Bousculade meurtrière au stade Baréa : déchirante soirée à la morgue de l’hôpital JRA

Des centaines de Malgaches avaient abandonné le stade Barea pour gagner le centre de soin de Tana, où avaient été conduits les victimes du drame de l’ouverture des JIOI. La nuit de vendredi a été animée d’une combinaison des plus éclectiques de fraîcheur d’un vent frissonnant, des feux d’artifice d’une grandiose cérémonie… et du désarroi des proches qui ne s’attendaient à récupérer à la morgue les leurs.

La dépouille du jeune homme gît sur une civière déposée à même le sol à l’entrée de la morgue de l’hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona (JRA). Un soignant soulève le voile blanc qui recouvre le visage de cette victime de la bousculade meurtrière du stade Barea, où se poursuit au même moment la cérémonie d’ouverture, ce vendredi soir.

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Une frêle Malgache s’effondre auprès du cadavre, alors que d’autres proches étouffent difficilement leurs lamentations. Cette nuit de célébrations laisse place à un choc indescriptible. À 20h56, le corps est placé à l’arrière d’un 4×4 de la police, cela, sous le regard du Premier ministre malgache, Christian Ntsay.

Le visage fermé et entouré de sa garde rapprochée, le chef du gouvernement s’est présenté auprès des familles des défunts. « Il y a 80 victimes dont 12 morts », et 11 personnes dans un état grave, déclare-t-il au Mauricien/Week-End. Cela sur la base d’un premier bilan établi dans la soirée de vendredi.

Le Premier ministre malgache à la morgue

« Sept enfants », ajoute-t-il, ont également été pris dans cette bousculade meurtrière intervenue vers 16h30 au niveau de l’entrée 5 du stade Barea, soit celle du côté de l’école St Michel.

Là-bas, autour des imposants portails métalliques gardés par des gendarmes et soldats, les effets des victimes ont été abandonnés sur place. À l’intérieur, une monticule de chaussures, savates et casquettes a été rangée sur le côté pour libérer la sortie. Entre-temps, des spectateurs essaient de trouver un quelconque accessoire qui sied à leur taille.

L’enquête initiée par les autorités malgaches devrait établir les circonstances ayant conduit à ce drame, intervenu quatre ans après la bousculade tragique ayant eu lieu à l’occasion d’un concert pour la fête nationale en ce même lieu, alors nommé stade Mahamasina.

« Depuis, ils ont reconstruit le stade aux normes pour éviter que des incidents similaires ne se reproduisent », rassure un journaliste malgache, abordé dans les parages de la morgue.

Autour des murs de l’hôpital JRA, des familles prises de profondes inquiétudes patientent dans la fraîcheur hivernale de Tana. Leurs accoutrements vétustes trahissent leurs conditions de vie. Pour cette 11e édition des JIOI, les organisateurs malgaches avaient souhaité rendre l’ouverture accessible à tous, avec l’accès au stade gratuit ou même écoulant les billets à bas prix.

Dès lors, des Malgaches avaient gagné les alentours du stade depuis 2h du matin pour certains. À la mi-journée vendredi, ils formaient un impressionnant cordon tout autour de l’infrastructure.

Des pleurs aux détonations.

Ce vendredi 21h01, les pleurs d’une mère sur le corps de sa fille, âgée de 20 ans, se perdent sous la bruyante détonation des feux d’artifice pour marquer la fin de la cérémonie d’ouverture des Jeux. « Mon enfant n’était pas malade quand elle est sortie de la maison, et voilà que je trouve sa dépouille ici », lance-t-elle.

Effrayés par le vacarme des festivités, deux chiens tentent de trouver refuge dans le couloir menant à la morgue. Ils seront difficilement repoussés par des soldats postés devant le bâtiment. À quelques mètres, un va-et-vient constant s’articule aux alentours des urgences. Les blessés de la bousculade y sont soignés, alors qu’une trentaine de proches se préoccupent à l’entrée, gardée par des militaires.

De la cour de l’hôpital, des visiteurs affichent l’indifférence devant le spectacle de drones, subjuguant les membres du public au stade Barea. Au même moment, des officiers de la sécurité escortent ceux qui attendaient à l’extérieur de l’enceinte de l’hôpital, en direction de la morgue.

« Leurs proches ne sont pas encore rentrés à la maison et ils n’ont pas de nouvelles d’eux », confie un robuste soldat, un béret vert vissé au-dessus de son crâne. « Ils essaient de voir si leurs proches se trouvent parmi les victimes », ajoute-t-il.

Un barrage de militaires a été établi à quelques mètres de la morgue en vue de contrôler le flot de parents minés par l’inquiétude. Une file indienne se forme tant bien que mal sous les directives musclées des forces de l’ordre. Des groupes d’une dizaine de personnes gagnent par la suite l’un après l’autre les abords de la morgue.

Là-bas, un nouveau barrage de soldats garde l’accès au bâtiment. Certains ressortent de la morgue soulagés. D’autres tentent de contenir le flot d’émotions et de larmes, avant de tout laisser échapper dans les bras des leurs. Au loin, une nouvelle salve de feux d’artifice illumine le ciel.

« Vu que c’est une bousculade, la plupart des victimes sont mortes piétinées », estime un journaliste malgache venu avec son équipe à l’hôpital JRA. « Ce sont les enfants qui sont les principales victimes », regrette pour sa part Erika, une Malgache.

Cette habitante d’Antananarivo se dit inquiète pour les compétitions futures, auxquelles « beaucoup de Malgaches » veulent assister.

« Nous savions qu’un incident allait arriver. Il ne fallait pas qu’ils ouvrent et ferment les portes du stade. Cet incident aurait pu être évité », trouve-t-elle, tout en concédant que la cérémonie d’ouverture laissera un arrière-goût amer pour encore longtemps, alors que la nuit ne parviendra pas à apaiser l’angoisse de plus d’un ayant fait le déplacement…

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