Bertrand Lagesse à la Cour intermédiaire.
  • Le montant de Rs 42 millions dans l’Indictment Sheet soumis en Cour représente en moyenne 1% de la valeur initiale du contrat alloué par le CEB à la firme danoise BWSC
  • Le consultant d’AMB Consulting rattrapé par ses Dealings avec le Danois Kok Jensen, faisant l’objet d’enquête criminelle à la demande de son employeur BWSC
  • Des limiers de l’ICAC en présence de fichiers informatiques « Deleted » que ce soit au bureau de AMB Consulting et chez PAD & CO du clan Hao Thyn Voon

Treize semaines après les dénonciations de fraude et de corruption par la Banque africaine de développement (BAD) et dix semaines après la révocation du Deputy Prime Minister et ministre des Services publics, Ivan Collendavelloo, la Saint-Louis Gate a débouché sur une première inculpation provisoire. Ainsi, en cette fin de semaine, l’Independent Commission Against Corruption, qui enquête sur les dessous du contrat de quelque Rs 4,8 milliards alloué par le Central Electricity Board à la société danoise Burmeister & Wain Scandinavian Contractor (BWSC) pour la réhabilitation de la Centrale thermique de Saint-Louis, a convoqué le consultant d’AMB Consulting, Bertrand Lagesse, en compagnie de son homme de loi, Me Joy Beeharry, pour une séance d’audition devant se révéler déterminante. Ce premier suspect devra comparaître devant le tribunal pour la première inculpation provisoire de la série Saint-Louis Gate. La Predicate Offense étant la corruption sous la Prevention of Corruption Act (PoCA), la charge logée contre Bertrand Lagesse porte sur le délit de blanchiment sous la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA). Le montant mentionné dans l’acte d’accusation porte sur des fonds de Rs 42 millions, représentant 1% du contrat décroché par la firme danoise.

Sur la base des documents disponibles et des détails versés à ce jour dans le dossier à charge, l’ICAC soupçonne que cette somme de Rs 42 millions aurait servi pour accréditer la thèse de la Banque africaine de développement à l’effet que « evidence supports a finding that Burmeister & Wain, on a balance of probabilities, financially rewarded members of the Mauritian administration and others, through the intermediary of third parties, for providing access to confidential tender-related information which allowed them to tailor the technical specifications of the tenders to its offering, thus gaining an undue competitive advantage over other tenderers. Burmeister & Wain further concealed the arrangements it had entered into with the third parties, in breach of the rules governing the tenders ».
Les indications sont que lors de la confrontation du jour au QG, l’ICAC prévoit d’accuser Bertrand Lagesse au sujet de ses Dealings avec le Project Manager danois, Kok Jensen, qui a assuré la supervision de l’exécution du contrat de la centrale thermique pour le compte de BWSC. Techniquement, dans ses explications au sujet de l’utilisation de ce montant de Rs 42 millions en provenance de la firme danoise, le consultant a tenté de justifier les déboursements sous forme de financement de procédures à l’immigration, « for accommodation purposes », des démarches au titre de l’Environment Impact Assessment (EIA) ou encore pour les sous-contracteurs.

Les arguments mis en avant par Bertrand Lagesse pour contrer les accusations de corruption de « High Officials through Third Parties » n’auraient pas été retenus par l’ICAC d’autant plus que le Modus Operandi pour ces Rs 42 millions est similaire à celui adopté en marge des contrats obtenus par la firme danoise de BWSC au Mali et au Sénégal. Un autre élément à charge pesant lourd sur les épaules du consultant d’AMB Consulting est que le Common Factor demeure que le Project Manager danois, Kok Jensen a déjà fait l’objet de procédures disciplinaires de la part de ses employeurs.

L’ICAC serait également en présence d’éléments d’information des autorités danoises selon lesquelles une enquête criminelle a été diligentée et que le dénommé Kok Jensen devrait être concerné par les conclusions pour fraude et corruption. D’autre part, l’ICAC n’a pas été en mesure de « retrieve documentary » dans le système informatique que ce soit chez AMB Consulting ou encore chez PAD & CO du clan Hao Thyn Voon en liquidation. « All files have been deleted ou détruits », indique-t-on dans les milieux bien informés.

Toutefois, l’Audit Trail des transactions bancaires, opérés au nom de la société AMB Consulting et de Bertrand Lagesse, indique l’incorporation d’un chapelet de sociétés et compagnies ouvertes, puis fermées. Sur la base de ces opérations financières, qui n’ont pas fait l’objet de déclaration à l’Income Tax, la Mauritius Revenue Authority pourrait être appelée à appliquer un redressement fiscal majeur avec pénalités dans le cadre d’un Assessment en cours.

Avec les développements à prévoir dans la journée, la Saint-Louis Gate Probe pourrait aborder un tournant avec tout le volet PAD & CO montant en première ligne. À ce stade, en marge de la série de Freezing and Attachment Orders obtenus des juges de la Cour suprême, siégeant en référé, l’ICAC poursuit l’exercice Forensic avant d’approfondir l’interrogatoire des principaux protagonistes au sein de la firme de construction en liquidation.

De son côté, la Commission anti-corruption se garde de confirmer pour l’heure si elle a pu mettre la main sur les documents en possession de la firme danoise de BWSC, soit les dessous de l’enquête indépendante conduite par la firme légale Poul Schmith en juillet 2018, autour du Scheme de ces pots-de-vin allégués ou encore la teneur du rapport de l’Office of Integrity and Anti-Corruption de la BAD sur la Saint-Louis Gate.

Ce document, dont le Premier ministre, Pravind Jugnauth, avait brandi une copie à l’Assemblée nationale, sans vouloir le déposer officiellement, a fait couler beaucoup d’encre sur le plan politique, l’opposition parlementaire, elle, protestant de manière énergique contre la façon de faire du gouvernement…
Affaire à suivre…