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Alors qu’il pensait, en dépit de sa santé fragile, jouir d’une belle retraite, tranquille, même prématurée, un sexagénaire est aujourd’hui contraint de remuer ciel et terre pour obtenir réparation. Pour cause, une partie de la somme d’argent qu’il avait soigneusement placée à la banque a disparu : Rs 500 000 ! De quoi briser tous les rêves et projets de cet homme pour sa famille qui vit depuis juillet dernier dans un état de choc. Depuis trois mois, c’est un véritable parcours du combattant qu’a entrepris le sexagénaire pour faire la lumière sur cette étrange affaire…

Cela faisait un bout de temps que sa fille était fiancée. Et en juin dernier, la famille avait projeté de célébrer un grand mariage. Un événement que tous attendaient avec impatience, d’autant que ces réjouissances familiales devaient aussi être l’occasion de rencontrer ceux qu’ils n’avaient pas vus depuis trois mois en raison du confinement relatif à la Covid-19. Le grand jour approchant, Chandra (prénom modifié) se rend à la banque. Pour payer les frais du grand mariage envisagé, cet homme de 65 ans qui, en raison d’ennuis de santé a été mis à la retraite il y a huit ans, après 37 ans de services au sein d’une compagnie paraétatique, songe à puiser dans son lump sum dont il avait soigneusement transféré la moitié de son propre compte bancaire à un compte au nom de son épouse au sein de la même banque. Une économie que personne d’autre que lui, même pas son épouse, avait été mis au courant. « J’ai touché Rs 1,7 M comme lump sum. Une partie devait servir aux dépenses courantes pour ma famille, vu que je ne travaille plus. Pour ne pas faire d’excès, et pour garantir une arrivée d’argent à mes enfants si jamais il m’arrivait malheur, j’ai déposé, le 14 septembre 2012, Rs 500 000 sur le compte bancaire de ma femme.» Cependant, la banque n’aurait jamais envoyé de relevé bancaire à sa femme pour cet argent versé sur un compte savings all in one account. Même lorsque sa femme a bénéficié, à partir de 2015, de sa pension de vieillesse, versée mensuellement sur ce compte. Compte sur lequel elle faisait, chaque mois, des retraits au comptoir de la banque de la localité où elle habite, lorsque sa pension est versée.

Aucun relevé en huit ans

Or, le 16 juin dernier, lorsque Chandra se rend à la banque pour débiter ce compte pour le mariage, il tombe des nues en apprenant que la balance restante sur le compte de sa femme était de Rs 6 022. Dans un premier temps, il pense que sa femme a dû ponctionner ce compte sur lequel il avait transféré Rs 500 000. En demandant un relevé bancaire, toutefois, pour comprendre comment une telle somme avait pu être sensément débitée par son épouse, il apprend que la banque ne peut fournir des documents datant de plus de sept ans.

Et pire, lorsqu’il rentre chez lui et questionne sa femme sur ces retraits, elle lui donne sa parole qu’elle n’était pas au courant de ce transfert et qu’elle n’a jamais touché à cet argent. « Je vis avec ma femme depuis plus de 35 ans et je la connais très bien. J’ai une totale confiance en elle », souligne Chandra.

Se rendant, avec sa femme cette fois, à la banque deux jours plus tard pour obtenir un relevé bancaire de toutes les transactions effectuées depuis le 14 septembre 2012 au 16 juin 2020, il apprend qu’il ne pourra obtenir toutes les informations, la banque ne disposant que des documents de plus de sept ans.

33 retraits consécutifs en 6 mois

Cependant, le 25 juin 2020, il reçoit un document bancaire confirmant qu’une somme de Rs 500 000 avait été transférée sur le compte bancaire de sa femme.

Le 27 juin 2020, à une requête faite au siège social de la banque à Port-Louis pour récupérer toutes les transactions effectuées du 14 septembre 2012 au 15 juin 2020, si Chandra et sa femme apprennent que cette demande prendra un certain temps du fait que les documents de la banque ne sont conservés que pendant sept ans, le reste étant transféré aux archives, le couple obtiendra toutefois des relevés bancaires concernant la période du 8 septembre 2016 au 28 juin 2020. Les relevés pour les transactions entre la période du 1er janvier 2012 et le 5 septembre 2016 devaient leur être transmis ultérieurement.

Quelques jours plus tard, effectivement, le couple reçoit les documents demandés et note avec effroi qu’il y a eu 33 retraits consécutifs entre le 21 septembre 2012 et 18 mars 2013 sur ce compte. Des retraits, représentant près de Rs 500 000, que l’épouse de Chandra n’aurait jamais effectués, affirme-t-elle.

« Les Rs 500 000 que j’avais transférées sur le compte bancaire de ma femme avaient disparu », pleure Chandra qui, outre choqué, se dit totalement bouleversés ainsi que sa femme. « Notre vie et nos rêves ont été brisés et ruinés. Toute l’économie que nous gardions pour nos vieux jours et les dépenses familiales se sont envolées. Il y a eu 33 retraits illégaux et non autorisés sur le compte de ma femme. Il est évident qu’elle a été victime d’une fraude bancaire », dit le sexagénaire.

Dans le contexte, le compte bancaire pillé, le mariage de la fille de Chandra a dû être renvoyé. La famille s’en est retrouvée bouleversée. Immédiatement, Chandra a déposé plainte à la police et auprès de la banque concernée. Il s’est aussi adressé à la Financial Intelligence Unit (FIU) et à la Banque de Maurice, de même qu’à l’Ombudsperson for Financial Services, expliquant son cas et réclamant des actions.

En effet, selon les relevés bancaires obtenus, le premier retrait de cette « fraude » aurait démarré le 21 septembre 2012, soit moins d’une semaine après que Chandra a fait le transfert des Rs 500 000 sur le compte de son épouse. En octobre 2012, il y a eu 6 retraits consécutifs et le mois suivant 10 autres retraits. En décembre, le compte de l’épouse de Chandra a été débité 5 fois et 6 fois en janvier 2013. Les cinq derniers retraits ont été effectués en février et mars, soit trois et deux fois respectivement.

Un cadre de la banque mis en cause

Plusieurs jours après, Chandra n’obtiendra aucune information quant à l’issue d’une éventuelle enquête enclenchée au sujet de cette « fraude ». Désespéré, il s’est maintes fois tourné vers la banque, en vain. Le père de famille indique avoir néanmoins reçu un appel téléphonique il y a peu d’une personne dont il ne se souvient plus de l’identité, l’informant que le fraudeur avait été identifié. « Selon cette personne, le coupable qui a effectué ces 33 retraits du compte bancaire de ma femme est un haut fonctionnaire de la banque qui était sous contrat à la banque », affirme Chandra. Selon lui, d’une part, ce cadre de la banque aurait manipulé la base de données du système informatique bancaire, de telle sorte que le client ne reçoive jamais de relevé bancaire, et d’autre part, il aurait effectué 33 retraits de ce compte entre le 21 septembre 2012 au 18 mars 2013, laissant un solde bancaire de seulement Rs 734.

Toutefois, note Chandra, l’auteur de cette fraude, « sans doute pour brouiller les pistes », aurait déposé Rs 100 sur ce compte bancaire « pour faire comme si c’était ma femme qui avait fait cette transaction ».

Problèmes de santé

Cette affaire a profondément affecté la vie familiale de Chandra et de son épouse. Depuis juillet dernier, sa femme est traumatisée et souffre de dépression, dit-il. « Mon épouse ne dort pratiquement plus la nuit. Elle est toujours tendue et anxieuse. Elle a perdu l’appétit, même les tâches ménagères sont devenues une corvée pour elle. Cette affaire l’a terriblement affectée. Elle a maigri, et depuis trois mois, elle suit un traitement avec un psychiatre et un psychologue », raconte Chandra. Le mariage de leur fille que la famille voulait grandiose a dû être renvoyé en attendant de pouvoir faire des économies pour organiser un tel événement. L’état de santé de Chandra également s’est détérioré. Cependant, dit-il, il ne cesse de faire le va-et-vient entre les institutions bancaires et la police pour que ce cas de « fraude » soit pris au sérieux et débouche sur des actions concrètes contre le ou les coupables.

A ce stade, déplore le sexagénaire « la banque n’a pris aucune action. Et c’est inacceptable ». Il se demande par ailleurs pourquoi la Banque de Maurice également ne s’est toujours pas attardée sur ce cas. « Bann ti retraité ki ti penser la banque enn bon place pou met larzan pe souffer zordi. Tou nous l’économie finn kokin. Nou pa conner couma pou fer face l’avenir. Ek person pa pe donne en coup de main pou ki justice soit faite », dit Chandra. Pour que la lumière soit faite sur cette étrange affaire, le sexagénaire a retenu les services d’un homme de loi. « Mais ça aussi li couter. Alor ki nou ena Rs 500 000 finn kokin dan la Bank, zordi nou pa conner couma pou fer pli divan ». Notant que dans d’autres cas de fraudes bancaires, les autorités, dont la Banque de Maurice, ont été promptes à réagir, révoquant même, dans certains cas, la licence bancaire de l’institution concernée, Chandra lance un appel aux autorités. « Guette mo case. Nou pena boucou letan pou viv. Nou pa ouler laisse nou zenfan lor la paille. Nou pe rode la justice », dit-il.