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Meurtre de Soopramanien Kistnen : Une enquête judiciaire à rebondissements

Un an est passé depuis que le corps calciné de l’ancien agent du MSM dans la circonscription de Quartier-Militaire/Moka (No 8), Soopramanien Kistnen, aussi connu sous le nom de Kaya, a été retrouvé dans un champ de cannes à Telfair, Moka. Initialement, ce cas avait été classé comme un suicide par les limiers de la CID de l’Eastern Division. Mais très vite, les données devaient changer avec remontant à la surface des circonstances troublantes de ce drame, à travers une enquête judiciaire instituée pour faire la lumière sur cette affaire devant la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath, siégeant au tribunal de Moka. Une instance où des révélations, des dénonciations et des tensions étaient au rendez-vous, comme une série à suspense, avec ses protagonistes et ses personnages secondaires. Un an après le meurtre confirmé de Soopramanien Kistnen et quelques mois après la fin de l’enquête judiciaire, les interrogations restent cependant présentes, principalement au sujet de l’identité de celui ou ceux qui ont commis une telle atrocité. Ou encore les commanditaires. Retour sur une enquête intense qui restera à jamais gravée dans les annales du judiciaire en attendant la teneur des Findings du tribunal de Moka au Directeur des Poursuites Publiques (DPP).

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Soopramanien Kistnen pouvait se targuer d’avoir des connexions à tous les niveaux, ayant en effet été un agent influent dans la circonscription du Premier ministre, Pravind Jugnauth, et ses deux colistiers la vice-Première ministre et ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, et de l’ancien ministre du Commerce, Yogida Sawmynaden, les élus du MSM au No 8. Son décès avait été considéré dans un premier temps comme un suicide, mais après que son passé a resurgi et ses connexions connues, le bureau du DPP avait décidé d’instruire une enquête judiciaire au tribunal de Moka. Le 4 décembre 2020 avait marqué le début d’une série d’audiences haletantes et avec des rebondissements.

La chronologie d’une disparition

Soopramanien Kistnen avait disparu sans laisser de traces dans l’après-midi du vendredi 16 octobre 2020. Des policiers, assignés en tant que témoins, sont venus expliquer en Cour que les tentatives en vue de reconstituer l’itinéraire de Kaya Kistnen ce vendredi fatidique demeuraient compliquées, car des caméras du réseau Safe City des régions concernées ne fonctionnaient pas, voire des images stockées n’étaient plus disponibles. L’enquête judiciaire devait toutefois permettre de révéler l’itinéraire de Kistnen, vu à Rose-Hill dans la matinée et se dirigeant vers Quatre-Bornes. Ainsi, selon les enregistrements des caméras, Soopramanien Kistnen était à Telfair, Moka, vers 11h30, avant de se rendre à un abribus, où il a pris un autobus à destination de Rose-Hill.
Ensuite, vers midi, on le voit quittant la gare de Rose-Hill, traversant l’ancienne Arab Town pour se diriger vers la rue Duncan Taylor, près du bazar de Rose-Hill. 12h18, il quitte la rue Duncan Taylor et retourne dans les parages d’Arab Town, où il s’arrête et se sert de son téléphone cellulaire.  À 12h20, on le voit se diriger à nouveau vers la rue Duncan Taylor. Il y passera une vingtaine de minutes pour ensuite prendre la direction du poste de police de Rose-Hill. Il est alors 12h50.
À 13h04, sur les enregistrements, on le voit se diriger vers un abribus près de la magistrature. Il s’embarque dans un autobus se dirigeant vers Beaux-Songes. Ce sera le dernier enregistrement des mouvements de la victime. Ensuite, les antennes relais pouvant capter les appels et SMS du téléphone portable de Kaya Kistnen recèleront les détails critiques à cette sinistre affaire. Ainsi, il a pu être établi qu’entre 13h26 à 17h50, le jour de la disparition, tous les appels et messages qu’il avait reçus sur ses deux cartes Sim avaient été relayés par les antennes relais se situant dans la région de Saint-Jean Road et Quatre-Bornes.
Le dernier message relayé à 17h50, soit celui de Koumadha Sawmynaden, aurait été reçu, selon les antennes relais, près du supermarché Intermart. Après cela, plus aucune trace de Kaya Kistnen jusqu’au 18 octobre, jour de la découverte macabre dans un champ de cannes en partie brûlé à Telfair Moka.

Les témoins

Une soixantaine de témoins ont défilé dans le box du tribunal de Moka. Simla Kistnen, la veuve du défunt, devait donner le ton : « Koumadha ou Yogida Sawmynaden kinn fer ça ! » Koumadha Sawmynaden finira par être lavé de tout soupçon par la famille Kistnen, après de longues auditions où il explique les déboires financiers du défunt, mais aussi la relation tendue qu’il entretenait avec Yogida Sawmynaden les derniers mois avant son décès. Révélations alors des velléités de menaces de Kaya Kistnen en vue de dénoncer certaines personnes pour des « magouilles » lors de l’octroi de contrats financés des fonds publics.
Vont alors se succéder, à tour de rôle, Vinay Appanna, homme d’affaires et ami d’enfance de l’ancien ministre Sawmynaden, l’hôtesse de l’air Neeta Nuckched, également amie d’enfance de celui-ci, Deepak Bonomally, directeur de Bo Digital, et le couple Ashwin et Keshwari Poonyth. Tous reliés par les contrats obtenus du gouvernement et d’autres corps parapublics, et ayant comme dénominateur commun Yogida Sawmynaden, qui était alors ministre du Commerce.
Le tandem Bonomally-Appanna, longuement cuisiné par les avocats des Avengers, principalement Mes Rama Valayden et Roshi Bhadain, ainsi que par le représentant de la poursuite, Me Azam Neerooa, Senior Assistant DPP, a nié formellement toute implication dans la disparition et le meurtre de Kistnen. Vinay Appanna soutient n’avoir rencontré la victime que deux fois dans sa vie, et ce, en juin 2020. Le tandem Bonomally-Appanna et un dénommé Ravi, qui avaient alors été présentés comme ceux qui devaient rencontrer Kistnen dans la semaine précédant sa mort, soit pour des négociations pour lui payer une somme astronomique d’environ Rs 14 millions, pour éponger ses dettes.
Ravi, Ravichand Leelah de son nom complet, avait été retracé et avait eu à donner sa version à la barre des témoins dans le cadre de l’enquête judiciaire. Il avait été questionné notamment sur ses relations avec Yogida Sawmynaden, qui l’appelait souvent (il l’avait même fait entre le 16 et le 18 octobre 2020). Sur son itinéraire durant le week-end fatidique, cet homme religieux a expliqué avoir eu de problèmes de santé et qu’il était sans doute cloîtré chez lui à Quatre-Bornes. Expliquant aussi qu’il appelait souvent Yogida, qu’il considère comme son petit frère. Le même Ravi avait déjà été inquiété par la police pour une affaire de meurtre dans le passé, soit après la découverte d’un corps dans un champ de cannes à morcellement Saint-André. Et cela, après plusieurs jours de recherches.
Apparaît finalement Yogida Sawmynaden devant le tribunal de Moka pour plus d’une semaine d’auditions. Il explique qu’il était très proche de Kistnen, « à qui je faisais confiance », mais que leur relation s’était détériorée quand il a appris que le défunt fréquentait son frère Koumadha, avec qui ils ont certains contentieux et ne se parlent plus.
Yogida Sawmynaden est confronté d’emblée aux « coïncidences » du fait que, selon les relevés d’antennes relais, il se trouvait à Quatre-Bornes, Belle-Rose, Rose-Hill et Ébène le jour de la disparition de Kistnen, et même à un moment donné en face de l’abribus où Kistnen avait été aperçu sur les caméras en train de prendre le bus en direction de Quatre-Bornes. Il ajoutera que c’est un trajet qu’il emprunte presque tous les jours pour se rendre à son bureau, à Ébène. Et qu’il allait à Belle-Rose et Rose-Hill pour « acheter des objets de prières ».
Yogida Sawmynaden avait aussi été entendu sur son itinéraire les 16, 17 et 18 octobre. Il avait ainsi indiqué que, tard dans la soirée du 16 octobre, il était parti récupérer son fils à une discothèque de Rivière-Noire. Le 17, c’était la routine habituelle, et il s’était ainsi rendu dans la circonscription No 8 pour voir ses mandants. Enfin, dans la matinée du 18 octobre, il s’était rendu à son bureau, à Ébène. Il avance que ce n’est que dans la soirée du 18 octobre qu’il avait appris que le corps de Kistnen avait été retrouvé à Telfair, Moka.
Pour rappel, Yogida Sawmynaden, Deepak Bonomally et Vinay Appanna ont refusé de se soumettre à des prélèvements ADN dans le cadre de l’enquête policière. La police recherche un Judge’s Order afin de mettre à exécution cette décision de la magistrate du tribunal de Moka.

Le médico-légal

Le médecin légiste Ananda Sunnassee, cousin germain de Jonathan Ramasamy, ex-directeur de la State Trading Corporation (STC), lui-même beau-frère de Vinay Appanna, est celui qui avait pratiqué l’autopsie du corps de Soopramanien Kistnen le 19 octobre 2020. Ce dernier a eu fort à faire pour justifier les conclusions de son rapport, allant même jusqu’à se perdre dans ses idées à plusieurs reprises. Le Dr Sunnassee devait toutefois maintenir la cause du décès dû à un oedème pulmonaire en raison d’une inhalation de fumée.
Une théorie toutefois fortement remise en cause par ses pairs, dont sa collègue la Police Medical Officer Shaila Prasad-Jankee, qui était sur les lieux du crime lors de la découverte de la dépouille carbonisée. Elle se penche en faveur de la thèse d’un homicide par strangulation. Elle devait ainsi soutenir que la victime avait aussi eu les pieds ligotés, vu les morceaux de tissus carbonisés retrouvés au niveau du cou et des pieds. De même que la victime ne respirait plus quand l’incendie avait éclaté dans les champs de cannes, ce qui semblait plus probable vu le faible taux de monoxyde de carbone dans les poumons de la victime.
La Forensic Scientist Asha Auckloo avait soutenu que l’endroit où la victime avait été découverte n’était probablement pas le lieu de la scène de crime, et que la victime avait très bien pu être transportée dans des champs de cannes par au moins deux personnes. Pour le Dr Satish Boolell, l’ex-chef du département médico-légal de la police, désormais consultant en médecine légale, « Soopramanien Kistnen n’a pas respiré de fumée ».
Il soutient que l’asphyxie serait la plus probable cause du décès, soit qu’il aurait été étranglé et étouffé avec un tissu. Le Dr Boolell devait aussi indiquer, selon son analyse, que Kistnen est mort le 16 octobre 2020, soit deux heures après avoir pris son dernier repas.
L’enquête judiciaire a aussi été marquée par les révélations de Missing Exhibits, comme le sac à dos de la victime et des morceaux de papier que la victime tenait serrés dans ses poings, visibles sur les photos du SOCO, mais qui ont disparu dans la nature. Pour les enquêteurs de la police.
Ces avis médico-légaux ont été rendus possibles après la réouverture de l’enquête judiciaire le 2 juillet dernier, alors que l’enquête judiciaire avait pris fin dans un premier temps le 18 juin. Désormais, les conclusions de la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath sont attendues. Un an après la mort de Kistnen, l’enquête de la MCIT suit son cours et les interrogations demeurent sur ce qui avait bien pu arriver à Kaya Kistnen aussi bien que les circonstances de cette affaire, qui continuent à susciter malaise dans des milieux politiques.
Affaire politico-judiciaire à rebondissements à suivre…

Armoogum Parsuramen : « Un jour, la vérité triomphera »

Des prières interreligieuses ont été dites au domicile de la veuve de Soopramanien Kistnen, jeudi après-midi, à Montagne-Ory, en présence des proches de la famille, des avocats des Avengers et des politiciens de l’opposition. Les religieux de différentes confessions ont dit des prières pour la paix et en mémoire du défunt.
À cette occasion, Armoogum Parsuramen a rendu un hommage à Simla Kistnen et son fils Hansley. « Tous deux sont admirables de courage et de ténacité face à l’adversité. » Et d’ajouter : « Tout comme Mme Simla, j’ai confiance en Dieu et je ne doute aucunement du fait qu’un jour la vérité triomphera et que toute la lumière sera faite sur ce crime odieux. » Il a aussi déploré le peu de considération accordé à la famille de la victime car « aucun élu de la circonscription, ou encore moins aucun ministre, ne leur a rendu visite. » Et il s’est demandé : « Comment un parti digne de ce nom peut-il décemment agir de la sorte et oublier son propre agent ? »
Armoogum Parsuramen a profité de sa présence sur place pour remercier l’équipe des Avengers « qui ont fait un travail exemplaire et extraordinaire afin que cette affaire ne tombe pas dans l’oubli et que justice soit faite ». Il a ajouté : « Étant un croyant, je ne peux personnellement pas rester inerte et insensible face à l’injustice. Kot ena inzistis, nou tou ena enn devwar pou konbat li. »

 

ReA soutient les Avengers, mais pas l’opposition

Rezistans ek Alternativ (ReA) dit soutenir le combat des avocats des Avengers pour établir la vérité sur le meurtre de Soopramanien Kistnen. « Nou pu touzour azir kouma ranpar kont tou tantativ intimidasion depi Leta, lapolis ek mafia politik kont ninport kisanla », déclare Ashok Subron. Il rappelle qu’il y avait une aspiration parmi la population pour « enn nouvo Moris », surtout avec les manifestations des 29 août et 12 septembre de l’année dernière à Port-Louis et Mahébourg.

Cependant, il avance que le régime au pouvoir, l’oligarchie économique et les partis de l’opposition ont tout fait pour empêcher ce mouvement de se développer. Il ajoute : « bann lafors integran sa sistem pouri-la, inn trouv zot travay fasilite par tou kalite individi. Ena popilis, ena kominalis, ena egosantrik, sertin a relan dextrem drwat, ki zame atak sistem pouri-la, me zis oule ranplas labou par lamar ! »

ReA a pris position contre les partis traditionnels, dit-il, avant de poursuivre : « nou prefer res lwin ar sa bann kalite mouvman-la. Nou pa panse ki patoz ni dan labou, ni dan lamar pou amenn progre sosiete Moris. » Raison pour laquelle ReA ne sera pas présente à la manifestation du jour. Néanmoins, il reconnaît que « lekip avoka Mme Kistnen inn fer enn bon travay ».

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