Le témoin pas ménagé par Me Azam Neerooa, du bureau du DPP, sur les instructions ne figurerant pas dans l’Incident Report

Les travaux de l’enquête judiciaire instituée au tribunal de Rose-Hill pour déterminer les circonstances de la mort du jeune Dineshwar Domah, qui avait péri dans l’incendie qui avait éclaté dans l’entrepôt de l’hypermarché Shoprite le 12 novembre 2017, ont repris. L’audition de l’Assistant Chief Fire Officer (ACFO) Dorsamy Ayacooty, qui était le Highest Ranking Officer des sapeurs-pompiers sur place pour mener les opérations afin de circonscrire l’incendie a été riche en rendondissements. « Nous avons fait tout notre possible et j’ai déployé les grands moyens pour tenter de retrouver la personne qui était restée à l’intérieur », a-t-il dit, avant d’ajouter que « l’incendie était déjà à un stade avancé ».

L’ACFO Dorsamy Ayacooty a été pressé de questions par le Senior Assistant DPP Azam Neerooa sur les instructions données dans les premières heures après le début del’incendie. Il devait dans un premier temps avancer qu’il a pris les commandes dès son arrivée sur les lieux de l’incendie à 18h55, alors que les pompiers de la caserne de Quatre-Bornes étaient déjà sur place depuis 18h. Il a alors expliqué avoir agi selon les procédures, soit en mettant en place l’opération, la tactique et la stratégie.
Suite à une question de Me Neerooa sur les équipements utilisés pour une intervention rapide, l’ACFO Ayacooty a indiqué que les pompiers étaient équipés de Breathing Apparatus et qu’il avait donné des instructions pour l’obtention de caméras thermiques infrarouges pour tenter de détecter la présence d’une personne à l’intérieur de l’entrepôt en feu. Déjà, l’ACFO a indiqué qu’il a été formé à la Civil Aviation Academy de Singapour pour utiliser les appareils respiratoires, mais devait concéder qu’aucun pompier du pays n’a de Breathing Apparatus Wearer Certificate.
Il devait par ailleurs insister sur le fait qu’il avait donné des instructions dès le départ pour l’obtention de caméras thermiques infrarouges, même si Me Neerooa lui a fait savoir qu’il n’en avait pas fait mention dans l’Incident Report. Après avoir expliqué que le Mauritius Fire and Rescue Service disposait de trois caméras thermiques en 2017 et que les pompiers avaient été formés pour les utiliser, Me Neerooa devait demander à la magistrate de prendre connaissance d’une copie de l’Incident Report présentée en Cour, et qui semble avoir été modifiée pour inclure les instructions données pour faire parvenir les caméras thermiques. « You have to be honest officer », lui a alors lancé la magistrate, Damini Dookhy. Et le témoin de répondre : « I maintain as a professional I made the request. » Me Neerooa a demandé que le document original soit présenté pour avoir plus d’éclaircissements.

Opération de recherche et de sauvetage

L’ACFO Ayacooty devait par ailleurs avancer que dans les premières heures après l’éclatement de l’incendie, un Senior Officer était à l’intérieur du bâtiment en feu. Après quoi trois équipes de trois pompiers avaient été déployées. Il a expliqué avoir donné des instructions pour poursuivre l’opération Search and Rescue tout en tentant de maîtriser les foyers d’incendie. Et ce, malgré les obstacles devant eux pour continuer les recherches et l’extinction de l’incendie, dit-il, « car les pompiers sont formés pour travailler dans des espaces confinés, malgré les éléments défavorables ». Il avance ainsi : « Lors des recherches, on a fait tout notre possible. On a même crié pour voir si quelqu’un répondait. J’ai déployé les grands moyens pour chercher cette personne, mais l’incendie était déjà à un stade avancé. »

Me Moorari Gujadhur, SC, qui représente Shoprite Mauritius Ltd, a demandé au témoin s’il y avait des pompiers sur le toit du bâtiment pour circonscrire l’incendie. Ce à quoi le témoin a répondu par la négative, ajoutant que les pompiers n’ont pu le faire que trois jours après. Me Sanjay Buckory, SC, qui représente Highway Property Ltd, gérant du Trianon Shopping Park, a demandé à l’ACFO si l’effectif de pompiers était suffisant et s’il y avait les équipements nécessaires sur place pour intervenir convenablement. Le témoin a affirmé : « The state of preparedness was up to the level. » Il devait aussi soutenir que l’incendie a tardé à être maîtrisé, car il y avait une trop forte concentration de charges combustibles dans l’entrepôt.

Par ailleurs, le Forensic Scientist Vikash Sookna a été appelé à nouveau à la barre des témoins pour apporter plus d’éclaircissements sur le rapport du FSL concernant la possible cause de l’incendie. Il a ainsi rappelé que c’était un feu à combustion lente, mais intense, et avait donné comme exemples des mégots de cigarettes ou des bâtons d’allumettes encore allumés comme cause probable du début d’incendie.

Pour rappel, Dineshwar Domah, qui était âgé de 24 ans, travaillait dans l’entrepôt, plus exactement dans le rayon dédié aux boissons de l’hypermarché. Sept jours après l’éclatement de cet incendie, la Special Mobile Force avait retrouvé son corps enseveli sous des débris. Pendant une semaine, les pompiers et autres forces de l’ordre avaient tenté de retrouver le jeune homme qui, selon des témoins, avait été aperçu pour la dernière fois ce jour-là dans l’entrepôt, où il était parti récupérer ses clés.