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Une équipe de limiers du CCID mettra le cap sur Port-Mathurin le 26 août pour épauler les enquêteurs

Jean Dominique Farla (25 ans), soupçonné d’être le présumé cerveau du réseau de pédopornographie qui secoue Rodrigues depuis bientôt deux semaines, donne du fil à retordre à la CID de Port-Mathurin. À chaque fois qu’il fait son entrée dans la salle d’interrogatoire, il se met en effet à faire des incantations occultes, invoquant même le… « diable ».

Bien qu’ayant retrouvé des objets liés à la sorcellerie lors d’une perquisition de sa maison, à Citronnelle, les policiers ignorent pour le moment s’il s’agit d’un stratagème pour ne pas répondre à leurs questions ou si le caméraman est psychologiquement instable. Une seule certitude : impossible de tirer quoi que ce soit du suspect.

Une équipe du Central CID mettra ainsi le cap prochainement sur Rodrigues, très probablement le 26, afin d’adopter une nouvelle stratégie pour faire la lumière sur ce réseau. Les policiers concernés ont été appelés à compléter les dossiers sur lesquels ils travaillent avant ce déplacement. « Nous prenons cette affaire très au sérieux, car il y a de jeunes enfants parmi les victimes. Nous ferons tout pour arrêter les coupables », indique-t-on au CCID.

À ce stade, la CID de Port-Mathurin est en présence de nombreuses informations sur le dossier et sur le suspect, qui opérait comme caméraman jusqu’à tout récemment à la MBC Rodrigues. Jean Dominique Farla, diplômé d’une université mauricienne, est soupçonné d’avoir mis en place ce réseau depuis deux ans. Les enquêteurs ont ainsi appris que les vidéos pornographiques entre adultes consentants, sous forme de caméra cachée, ou encore mettant en scène des mineurs en pleins ébats, ont été téléchargées des sites à l’étranger.

Des Rodriguais établis au Canada, en Australie et dans d’autres pays ont en effet reconnu des paysages de leur île natale sur des vidéos à caractère sexuel. Ils ont alors fait parvenir les vidéos à leurs proches, à Rodrigues, lesquels ont partagé les informations avec les autorités.

« Un simple vol de téléphone a entraîné l’ouverture de la boîte de Pandore », indique-t-on dans les milieux des enquêteurs. Ils font comprendre « qu’il est difficile à ce stade d’évaluer le nombre de victimes, qui ne souhaitent pas se faire connaître, par honte ». Idem en ce qui concerne la quantité de vidéos produites par le caméraman et ses complices présumés.

Par ailleurs, des étudiants, des Rodriguais et des membres d’ONG sont descendus dans les rues vendredi dernier pour sensibiliser les habitants de l’île à l’ampleur de cette affaire. Franchette Gaspard Pierre-Louis, commissaire du Développement de l’Enfant, a également pris la parole à Port-Mathurin, où elle a évoqué le problème de grossesse précoce à Rodrigues. 57 mineures ont d’ailleurs accouché à Rodrigues entre janvier et fin juillet. « Nous devons assumer nos responsabilités en tant que parents. Nous ne devons pas avoir peur d’exercer notre autorité », a-t-elle déclaré.