• Le SP Vijay Kumar Bawon prend à contre-pied le constable Abeeram en affirmant que les caméras à La-Louise n’étaient opérationnelles qu’à compter du 29 octobre à 11h50
  • Le responsable du Command Center d’Ebène incertain quant à la mise en service des caméras de Telfair
  • Les enregistrements stockés au GOC sous la responsabilité du National Computer Board, lui-même sous le contrôle du ministère des ICT
  • Pleins feux sur les relevés téléphoniques soumis avec suspense sur l’identité de Super VVIPs

Les travaux d’hier dans le cadre de l’enquête judiciaire au tribunal de Moka pour faire la lumière sur le décès suspect de l’activiste MSM Soopramanien Kistnen ont été marqués principalement par le fonctionnement même des caméras de Safe City depuis le lancement de ce projet à Rs 19 milliards le 18 août 2019. Et surtout les versions contradictoires des représentants de la police sur les caméras installées à La-Louise, point central du West-East Connector. Le haut gradé de la police responsable de ce système, le surintendant Vijay Kumar Bawon, prend à contre-pied les explications du constable Abeeram, qui avait précédemment révélé que « the cameras were functional but no footage available ». De son côté, le surintendant a soutenu en Cour que les caméras à La Louise, bien qu’installées avant le 16, jour de la disparition mystérieuse de l’agent du MSM du No 8 à cet endroit spécifique, n’ont été mises en service qu’à partir du 29 octobre et qu’aucun enregistrement vidéo n’est donc disponible avant cette date. De ce fait, le mystère perdure. Pour la séance du jour, les yeux ou plus précisément les oreilles seront grandes ouvertes pour enregistrer les noms des SuperVVIPs de l’Hôtel du Gouvernement, figurant dans la liste des Itemized Cellular Billing soumise formellement.

Le SP Bawon, responsable du Safe City Main Command and Control Center, à Ebène, interrogé par le représentant du Directeur des Poursuites Publiques (DPP), Me Azam Neerooa, est revenu sur le fonctionnement des caméras de Safe City, des attributions du Control Room ainsi que la durée d’hébergement des données de ces caméras – il maintient que celle-ci est, au minimum, de 30 jours mais peut être étendue selon la disponibilité sur le serveur.
Azam Neerooa (AN) : Pouvez-vous retracer un suspect avec les données que vous avez, par exemple la reconnaissance faciale ?
SP Bawon (VKB) : La reconnaissance faciale est une des composantes du système de vidéo surveillance intelligent (IVS). Mais jusqu’à présent cette composante n’est pas opérationnelle.
AN : Qu’en est-il des facilités de stockage ?
VKB : Le serveur pour le stockage des images prises par les caméras est au Government Online Center (GOC).
AN : Donc, au Main Command Center il est uniquement possible de visionner les enregistrements mais c’est le GOC qui stocke toutes ces images ?
VKB : Oui.
AN : Est-il possible de visionner les images de caméras Safe City dans les postes de police ?
VKB : Il y a 71 postes de police et un Police Post à Grand-Bassin dotés de moniteurs, ce qui rend possible le visionnage d’images dans les régions avoisinantes de ces postes de police. Au Main Command Center nous recevons les images des caméras de tout le pays.
AN : Qu’en est-il de la durée de stockage des données ?
VKB : Selon le contrat pour ce projet, les enregistrements sont stockés pour une période de pas moins de 30 jours. Toutefois, il n’y a pas encore de date d’expiration. Il est possible que ces enregistrements demeurent sur le serveur pendant plus de 30 jours car sur 4 000 caméras Safe City envisagées, environ 3200 ont été installées mais il n’y a que 2 800 unités qui sont opérationnelles.

Par ailleurs, le SP Bawon explique ainsi que les enregistrements sont stockés au GOC, qui se situe sous la responsabilité du National Computer Board, lui-même sous l’égide du ministère des Technologies. Interrogé par la suite sur la mise en service de caméras Safe City dans les régions de Moka et Quatre-Bornes, le surintendant de police n’a pas été en mesure de donner de réponse précise, préférant se renseignera au préalable. Toutefois, quant aux caméras de Safe City à La-Louise, il explique qu’elles ont été installées il y a un bon moment mais que celles-ci n’ont été mises en service qu’à partir du 29 octobre dernier.

«  A La-Louise il y a quatre caméras fixes qui pointent respectivement sur Vacoas Road, Bassin Road, Palma Road et une en direction de St-Jean. Il y a aussi une caméra Pan Tilt Zoom’(PTZ) qui pivote. C’est toutefois à partir du 29 octobre dernier que ces caméras ont été mises en service », a souligné le SP Bawon. Et d’affirmer en Cour qu’il n’y a pas d’enregistrements vidéo ou d’images de ces caméras avant le 29 octobre stockés au GOC.
Les dires du SP sont en nette contradiction avec ceux du constable Abeeram, également du Main Command Center, qui avait, lui, avancé que les caméras à La Louise étaient opérationnelles bien avant le 29 octobre, mais qu’il n’y a aucun enregistrement disponible.

« No video available »

Face aux questions de Me Roshi Bhadain, le SP Bawon a fourni davantage de détails sur la capacité de stockage des données sur le serveur du GOC. Il a ainsi confirmé qu’avec 1 200 caméras sur 4 000 non opérationnelles, les données concernant les enregistrements des caméras de Safe City peuvent être stockées pour plus de 30 jours en raison de plus d’espace sur le serveur et qu’aussi le système de ‘first-in first-out’ est utilisé, soit que des données sont automatiquement effacées après 30 jours lorsque de nouvelles entrent dans le serveur.

Si Me Roshi Bhadain a confronté le SP Bawon au fait que ces données peuvent être stockées pendant plus de trois mois, le haut gradé a préféré s’abstenir de répondre. Et de revenir ainsi sur les termes du contrat, que le témoin juge « confidentiel ». Interrogé quant à la possibilité d’images enregistrées par les caméras à La Louise avant le 29 octobre, soit pour le 16 octobre, le SP Bawon a répondu par la négative : « Ce n’est pas possible. Lorsqu’on a fait la requête sur le système pour le 16 octobre, on a obtenu comme réponse No Video Available’», a avancé SP Bawon.

Me Bhadain est aussi revenu sur la teneur cette affaire de circulaire du commissaire de police à propos des bonnes pratiques et lignes directrices concernant l’utilisation de Safe City. Il a rappelé que le constable Abeeram avait présenté une circulaire datant de 2012 alors que Safe City n’était pas opérationnel, alors qu’il existe une circulaire datant du 18 novembre 2020.

Poursuivant, Me Bhadain a indiqué à l’intention du SP Bawon qu’il semblerait que le Premier ministre Pravind Jugnauth ait décidé d’exempter Safe City des dispositions de la Data Protection Act. SP Bawon devait indiquer qu’il vérifiera cette information. Après les caméras de Safe City, ce seront les relevés téléphoniques fournis par Mauritius Telecom sur les cartes SIM qu’utilisait Soopramanien Kistnen qui seront au centre d’attention.


Me Bhadain au CP : « Mettez de
l’ordre dans votre force policière ! »

« Le Commissaire de police a animé un point de presse où il demande aux avocats de faire preuve de retenue. Je connais la personne, Monsieur Servansingh. C’est quelqu’un pour qui j’ai énormément de respect. Mais ce poste qu’il occupe une fonction constitutionnelle. Je m’adresse à lui avec tout le respect que je dois.
«Allez demander au sergent Rostom pourquoi lorsque mon client, Koomadha Sawmynaden est venu, la police n’a pas procédé avec un Diary Book Entry. Ils n’ont pas pris sa version alors qu’il savait l’implication d’une voiture rouge dans cette affaire. Met enn lord dan ou lakwizinn. Parski misie Rostom ti dir zot ti interviewe mo klian dan lakwizinn CID Kartie Militer. Misie Dawon pe dir ki dan La Louise kamera Safe City in service à partir 29 oktob. Me dimounn ki vizionn sa, ki sou SP Dawon, li dir li operasionel me pa ena footage. Alors, Monsieur le Commissaire de police, mettez de l’ordre dans les versions des policiers. Avant de demander aux avocats de faire preuve de retenue, mettez de l’ordre au sein de votre force policière pour que les Mauriciens aient droit à la justice. You are not commanding anything. You are not controlling anything. You got rogue officers who are lying in Court, who are not taking statements, who are not putting DB Entries, who are not managing cameras properly. Get your house in order then you talk to us. »


Me Valayden : « Olie rod la verite, pe tir kont avoka »

« Olie rod la verite, pe tir kont avoka. On essaie de faire peur aux avocats pour qu’ils n’ennuient plus dans les affaires qui arrivent à gauche et à droite au sein du pays. Pour les photos de Jin Fei, j’ai fini d’écrire les policiers. Ce n’est pas la première fois que je me réfère à un escadron. J’ai appelé le Commissaire. J’ai contacté sa secrétaire. Ce n’est qu’après qu’on a rendu publiques les photos. Pourquoi pas avant ? C’est justement pour que les gens n’aient pas peur, pour ne pas décrédibiliser les institutions. Kifer dan sa bann ka la pa pe anvi konn la verite. Nou pe donn ranseignman parski lintere lepep an ze. Si enn teroris rant dan pei pa pou kone. Safe City pa marse. Dan lakour pe dir. Nous avons envoyé une correspondance au CP. Si on nous fixe un rendez-vous à l’heure des travaux, on ne pourra pas s’y rendre. Donc, nous lui demandons de nous recevoir ce samedi matin. On lui remettra toutes les informations qu’on détient. Eski nou pa pe fer prev reteni ? La mo tann dir Misie Nobin pou ale la ek pou ranplase par Appadoo ankor enn fwa dan prizon. Eski lepep la aksepte sa ? Nou pe reflesi lor misie Appadoo ek pou ena enn Private Prosecution »


KHEMRAJ SERVANSINGH (COMMISSAIRE DE POLICE) :
« Les hommes de loi doivent faire preuve de retenue »

Le commissaire de police, Khemraj Servansingh, estime que certains hommes de loi doivent mesurer leurs propos lors des déclarations publiques. « Je lance un appel au public pour agir de manière responsable, y compris les hommes de loi qui doivent faire preuve de retenue quand ils font des déclarations publiques », a-t-il lancé lors d’une courte déclaration à la presse aux Casernes centrales, mercredi. Il a dit avoir noté récemment que des personnes font des commentaires « pour créer une psychose dans la population ». Il a qualifié cela de « très grave ». Et d’ajouter : « Pe koz tou kalite band organize kom eskadron de la mor, kot pe rod asosie bann lamor dimoun dan diferan ka alor ki lanket pa ankor etablir kwa ke se swa. »
Le commissaire de police estime que ces « amalgames » portent préjudice aux différentes enquêtes en cours. Toutefois, il a dit qu’en tant que commissaire de police, il donne la garantie à la population que la police fait son travail en toute indépendance. « Nou pou fer la limier lor tou ban ka ki nou pe ankete san distinksyon. Nou pa pou lezinn lor bann mwayen pou fer le travay an tou indepandans. »