afp.com - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Des salariés de la chaîne télévisée européenne Euronews, dont le siège est à Lyon (France), ont débuté mardi une grève de 24 heures pour dénoncer les suppressions d’emplois annoncées en novembre, a-t-on appris de sources syndicales.

« C’est la première grève intersyndicale dans l’entreprise et il y a une belle mobilisation dans tous les services », a précisé à l’AFP Christelle Petrongari, journaliste déléguée du Syndicat national des journalistes (SNJ, principal syndicat de journalistes en France).

Une cinquantaine de salariés se sont rassemblés en matinée devant le siège de la chaîne à l’appel de l’intersyndicale rassemblant le SNJ et trois autres organisations (CFE-CGC, SNRT-CGT, SNJ-CGT) « pour protester contre les suppressions d’emplois et les restrictions budgétaires ».

Le président du directoire, Michael Peters, avait présenté mi-novembre aux syndicats un plan de redéploiement des effectifs face à une perte de revenus publicitaires liée à la crise sanitaire du Covid-19.

« Il est prévu qu’environ 30 à 40 personnes quitteront l’entreprise » une fois les procédures légales terminées, a précisé mardi un porte-parole d’Euronews.

Selon lui, la chaîne « emploie actuellement environ 500 collaborateurs permanents. De nouveaux emplois sont par ailleurs créés » pour le développement du numérique et « sont proposés en priorité aux membres du personnel dont les postes actuels sont concernés par le plan de départs ».

Mme Petrongari a dénoncé « un plan purement économique ». Depuis le début des négociations entre direction et syndicats, « aucune proposition syndicale n’a été retenue », a-t-elle déploré. « On ne veut pas de licenciements ou alors en nombre très limité ».

« Nous n’avons pas à Euronews la culture de la grève mais la situation est alarmante. On nous demande de faire plus avec beaucoup moins », a souligné de son côté Cécile Marion, déléguée CGT (Confédération générale du travail, deuxième syndicat de salariés en France).

Le SNJ Euronews se dit aussi « inquiet de la disparition du service en langue turque, l’un des rares médias turcophones libres ». Ce service n’est pas concerné par le plan de départs mais il est menacé faute de financements externes.

Le service en langue italienne doit, lui, passer au tout numérique.

« Nous sommes une entreprise multilingue, une tour de Babel, et on veut rester une référence dans le paysage médiatique européen », insiste la journaliste déléguée SNJ.

En 2017, la chaîne avait déjà abandonné son traditionnel multiplex pour proposer douze chaînes linguistiques avec chacune sa logique rédactionnelle propre. Le groupe avait à cette occasion enregistré 90 départs.

En juillet 2020, Eurnonews a rapatrié en France la production de sa déclinaison africaine Africanews pour faire des économies.

Lancée en 1993 par une vingtaine de télévisions européennes, Euronews est aujourd’hui détenue par le magnat égyptien Naguib Sawiris dont la holding MGN a porté sa participation à 88% en avril 2020 à la faveur du désengagement de la chaîne d’informations américaine NBC News (groupe Comcast).