Ricardo Agathe et Kusraj Lutchigadoo, proches de présumés trafiquants de drogue, devront bientôt s’expliquer à l’Independant Commission against Corruption (ICAC) sur la provenance de plusieurs biens en leur possession. L’équipe de Navin Beekarry soupçonne en effet que ces deux protagonistes ont bâti leur empire sur le trafic de drogue et qu’ils auraient blanchi leur argent à travers l’achat de terrains, de bâtiments, de véhicules et d’argent en banque.

Depuis le déconfinement, la commission anti-corruption a émis encore des “attachement orders” sur une quantité de biens. En ce qui concerne le clan Agathe, l’Icac a sollicité et obtenu des “attachements” sur les comptes bancaires de huit membres de cette famille, dont Ricardo Agathe lui-même, ainsi que son épouse Christina et ses trois enfants mineurs. Idem pour la compagnie R.L. Agathe Co Ltd.

Les enquêteurs ont aussi établi que le « marchand confit » Ricardo Agathe possède également en son nom un terrain à Sainte-Croix valant Rs 275 000, ainsi que deux portions de terrain à Mare D’Australia, évalué à Rs 1,3 M. Une de ses proches possède aussi un terrain à Pointe-aux-Sables. Le principal concerné est aussi propriétaire d’une moto Honda CBR 100 de 1 000 cc et d’une voiture Mitsubishi Pajero. Les membres de cette famille devront donner des explications sur leurs sources de financement.

Pour rappel, Ricardo Agathe a été arrêté par l’Anti Drug and Smuggling Unit en avril de l’année dernière à Flic-en-Flac alors qu’il était venu récupérer 81 boulettes d’héroïne d’une mule sud-africaine. Parallèlement, l’Icac avait initié une enquête sur ses biens et les officiers avaient mis la main chez lui sur l’équivalent de Rs 3 millions en roupies et en devises étrangères, de même que sur des bijoux estimés à Rs 1,5 M. Outre les deux véhicules susmentionnés, les enquêteurs avaient également saisi cinq autres véhicules, notamment une BMW X-6 et une Mazda RX-8, qui sont sous des prête-noms, mais que l’Icac soupçonne d’appartenir à Ricardo Agathe. L’empire de ce dernier est estimé à Rs 40 M.

Une autre famille qui intéresse l’Icac est celle Kusraj Lutchigadoo, qui avait été arrêté en 2017 avec des substances que la police soupçonne servir pour la fabrication de drogue synthétique. Sans compter que son escapade du Vacoas Detention Centre, en avril 2018, avait fait couler beaucoup d’encre. L’Icac a obtenu un “attachement order” sur l’argent de son compte en banque, mais aussi celui de son épouse, Ayesha, et de son frère, Kelvy, arrêté pour trafic de drogue.

En ce qui concerne les véhicules, les enquêteurs souhaitent savoir comment ce clan a acquis une Kia Cerato et une voiture Range Rover Evoque. Ils s’intéressent également à une BMW i8 qui était en possession de Vicky Veeramootoo, ex-cadre d’une chaîne de casinos à Maurice, ancien propriétaire de chevaux de courses au Champ-de-Mars et gérant d’une boîte de nuit dans le nord. La commission anti-corruption cible également une Mercedes CLA 200 AMG, qui est sur le nom d’une compagnie. Cette entreprise détient également un terrain à La Salette, Grand-Baie, alors que Kusraj Lutchigadoo est propriétaire d’un terrain à Bassin, Quatre-Bornes.

Les enquêteurs disent avoir entrepris une enquête approfondie sur les activités du tandem Kusraj Lutchigadoo/Vicky Veeramootoo et avoir appris qu’un terrain à Terre-Rouge a été acquis par un prête-nom, mais que le propriétaire serait le présumé trafiquant de drogue. Ces protagonistes devront expliquer la source de leurs financements pour l’acquisition de ces biens.

Par ailleurs, l’Icac a mis des “attachements orders” sur les comptes bancaires de Jean Yves Cossigny (72 ans), arrêté par la police en 2017 pour escroquerie. Se faisant passer pour un agent recruteur, il a déplumé une quinzaine de Mauriciens en leur faisant croire qu’il pouvait les envoyer au Canada et leur faire obtenir un emploi. Il aurait ainsi soutiré environ Rs 800 000 à ses victimes. Le suspect a déjà été condamné en 1980 pour détournement de fonds. L’Icac a ciblé les comptes du suspect, de son épouse et de sa fille. Ces derniers possèdent à eux seuls plus de Rs 1,2 M. Ils devront eux aussi expliquer la provenance de cet argent.