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Le contre-interrogatoire de l’homme d’affaires Patrick Soobhany par Me Jacques Panglose, G.O.S.K, qui assure la défense de Raj Dayal, a été complété dans le cadre du « voir dire » institué pour trancher sur l’admissibilité de la bande sonore obtenue à l’insu de l’ex-ministre à son bureau en mars 2016. La défense a tenu à faire part de certaines « incohérences » dans la version des faits de l’homme d’affaires et affirme qu’il y a eu « manipulation de l’enregistrement ».

Patrick Soobhany a été confronté à ses dépositions prises à la Commission anti-corruption (ICAC) en mars 2016 après avoir enregistré sa conversation avec Raj Dayal. L’homme d’affaires, répondant à une question de Me Panglose sur sa précision concernant la durée de l’enregistrement et le temps passé au bureau de l’ex-ministre, celui-ci devait répondre que « c’est bien comme ça que ça s’est passé ». Il devait aussi confirmer que cet enregistrement a été écouté par Me Yousuf Mohamed, Senior Counsel, qu’il est allé voir après sa rencontre avec Raj Dayal.

Me Panglose (JP) : Si je vous dis que vous, Me Yousuf Mohamed, SC, et Yaasin Pohrun (du journal du Défi)  avaient fait un pacte pour piéger l’ex-ministre, qu’avez-vous à dire ?

Soobhany (PS) : Que c’est faux !

Après ces échanges, la poursuite, représentée par Me Abdool Raheem Tajoodeen, a objecté aux questions de la défense sur le fait d’avoir tenté de coincer l’ex-ministre, car le but du « voir dire » est de déterminer l’admissibilité de l’enregistrement. Me Panglose devait s’appesantir sur le fait que la défense ne fait que tenter d’établir les circonstances entourant l’enregistrement de la conversation en question. La Cour devait toutefois, dans son Ruling, donner raison à la poursuite pour que la défense ne s’aventure pas sur ces questions.

Me Panglose devait ensuite confronter Patrick Soobhany sur certaines « incohérences », notamment du fait qu’il était en train d’être interrogé à l’ICAC et qu’il avait reçu de nombreux appels téléphoniques, qu’il avait pris. Patrick Soobhany a répondu : « C’était des appels de mon épouse. » Me Panglose devait aussi le confronter au fait qu’il aurait, d’après ses déclarations à l’ICAC, tenté d’appeler son chauffeur après son rendez-vous avec Raj Dayal. « Telefonn ou sofer ti ek ou, non ? Kouma ounn fer sa ? » Ce à quoi Patrick Soobhany a répondu qu’il se souvient juste que lorsqu’il est sorti du bureau du ministre, son chauffeur l’attendait.

JP : Vous n’avez pas dit que vous avez récupéré le téléphone de votre chauffeur à l’entrée avant de quitter le bureau dans votre déclaration à l’ICAC. C’est en Cour que vous avez dit cela !

PS : Oui, j’ai récupéré le téléphone de mon chauffeur.

JP : Cinq ans sont passés depuis votre déclaration et, maintenant, vous avez meilleure mémoire ?

PS : C’est possible.

Par la suite, Me Panglose est revenu sur ce qui aurait pu être selon lui une « manipulation de l’enregistrement », du fait que l’enregistrement sonore a été entendu sur une radio privée. Si au départ Patrick Soobhany a indiqué qu’il ne connaissait pas la personne qui avait utilisé son téléphone portable afin de faire une copie de l’enregistrement sonore, il a fini par dire en Cour qu’il s’agissait du journaliste du groupe Défi Yaasin Pohrun. Avant d’ajouter qu’il ne connaissait pas Yaasin Pohrun avant ce jour-là, pas plus que son nom d’ailleurs.

Patrick Soobhany devait également dire « ne plus se souvenir » si c’est lui qui avait demandé à faire une copie de l’enregistrement sonore ou si cela avait été fait à la requête de Me Yousuf Mohamed. Il a aussi affirmé ne pas savoir si d’autres copies de l’enregistrement avaient été faites.

Si Patrick Soobhany explique ces imprécisions par le laps de temps écoulé, il nie cependant fermement qu’il y a eu manipulation. Après son audition, les témoins Yaasin Pohrun et l’inspecteur Mahomed, de l’ICAC, seront entendus vendredi prochain.