Affaire Frederic Pavaday : Les détails de l’audience du 4 mars sur la remise en liberté conditionnelle

  • L’ONG Pedostop lance une levée de fonds pour financer le déplacement d’une plaignante à Maurice

  • « It is not a joke! » Frederic Pavaday fermement réprimandé par la magistrate pour son manque de sérieux

  • « J’ai rien à avoir dedans, je suis innocent » lorsqu’il a été interrogé sur la gravité des faits reprochés par la police

Le tribunal de Curepipe a poursuivi ce mercredi 4 mars les débats entourant la motion de remise en liberté de Frederic Pavaday. L’audience a été consacrée aux témoignages de l’officier enquêteur de la police, le Detective Inspector Ramburn, de la directrice de l’ONG Pedostop, Virginie Bissessur et du suspect lui-même.

Ce mardi, dès l’appel de l’affaire, la représentante du bureau du DPP, Me Priscila Veerabadren a annoncé qu’un témoin allait arriver incessesament. L’avocat de la défense, Me Sacheen Boodhoo a demandé qui était le témoin et la nature des éléments que le témoin viendrait déposer. Dans un échange, il a demandé si la poursuite fait venir un témoin sans savoir ce que ce dernier viendra dire. Il sera finalement entendu que le témoin viendra testifier des éléments déjà connu et enregistré par la Cour.

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En attendant, appelé à la barre par la représentante du bureau du DPP, Me Priscilla Veerabadren, le DI Ramburn a été de nouveau interrogé sur les questions formulées par les avocats de la défense hier, concernant notamment l’authenticité des victimes ayant porté plainte par courriel. Le DI Ramburn a affirmé : « Ces victimes existent ; leur identité est connue de la police qui est en possession de leurs numéros de carte d’identité (NIC) et de passeport »

Bien que le suspect ait remis un téléphone portable à la police le 23 février, l’enquêteur a souligné que la police ne peut se fier uniquement à la carte SIM sécurisée. « Il existe un risque réel que d’autres numéros non divulgués aient été utilisés en lien avec ces délits allégués », a déclaré l’officier. Pour cette raison, la police compte solliciter un ordre judiciaire auprès des fournisseurs de télécommunications pour vérifier si le suspect détient d’autres numéros enregistrés à son nom.

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La poursuite (DPP) a interrogé le DI Ramburn sur son expérience concernant les risques de fuite (absconding). Fort de 25 ans de service, l’officier a déclaré avoir observé de nombreux cas où des suspects s’étaient rendus volontairement à la police, mais avaient fini par s’enfuir vers des îles comme La Réunion au moment du procès.

Le Contre-Interrogatoire

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Me Sacheen Boodhoo interroge le DI Ramburn

Me Sacheen Boodhoo : Quand vous mentionnez les cas où des suspects ont fui par la suite, pouvez-vous préciser quel est le pourcentage de ces personnes ? Que voulez-vous dire par « s’enfuir » ? Sont-ils simplement en fuite dans le pays où ont-ils quitté le pays?
Me Veerabadren (DPP) : J’objecte à la question, le témoin a déjà répondu lors de l’interrogatoire.

Me Sacheen Boodhoo : Seriez-vous d’accord pour dire qu’en dehors de quelques suspects, peu ont réussi à s’échapper de Maurice ? L’officier donne la perception que beaucoup de personnes s’échappent.

La magistrate est intervenue lors des débats, notant que « nous sommes tous conscients que peu de personnes se sont échappées ».

Me Sacheen Boodhoo : En toute équité, l’accusé devrait avoir l’opportunité de clarifier ce point.

Témoignage de l’ONG Pedostop

Virginie Bissesur, directrice de l’ONG Pedostop, s’est présentée à la barre à 14h48, appelé comme témoin par le bureau de la Poursuite publique. Elle a affirmé qu’elle est directrice de l’ONG Pedostop et au’à travers cette ONG, elle reçoit de nombreuses plaintes de victimes et affirment que les victimes de cette affaire sont venues vers Pedostop. Elle répond par l’affirmatif lorsque la poursuite lui demande si on parle bien ici des trois victimes.

Elle a confirmé que deux victimes se trouvent actuellement hors de Maurice. Elle a précisé que l’une d’elle finance son propre retour, tandis que l’ONG a lancé une levée de fonds pour la 2e vicrtime. « Nous avons déjà récolté la moitié de la somme depuis hier. J’espère que d’ici deux semaines, ce sera fait », a-t-elle indiqué.

Déposition de Frederic Pavaday

Appelé à la barre à 14h57, Frederic Pavaday a indiqué résider à Riche Terre. Il a précisé avoir travaillé comme professeur de musique à temps partiel dans quatre établissements différents. Le suspect a déclaré être au courant des allégations depuis l’année dernière, à la suite d’une enquête interne au sein de l’école, mais affirme n’avoir jamais tenté de contacter les parties concernées.

Il a soutenu n’avoir aucun moyen pour quitter le pays et a affirmé son intention de prouver son innocence « J’ai rien à avoir dedans, je suis innocent. Ses avocats ont proposé plusieurs conditions en cas de libération, auxquelles le suspect a consenti : un couvre-feu de 18h à 8h du matin, un changement d’adresse si nécessaire, l’interdiction de s’approcher des côtes, du port et de l’aéroport, ainsi que le port d’un téléphone portable sur lui 24h/24 avec le GPS activé.

Me Sanjeev Teeluckdarry interroge Frederic Pavaday

Me Sanjeev Teeluckdarry : Si la cour vous accorde la liberté sous conditions, allez-vous les respecter ?

Frederic Pavaday : Je respecterai toutes les conditions.

Me Sanjeev Teeluckdarry : Êtes-vous disposé à rester chez vous entre 18h et 8h du matin ? À changer d’adresse ? À rester loin des côtes, du port et de l’aéroport ?

Frederic Pavaday : Oui, je suis disposé.

Me Sanjeev Teeluckdarry : seriez-vous disposer de porter un téléphone portable 24h/24 avec GPS si la Cour vous le demandez ? À indiquer vos mouvements et les personnes que vous rencontrez ? À prévenir l’enquêteur avant de sortir ?

Frederic Pavaday : Oui, je suis disposé à le faire.

Me Sanjeev Teeluckdarry : La police soutient qu’il s’agit d’accusations très sérieuses et graves.
Frederic Pavaday : J’ai rien à avoir dedans, je suis innocent.

La représentante du bureau du DPP interroge le suspect Frederic Pavaday

Le DPP : Vous travaillez actuellement ?

Frederic Pavaday : Non.

Le DPP : Votre épouse travaille ?

Frederic Pavaday : Oui, Elle est accounts clerk.

Le DPP : Votre épouse est-elle actuellement en full-time ? Depuis quand ?

Frederic Pavaday : Depuis une vingtaine d’années.

Me Veerabadren (DPP) : Il y a déjà trois victimes. N’y a-t-il pas un risque que vous vous sauviez ?

Frederic Pavaday : C’est faux. À aucun moment je n’oserai quitter le pays parce que je suis innocent.

Me Veerabadren (DPP) : Où habitez-vous en ce moment ?

Frederic Pavaday : En prison.

Me Veerabadren (DPP) : Non! Où habitez-vous? Pas en prison…

Frederic Pavaday : J’habite chez moi!

La Magistrate (intervenant) : It’s not a joke! C’est du sérieux. Il est un professeur, il doit comprendre les questions et que personne n’a comme lieu de résidence la prison. Écoutez la question et répondez.

Cette réponse a immédiatement suscité l’agacement de la poursuite et de la magistrate. Cette dernière a fermement rappelé que « ce n’est pas une plaisanterie » (It’s not a joke), soulignant le caractère sérieux de l’affaire. La magistrate a insisté sur le fait qu’en tant que professeur, le suspect devrait comprendre les questions posées et qu’il est juridiquement impossible de déclarer la prison comme lieu de résidence habituel. Elle a invité les avocats de la défense, Me Sanjeev Teeluckdarry et Me Sacheen Boodhoo, à s’entretenir avec leur client sur son comportement en Cour. Frederic Pavaday a par la suite précisé qu’il résidait à Riche Terre, dans une maison appartenant à son couple et à ses beaux-parents.

Me Veerabadren (DPP) : Pourquoi n’avez-vous pas donné votre code PIN à la police pour vérifier votre portable ?

Frederic Pavaday : Personne ne me l’a demandé jusqu’à présent.

Me Veerabadren (DPP) : Et pour les ordinateurs portables et de bureau saisis en votre présence, vous n’avez pas trouvé préférable de donner les mots de passe, si vous vouliez vraiment collaborer avec la police?

Frederic Pavaday : Comme on ne me les a pas demandés, je ne les ai pas donnés. Quand je suis venu volontairement, je n’y ai pas pensé un seul instant.

Me Veerabadren (DPP) : Si la police vous demande de donner une déposition avec tous ces éléments, allez-vous le faire ?

Frederic Pavaday : Bien sûr !

Me Veerabadren (DPP) : Vous êtes conscient qu’il y a des personnes qui n’ont pas encore été interrogées dans cette affaire et que la police est d’avis qu’il a des risques que vous pourriez interférer avec ces personnes ?

Frederic Pavaday : À aucun moment je ne vais interférer avec quoi que ce soit.

Me Veerabadren (DPP) : Vous êtes d’accord que les charges portées contre vous sont très sensibles de par leur nature et que les déclarants affirment que les actes ont été commis au sein de l’école où vous travailliez ?

Frederic Pavaday : Oui.

Me Veerabadren (DPP) : La police a encore besoin de temps pour étudier et vérifier les équipements informatiques saisis.

Frederic Pavaday : Je serai disponible pour collaborer même si la police a besoin de moi. J’étais déjà au courant de toutes ces affaires depuis longtemps, depuis l’année dernière, mais à aucun moment je n’ai essayé de leur parler ou quoi que ce soit, même à travers une tierce personne, alors que j’étais en liberté.

La magistrate explique qu’une enquête interne avait été initiée l’année dernière par l’établissement dans lequel il travaillait et qu’il avait été notifiée de certaines accusations.

Me Veerabadren (DPP) : Par rapport à cette enquête interne, quelles ont été les conclusions?

Les avocats de la défense interromptent et l’accusé ne répond pas

Me Veerabadren (DPP) : Vous travailliez dans combien d’établissements ?

Frederic Frederic Pavaday :  Dans quatre établissements, à temps partiel, comme professeur de musique.

Le DPP : Vous maintenez que vous n’avez pas les moyens de quitter le pays ?

Frederic Pavaday : Je n’ai aucun moyen de quitter le pays?

Me Veerabadren (DPP) : Vous dites que vous n’avez pas les moyens de fuir ? Vous n’avez pas d’argent pour cela?

Frederic Pavaday : Si j’ai de l’argent, je ne vais pas acheter un bateau ou quoi que ce soit.

Me Veerabadren (DPP) : Mais vous pouvez acheter un ticket et aller à La Réunion par exemple, même par voie maritime.

Frederic Pavaday : Non, je ne le ferai pas, car je veux prouver mon innoncence.

L’audience s’est terminée sur la fixation des plaidoiries finales (submissions) pour demain, jeudi 5 mars à 13h30. Le suspect a été reconduit en cellule.

Pour rappel, L’affaire Frederic Pavaday a pris une nouvelle tournure hier, mardi 3 mars devant le tribunal de Curepipe. À la demande du bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP), la charge initiale d’ill-treatment of child a été abandonnée pour faire place à une nouvelle accusation provisoire plus lourde, comportant quatre chefs d’accusation impliquant trois victimes distinctes. Les détails en suivant ce lien.

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