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Le SOCO confronté aux faits que les photos prises des pièces à conviction sur la scène de crime démontrent que des objets ont été déplacés

L’absence de gestes barrières pour les neufs jurés assis côte à côte dans la salle d’audience déplorée

Le procès intenté au vigile Salib Meerhossen pour le meurtre de la Sud-africaine Lara Rijs, en 2017, a débuté devant le juge Luchmyparsad Aujayeb aux Assises. Le vigile ayant plaidé non coupable, l’audience se déroule devant un panel de jurés composés de six femmes et trois hommes. Lors de l’interrogatoire des témoins, Me Ravi Rutnah, qui assure la défense de l’accusé a soulevé plusieurs points pour remettre en question la crédibilité de l’analyse du lieu du crime par le SOCO. Il a entre autres confronté un officier du SOCO au fait que les photos prises et produites en cour démontrent que des objets se trouvent à des endroits différents.

Le cadavre de la Sud-africaine Lara Rijs, alors âgée de 32 ans, Operations Manager au Geneva Management Group, à Port-Louis, a été découvert le 17 août 2017 dans son appartement, à Pereybère. Le même jour, le vigile de l’appartement de luxe Salib Meerhossen avait été arrêté, des traces de sang ayant été retrouvées sur ses vêtements et ses chaussures. À l’ouverture du procès, l’accusé a plaidé non coupable.

Les officiers du SOCO ont par ailleurs été entendus. Le constable Rajiv Mohun, qui avait dressé des plans de l’appartement ainsi que les endroits alentours où des Exhibits avaient été retrouvés, a été appelé à la barre des témoins. Non loin de la résidence de la Sud-africaine, la police avait découvert un cellulaire et des sous-vêtements dans un terrain en friche. Une autre équipe d’enquêteurs, qui s’était rendue en même temps chez le suspect, Sahib Meerhossen, à Plaine-des-Roches, avait saisi les vêtements et sous-vêtements que portait le vigile le jour où le cadavre a été découvert.

« Blood like stains »

Un autre officier du SOCO, le PC Varin, qui avait pris des photos de la scène de crime, a aussi déposé. Il a expliqué qu’il avait pris toutes les mesures requises, notamment le port d’un masque et de gants, et un équipement de protection avant de remplir ses fonctions. Me Rutnah lui a ainsi demandé d’expliquer pourquoi il avait pris des photos de certains cordons de police dans l’appartement. Le témoin devait répondre qu’il avait reçu des instructions de l’enquêteur à cet effet.
L’avocat de la défense a aussi mis en avant le fait que des clés de voiture qui se trouvaient sur le coin d’une table sur une photo semblait avoir changé de position dans une autre photo. « In the other photo I took a close up », devait répondre le témoin. « We have evidence that there was a car somewhere. Did you move the keys. Did you see anyone moving the keys ? » a demandé Me Rutnah. Le témoin devait répondre que personne n’avait déplacé les objets.
L’avocat de la défense a aussi confronté le témoin au fait qu’une photo démontre un évier où l’on voit des bulles de savon qui pourraient indiquer que quelqu’un avait lavé quelque chose. « The sink may have been used to wash something. The soap bubbles are visible in the photos », a souligné l’avocat.

Par ailleurs, la photo d’une serviette blanche portant des taches marron, ressemblant à des taches de sang, a aussi été portée à l’attention des jurés. Me Rutnah a demandé au témoin si cela pouvait être des « blood like stains ». Le témoin a répondu par l’affirmative. Lors de son contre-interrogatoire par l’avocat de la défense, le témoin du SOCO a également concédé que l’accusé avait procédé à un exercice de reconstitution des faits sans aucun vêtement de protection, et que des photos témoignent que les cordons de police avaient été retirés dans certains endroits. « The evidential integrity of the compound may have been compromised », a soutenu l’avocat.

L’autopsie pratiquée par le Dr S.K. Gungadin avait révélé que la jeune femme avait été égorgée et subi des sévices sexuels. Dans sa déposition à la police, le vigile avait raconté qu’il avait pris son poste devant la résidence de la Sud-africaine, qui avait été déposée par ses amis en état d’ébriété, et qu’il l’avait reconduite à sa chambre. Le corps de Lara Rijs a été découvert dans la chambre G3, dans une mare de sang, par l’un de ses amis, venu lui rendre visite pour connaître la raison pour laquelle elle n’était pas venue travailler.
Ayant appris la nouvelle, la famille de Lara Rijs avait débarqué à Maurice et rencontré le commissaire de police d’alors, Mario Nobin, pour aider les enquêteurs à faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles Lara Rijs a trouvé la mort.