Les travaux de la Cour d’investigation pour faire la lumière sur le naufrage du MV Wakashio se sont poursuivis hier avec l’audition du président de l’Association des pêcheurs et des plaisanciers, Joseph St Mart. Le témoin a longuement parlé des conditions de travail des pêcheurs après le naufrage du vraquier et souligne que presque un an après, ces derniers souffrent toujours des séquelles de la marée noire. L’environnement marin, dit-il, a été perturbé et le poisson vient à manquer. « Même les gens ne veulent plus acheter de poisson de chez nous dans de telles conditions », dit-il.

Joseph St Mart maintient que l’épisode du naufrage du MV Wakashio marquera à vie les pêcheurs de l’endroit. Un an après, dit-il, l’activité économique de ces pêcheurs est toujours à l’arrêt, car la marée noire a causé des dégâts irréparables. Le président de l’Association des pêcheurs et des plaisanciers fait ressortir en outre que l’environnement marin dans cet endroit a été détruit, à un tel point qu’ils n’ont plus de poissons. « Nos prises ont nettement diminué et il y a une grande possibilité que ces poissons ne soient plus mangeables. Du coup, les gens hésitent à acheter du poisson ou des fruits de mer qui proviennent de cette région, car ils ont peur. Nous ne sommes qu’au début de cette catastrophe et il faudra encore plusieurs années avant que tout redevienne normal », dit-il.

Joseph St Mart fait aussi ressortir que les pêcheurs de la région de Mahébourg et Pointe-D’Esny ne sont pas autorisés à aller pêcher ailleurs. « Mahébourg est réputée pour ses poissons frais, mais aujourd’hui, le business est tombé de 70%. C’est une grosse perte pour nous », a-t-il ajouté. Joseph St Mart demandé à la cour de considérer les dégâts causés sur la vie des habitants, sur leur santé et sur les activités économiques.

Répondant à une question de l’assesseur Jean Mario Geneviève sur la possibilité qu’il y ait toujours de l’huile lourde, le témoin devait répondre qu’en effet il y a un mois, des traces d’huile avaient été repérées et avaient été signalées aux autorités concernées.

Relevés téléphoniques de la NCG

Par ailleurs, depuis mercredi, la Cour d’investigation est en possession des relevés téléphoniques des huit lignes de communication de la NCG pour les postes de Blue-Bay et de Mahébourg, de l’Operation Room de Port-Louis et de la station radar de Pointe-D’Esny. Ces documents ont été déposés par un Senior IT Officer de Mauritius Telecom. La Cour d’investigation pourra désormais passer à la loupe ces relevés téléphoniques afin de résoudre le mystère des appels non retraçables.

Par ailleurs, le station “orderly” responsable de la surveillance, le constable Latour, a aussi été appelé à la barre des témoins. Il a indiqué que ce jour-là, il avait entendu l’un de ses collègues en communication sur la radio vers 19h45, mais n’avait pas pu entendre ce qu’il disait, car il était dans une autre salle. Il a confirmé que ses collègues avaient tenté de prendre contact avec le navire à plusieurs reprises.

Autre témoin, le Chief Inspector Parmanund, est revenu sur les opérations de la NCG en cas d’urgence. « La garde-côte nationale peut difficilement intervenir lorsqu’un navire s’approche dangereusement de Maurice, car il lui faut environ quatre à cinq heures pour que les bateaux d’interception qui se trouvent dans le port rejoignent le sud », a-t-il soutenu.

Le chef inspecteur Parmanund a aussi indiqué qu’il s’était rendu à Pointe-D’Esny vers 22h dans la soirée du 25 juillet 2020, soit après le “grounding”. Toutefois, dit-il, après le naufrage du MV Wakashio, seule la Salvage Team a eu accès au vraquier.
Les travaux reprendront ce 29 juin avec l’audition de Bruneau Laurette, qui compte fournir des documents à la Cour d’investigation. Rappelons qu’il avait logé une Private Prosecution contre le ministre de l’Environnement Kavy Ramano et le ministre de la Pêche Sudheer Maudhoo. La cour avait rayé le procès privé.