts, etc. Mais là où existent des alternatives, on se doit d’agir, même s’il s’agit d’une équation compliquée à résoudre. PIM Ltd est déjà bien engagée dans l’économie circulaire depuis de nombreuses années, et son changement d’identité vient encore confirmer sa volonté et son ambition de se placer comme un acteur dynamique.

Parmi les critiques, l’on relève surtout l’ambiguïté quant à la définition du Single-use Plastic. Comment le définissez-vous ?

— Si les autorités ne définissent pas avec précision les produits concernés, les conséquences peuvent être dramatiques pour beaucoup d’entreprises et de petits entrepreneurs, et par effet ricochet, sur les emplois. Lors des différentes présentations, les autorités ont surtout parlé de l’emballage immédiatement jetable qu’on peut trouver, par exemple, dans les food courts ou dans la restauration, tels que les gobelets jetables, assiettes, couverts, pailles, etc. Mais qu’en est-il des barquettes alimentaires qui aident à prolonger la durée vie de certains produits. Qu’en est-il des produits de consommation courante comme une bouteille de liquide vaisselle, un bac de crème glacée, un seau de peinture et la liste est encore bien longue. Qu’en est-il des produits alimentaires importés dans des contenants en plastique ? Beaucoup de questions pour lesquelles on se doit d’avoir des réponses précises des autorités. La définition des HS Code pourrait aider à clarifier la situation, mais en étroite concertation avec les différentes parties prenantes. Il faudrait que la loi reste cohérente et ne reproduise pas la même erreur que celle sur les Rs 2 d’excise duty sur les plastiques à usage unique qui finalement sont aussi appliquées sur les plastiques réutilisables, alors qu’on devrait encourager cette dernière catégorie. Il faut impérativement proposer des alternatives raisonnables et abordables pour les entreprises et pour les consommateurs.

PIM Ltd se charge de recycler quel type de plastique principalement ? Quelle aurait été, selon vous, la meilleure solution pour résoudre le problème de la pollution plastique à Maurice ?

— PIM Ltd récupère déjà depuis de nombreuses années certaines catégories de plastiques dits faiblement contaminés, tels que des caisses, des chaises, des poubelles et certains produits ménagers, qui sont reconverties à 100 % dans notre usine. Rien n’est réexporté dans des pays tiers. Certains de nos clients montrent un réel intérêt dans les solutions que nous proposons où ils peuvent, soit valoriser leurs déchets, soit introduire un pourcentage de plastiques recyclés dans leur emballage. Pour l’émergence d’une filière de recyclage à l’île Maurice, il nous faudra d’abord répondre aux problèmes de collecte, de décontamination, d’entreposage, de tri, de transport, de marché, mais aussi d’éducation et d’incivisme. Il nous faudra aussi développer ou exploiter des marchés permettant de valoriser ces déchets, soit localement, soit à l’export. Regrouper des partenaires industriels d’une part, et d’autres part, par les collectivités locales et  les consommateurs en général. Il faut l’expertise étrangère dans certains domaines du recyclage. Le recyclage est en lui-même un métier et demande un certain savoir-faire. Le financement est un autre point à considérer.

Nous devons aussi allier nos différentes expériences avec les pays de la région et analyser nos besoins mutuels qui peuvent être, soit complémentaires, soit différents. Pour exemple, nous avons récemment été sollicités par une entreprise réunionnaise qui souhaite recycler un volume conséquent de poubelles. PIM Ltd a effectivement les équipements et le savoir-faire pour reconvertir ces déchets en un nouveau produit fini. Un exemple d’économie circulaire et de coopération régionale possible. Nous serons, d’une manière ou d’une autre, toujours confrontés au plastique. La question est de savoir comment en réduire l’impact. Nous devons encourager une utilisation responsable du plastique à Maurice. Par exemple, inclure des matières recyclées dans certains emballages, encourager les produits réutilisables, accentuer la promotion du tri sélectif, mettre en place des facilités de collecte et les rendre accessibles, promouvoir l’éducation et la sensibilisation. Et finalement, il nous faut créer une véritable industrie du recyclage.

Quid des bouteilles PET ?

— Les bouteilles en PET représentent un volume considérable et il existe une filière déjà bien rodée de recycleurs à Maurice qui réexportent ces déchets vers d’autres pays. Ma crainte est qu’à terme, ces pays ferment leurs frontières. On sera dans ce cas bien obligés de trouver une véritable solution de recyclage locale. L’interdiction du tout plastique n’est pas forcement la plus astucieuse. On n’élimine pas les morts sur nos routes en interdisant les véhicules. L’éducation et la sensibilisation sont des paramètres incontournables. La pollution est bien l’affaire de tous.

Rodrigues, un modèle en la matière

Après avoir banni les sacs en plastique en juin 2014, Rodrigues poursuit son objectif de devenir une île 100 % écologique. Le gouvernement régional de l’île a interdit, en janvier dernier, l’importation, la fabrication, l’utilisation et la commercialisation des ustensiles en plastique, tels que les cuillères, les gobelets, les pailles et les couverts, ainsi que les take-away en polystyrène. Onze mois après, le constat est que ces nouvelles mesures, auxquelles les Rodriguais se sont adaptés sans broncher, ont permis au dixième district de Maurice de se forger une image écotouristique à faire pâlir ses voisins des îles de l’archipel des Mascareignes.

Le défi était de taille, mais l’impression qui se dégage est que les autorités rodriguaises ont réussi leur pari de sensibiliser la population sur le bien-fondé d’appliquer ces nouveaux règlements. Certes, certains diront qu’avec une population 38 000 habitants, il est a priori plus facile à la police de verbaliser les contrevenants, mais il n’en reste pas moins que les Mauriciens qui se sont rendus à Rodrigues cette année disent avoir été agréablement surpris par cette culture de la propreté adoptée par les Rodriguais. Rodrigues renvoie l’image d’une l’île à la pointe de l’écologie, contrairement à Maurice, où la présence sempiternelle des détritus en plastique le long des routes ternissent de plus en plus l’image du pays.

Au marché de Port-Mathurin et les commerces avoisinants, hormis les sacs poubelles noirs, les sacs en plastique à usage unique ont complètement disparu au profit des paniers de vacoas et des sacs en tissu. «Les Rodriguais n’ont pas attendu la prohibition des sacs en plastique pour n’utiliser que des paniers ou des sacs en tissu. Ça fait des décennies qu’ils le font, à quelques exceptions près», dit Georges T., un Mauricien qui se rend régulièrement à Rodrigues depuis quarante ans.

Les Rodriguais se sont également mis en conformité avec les Rodrigues Regional Assembly (RRA) Banning of Disposable Plastic Food Items Regulations 2019 qui stipulent que tous les produits jetables en plastique et polystyrène ne sont pas autorisés dans l’île. Les fourchettes, les couteaux et les cuillères en bois ont supplanté les ustensiles en plastique, alors que les couvercles, les gobelets et contenants en polystyrène commercialisés dans les restaurants et boutiques de l’île sont dorénavant produits à base de matières biodégradables. Les pailles en plastique ont été remplacées par celles produites à base de maïs, d’inox et de bambou. De Plaines-Corail à Port-Mathurin, certains restaurants utilisent des carafes et des bouteilles en verre, qui ont remplacé les bouteilles à usage unique.