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L’homme d’affaires confie : « L’enregistrement, le seul élément que j’avais pour prouver mes dires car seulement ma parole pourrait n’avoir aucun poids dans une Cour de justice »

Saheed Nawab Soobhany, aussi connu comme Patrick, l’homme d’affaires qui a dénoncé l’acte allégué de corruption attribué à l’ancien ministre MSM, Raj Dayal, a été appelé à la barre des témoins dans le cadre du voir dire instruit par le Double Bench de la Financial Crimes Division pour décider de l’admissibilité de la bande sonore,  se trouvant sur son téléphone portable. Une bande sonore de l’entretien qu’il dit avoir eu avec Raj Dayal, au bureau de l’ancien ministre de l’Envionnement d’alors le 22 mars 2016. Patrick Soobhany a expliqué comment il s’y est pris et devait maintenir que la bande sonore n’a été ni manipulée ni modifiée.

Patrick Soobhany, qui se présente comme promoteur immobilier, a été interrogé par le représentant de la poursuite, Me Abdool Raheem Tajoodeen,, à propos de l’enregistrement qu’il a fait lorsqu’il avait eu un rendez-vous avec Raj Dayal à Port-Louis, en mars 2016. La teneur de l’enregistrement en question avait débouché sur l’arrestation et l’inculpation de Raj Dayal.

Abdool Raheem Tajoodeen (AT) : Vous avez fait une déclaration à l’ICAC le 22 mars 2016, n’est-ce pas?

Patrick Soobhany (PS) : Oui.

AT : Vous étiez accompagné de votre avocat, le Senior Counsel Yousuf Mohamed ?

PS : Oui.

AT : Vous aviez aussi ce jour-là produit un téléphone portable.

PS : Oui.

AT : L’Investigator Beehary de l’ICAC, qui a pris votre déclaration, vous lui avez aussi soumis le téléphone portable ?

PS : Oui.

AT : À qui appartenait ce téléphone ?

PS : C’était le mien. De la marque Samsung de couleur noire.

AT : Pourquoi avez-vous trouvé nécessaire lorsqu’on prenait votre déclaration, de soumettre votre téléphone?

PS : Le seul élément en ma possession pour prouver mes dires c’était mon téléphone. Uniquement ma parole, je ne sais quel poids cela pourrait avoir dans une Cour de justice.

AT : Vous avez fait une déclaration contre qui ?

PS : Contre l’ancien ministre Raj Dayal.

Patrick Soobhany a expliqué que dans son téléphone produit à l’ICAC, il y avait une bande sonore sur l’entretien qu’il avait eu avec Raj Dayal. Il indique alors comment il s’y serait pris.

AT : Comment avez-vous enregistré la conversation?

PS : Quand je suis entré dans le bureau de l’ex-ministre Raj Dayal, j’avais le téléphone de mon chauffeur. J’ai pris son téléphone pour le déposer à l’entrée et j’ai gardé le mien, que j’avais déjà mis sur mode enregistrement dès mon entrée.

AT : Où aviez-vous gardé votre téléphone?

PS : Dans une sacoche que je portais et que j’ai gardé ouverte.

AT : Que s’est-il passé quand vous avez quitté le bureau de l’ex-ministre après l’entretien ?

PS : Une fois sorti, j’ai arrêté l’enregistrement ; je suis entré dans ma voiture, j’ai pris au moins 5 minutes de réflexion. Après j’ai décidé d’aller voir Me Yousuf Mohamed. Je lui ai fait écouter l’enregistrement. Il avait du mal à l’entendre. Une personne présente à son bureau avait alors pris l’initiative d’utiliser mon téléphone pour copier l’enregistrement sur un ordinateur et le mettre sur un CD, afin de le remettre à Me Mohamed. Après nous avons décidé de nous rendre au QG de  l’ICAC.

AT : Est-ce qu’une personne autre que celle qui avait utilisé votre téléphone pour faire une copie de l’enregistrement a manipulé votre téléphone?

PS : Non. Avant d’aller à l’ICAC, nous avions écouté l’enregistrement sur le CD.

AT : Vous avez fait la comparaison et vous pouvez confirmer que sur le CD,  c’était la même conversation que vous aviez eue avec l’accusé ?

PS : 100% identique.

AT : Quand votre téléphone avait été examiné à l’ICAC, est-ce que les enquêteurs vous ont montré le téléphone ?

PS : Le téléphone était dans une enveloppe cachetée, je ne pouvais le voir.

AT : À part vous-même et les officiers à l’ICAC ayant examiné votre téléphone, d’autres personnes ont-elles manipulé votre téléphone?

PS : Je suppose que non vu que le téléphone était dans une enveloppe cachetée.

AT : Si l’accusé soutient que vous, Me Yousuf Mohamed et M. Pohrun semblez avoir manipulé et modifié  l’enregistrement audio…

PS : Tout ce que j’ai dit, c’est la vérité. Personne n’a manipulé quoi que ce soit!

Motion rejetée

Après cette audition, il a été convenu que Patrick Soobhany sera contre-interrogé par Me Jacques Panglose, le Leading Counsel, représentant Raj Dayal, aujourd’hui. Par ailleurs, lors de la séance d’hier, Me Tajoodeen devait soulever une motion, souhaitant obtenir davantage de détails (particulars) sur la personne qui aurait manipulé l’enregistrement audio, ainsi que quand’ il l’a fait et où, selon les dires de la défense. Le

Double Bench, composé des magistrates Nadjiyyah Dauhoo et Nalini Senevrayar-Cunden, a rejeté la motion de la poursuite, soutenant que ces détails seront donnés lors de l’audition. Me Tajoodeen devait toutefois faire part d’une confusion, du fait qu’il n’a pu argumenter sur cette motion. La magistrate, semblant excédée, devait répondre au représentant de la poursuite : « It’s up to you to know what you want to do », lui expliquant qu’elle avait cru comprendre qu’il y a eu échanges d’arguments entre la poursuite et la défense à ce sujet. Après réflexion, le représentant de la poursuite n’a pas insisté pour faire état de nouveaux arguments en Cour.

Raj Dayal a plaidé non-coupable, devant la Financial Crimes Division, de l’accusation de bribery by public official sous les dispositions de la Prevention of Corruption Act. Il lui est reproché d’avoir sollicité un pot-de-vin de Rs 1 million de l’homme d’affaires Patrick Soobhany le 22 mars 2016 à son bureau, à Port-Louis, pour l’achat de 50 bal kouler pour les célébrations de la fête Holi, en échange d’un permis EIA pour un projet de morcellement de 294 lotissements sur une superficie de 35 arpents à Gros-Cailloux. Une bande sonore faisant état de cet arrangement entre l’homme d’affaires et Raj Dayal à son bureau avait en effet été remise à l’ICAC.