Steeve Juliette : le temps judiciaire à l’épreuve d’une quête de vérité

Pour la famille de Steeve Juliette, le 6 janvier 2023 reste une date figée dans le temps. Ce jour-là, cet habitant de Cité-Ste-Claire décédait quelques heures après une interpellation menée par des éléments de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU). Trois ans plus tard, l’enquête judiciaire appelée à faire toute la lumière sur les circonstances de cette mort suit toujours son cours, au rythme des procédures, des renvois et des recours prévus par la loi.

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Le 20 janvier dernier, devant la Cour de district de Pamplemousses, une étape jugée déterminante n’a pu être franchie. L’audition du Dr Sudesh Kumar Gungadin, chef du département médico-légal, a été une nouvelle fois suspendue pour raisons médicales. Son avocat a produit un certificat attestant d’un repos prolongé, déjà évoqué lors d’un précédent renvoi en septembre.

Ce témoignage est considéré comme central dans le cadre de l’enquête, notamment en ce qui concerne les conclusions médico-légales initiales sur la cause du décès. Son absence empêche, à ce stade, l’examen contradictoire de certains éléments sensibles du dossier, dont les enregistrements audio connus sous l’appellation « Missie Moustass Leaks ».

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Ces bandes sonores, largement relayées dans l’espace public, laissent entendre que des pressions auraient été exercées afin de privilégier la thèse d’une mort naturelle. Le Dr Gungadin a formellement nié toute intervention de ce type. Afin de vérifier les faits, la justice s’est tournée vers des relevés téléphoniques détaillés (Itemised Bills) fournis par Mauritius Telecom, portant sur les communications du matin du décès.

Des procédures parallèles devant les juridictions

En parallèle de l’enquête menée à Pamplemousses, une bataille strictement juridique se joue devant la Cour suprême. L’ancien commissaire de police, Anil Kumar Dip, par l’entremise de ses conseils, conteste sa convocation et son statut de témoin dans cette affaire. Plusieurs motions ont été déposées, notamment pour remettre en question la recevabilité de certaines preuves et le cadre procédural retenu.

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Ces démarches s’inscrivent dans l’exercice normal des droits de la défense et relèvent des garanties fondamentales d’un État de droit. Elles ont toutefois pour effet de suspendre certaines étapes de l’enquête tant que les juridictions supérieures ne se sont pas prononcées.

Pour la famille de Steeve Juliette, représentée par Me Rama Valayden, ces délais sont vécus comme une épreuve supplémentaire. L’avocat a rappelé à plusieurs reprises que l’enjeu du dossier dépasse les considérations procédurales, soulignant qu’il s’agit avant tout de faire la lumière sur la mort d’un citoyen.

Entre respect des droits et attente de réponses

Trois ans après les faits, le dossier Steeve Juliette illustre la tension permanente entre, d’une part, le respect scrupuleux des droits de toutes les parties impliquées et, d’autre part, l’attente légitime d’une famille endeuillée en quête de vérité. Chaque renvoi, chaque recours, bien que légalement fondé, prolonge une attente déjà lourde de silence et d’incertitudes.

Les prochaines échéances judiciaires sont désormais connues : une audience est prévue le 2 février devant la Cour suprême, suivie d’une reprise attendue des débats le 5 mars à la Cour de district de Pamplemousses. Ces dates pourraient s’avérer déterminantes pour la suite de l’enquête.

En attendant, la famille Juliette continue de se présenter devant les tribunaux, sans préjuger de l’issue du dossier, mais avec une question qui demeure inchangée depuis trois ans : quelles sont les circonstances exactes ayant conduit à la mort de Steeve Juliette dans les heures ayant suivi son interpellation ?C’est à la justice, dans le respect du droit et du temps judiciaire, qu’il revient désormais d’y répondre.

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