Elles sont championnes dans leurs disciplines respectives, ont une combativité à toutes épreuves et n’ont surtout pas froid aux yeux. En marge de la Journée internationale des Droits des femmes, nous vous proposons le portrait de cinq sportives mauriciennes qui s’illustrent dans des sports de combat. Que ce soit sur un ring, le tatami ou dans la vie, elles n’ont pas peur de prendre des coups, d’en donner tout en esquivant d’autres. Portées par des valeurs comme le dépassement de soi, elles sont surtout chaque jour un peu plus fortes.

Nabiihah Sattar, championne de Kyokushinkai

Les femmes doivent investir plus d’énergies pour montrer qu’elles existent”

12 ans depuis que Nabiihah Sattar, 26 ans, a adopté le kyokushinkai comme mode de vie. Ce style de karaté, similaire à un réel combat, a pour objectif de mettre l’adversaire KO. Pour la championne de Maurice catégorie Elite Female, le kyokushinkai dépasse largement le cadre de l’entraînement et des compétitions. La rigueur, la discipline et la force mentale qu’il véhicule sont des valeurs qui accompagnent la jeune femme au quotidien. Si certains clichés concernant les sports de combat comme étant plus convenable pour les hommes ont encore la dent dure, la championne tient à souligner : “Le kyokushinkai prend de l’ampleur chez la femme qui est aussi motivée à montrer qu’elle est là et peut aussi bien faire que les hommes”.  Pratiquer un art martial, c’est la garantie d’être en mesure de se défendre “car dans le contexte difficile où nous vivons, il faut savoir se protéger.” Elle ajoute : “Peu importe ce que nous faisons, on parle beaucoup plus des hommes que des femmes. Et ce, même dans le cadre professionnel. Encore aujourd’hui, les femmes doivent investir plus d’énergies pour montrer qu’elles existent.” Pour la combattante : Au-delà du self-defense, c’est un sport qui prône une discipline que nous pouvons adapter à notre vie de tous les jours, que ce soit dans notre milieu de travail, dans nos études et dans d’autres secteurs de la vie. Nous sommes en mesure de mieux gérer la pression, nos émotions et de trouver la meilleure solution aux défis tout en restant calmes”. Selon la jeune femme, une vraie karateka doit pouvoir faire tout cela car “ton premier compétiteur est toi-même”.

Ranini Cundasawmy, championne de Muay Thai :

La femme est un élément  important dans les sports de combat”

Elle est championne du monde de Muay Thai. Depuis un an, la jeune femme et son époux sont bloqués en Thaïlande, pays dont est originaire cet art martial ancestral. Malgré l’adversité, la championne avance avec la philosophie qu’il ne faut jamais rien lâcher comme le prônent les valeurs des sports de combat. Dans le club où elle s’entraîne, le Bambous Martial Arts (BMA), plusieurs styles de sports de combat sont pratiqués, notamment le Kun Khmer (boxe cambodgienne), le Muay Thai et la Croche Bataille. “C’est une combinaison de plusieurs styles et le mode d’apprentissage privilégié par le coach, qui est également mon époux. En combinant à la fois sport de combat, la tradition, la spiritualité et les valeurs, les sessions d’entraînement m’ont aidée dans la vie.” Elle précise que l’avantage de pratiquer un sport de combat pour les femmes, c’est :“devenir plus fortes physiquement ainsi bien que mentalement. Cela aide à canaliser nos émotions et à avoir un impact positif sur les actions dans notre vie de tous les jours”. Par ailleurs, la championne de Muay Thai n’a pas toujours était cette jeune femme pétillante et énergique. “J’étais une fille très peureuse et je ne m’imaginais pas faire de la compétition.  J’étais nerveuse et souvent renfermée sur moi-même.  Les entraînements m’ont aidée à me renforcer physiquement et mentalement, à avoir la joie de vivre et à profiter de la vie.” La plus grande bataille qu’elle a dû livrer a été de trouver un moyen de participer aux championnats du monde en 2016 et 2017 en finançant de sa poche ses deux déplacements. Elle ajoute que bien des femmes  souhaitent se lancer dans un sport de combat mais hésitent car elles ont peur des coups, des blessures ou encore de la discrimination, “étant donné qu’il y a encore des gens qui continuent de penser que cette catégorie de sport est plus un truc de garçon”. La tireuse tient particulièrement à les rassurer : “Les entraînements ne sont pas comme on le voit dans certains films”. Prenant exemple sur son expérience personnelle, elle précise que “là où je m’entraîne au club BMA, c’est un entraînement respectueux, stratégique et progressif. Donc, il n’y à rien craindre. Que ce soit pour la condition physique, se défendre, la compétition ou le fun.” Pour toutes ces raisons, elle est d’avis que “la femme est un élément  important dans les sports de combat pour s’encourager et s’inspirer”.

Sherifa Cader, championne de savate boxe française

“Les femmes ont un potentiel physique insoupçonné”

Multiple championne de Maurice et championne d’Afrique en 2019, Sherifa Cader est la référence féminine en savate boxe française à Maurice. Un sport de combat de percussion qui appartient au groupe des boxes pieds-poings. Malgré ce palmarès éloquent, la tireuse de 35 ans n’a pourtant jamais été sportive. “C’est à 28 ans que j’ai fait mes premiers pas. Après une de mes premières classes de zumba, un entraîneur de la fédération m’a invitée à rejoindre la session de boxe française. Depuis, je n’ai rien lâché”. L’un des points culminants de son parcours fut sa première participation aux championnats du monde en 2015. “Une expérience très constructive”, avance la championne. Elle poursuit que les sports de combat peuvent sembler exigeants, mais sont très complets. Prenant exemple sur la boxe française, qui aide à développer à la fois l’endurance, l’équilibre, l’assurance et le caractère, elle ajoute: “La savate m’a définitivement donné beaucoup plus d’assurance car je sais que je peux me défendre si la situation l’exige. C’est une discipline sportive qui a définitivement booster ma confiance en moi et a été un échappatoire à ma routine quotidienne”. Selon la tireuse, les femmes excellent dans les sports de combat. “Elles ont un potentiel physique insoupçonné, sont ambitieuses et se surpassent”. De rajouter qu’avoir plus de femmes qui rejoignent cette catégorie de sports, c’est également la garantie de mieux se faire entendre et bénéficier de plus d’opportunités. Sherifa Cader tient à passer un message à ces dernières. “Il n’est jamais trop tard pour commencer un sport de combat”. Précisant qu’en boxe française, nous retrouvons les catégories full contact et assaut. “En assaut, les coups sont très modérés et nous ne prenons pas de KO. Il peut se pratiquer jusqu’à l’âge de 60 ans et plus”.

Christianne Legentil, championne de judo

“La femme a toute sa place dans les sports de combat”

La judokate Christianne Legentil a été élue présidente de la Commission des athlètes du Comité olympique mauricien depuis deux semaines. Encore sur son petit nuage à l’issue de cette élection surprise et inespérée, elle estime avoir les épaules assez larges pour les responsabilités que cela incombe tout en maintenant son niveau en tant qu’athlète. La Rodriguaise de 28 ans, qui combat en moins de 52 kilos, n’est plus à présenter pour avoir à maintes reprises porté haut notre quadricolore dans les compétitions internationales. 18 ans de carrière dans le judo ou depuis cette première fois quand elle est sélectionnée aux JIOI de Madagascar en minime, elle a enchaîné des titres de championne jusqu’à ce jour. Triple championne d’Afrique, championne aux Jeux du Commonwealth en 2010, médaillée d’argent aux jeux de la francophonie en 2017, elle a aussi participé aux Jeux Olympiques. “La femme a toute sa place dans les sports de combat”, tient à faire ressortir Christianne Legentil. D’ailleurs, la judokate tient à préciser ne s’être jamais laissée intimider par des adversaires, car elle garde toujours en tête que ces dernières ont les mêmes capacités qu’elle. C’est avec ces mêmes principes qu’elle combat la vie au jour le jour. Les sports de combat véhiculent un code moral qui comprend la discipline et la positivité.

“A Maurice, nous avons beaucoup plus de judokates ces dernières années. Toutefois, s’adonner à n’importe quel sport de combat a ses avantages”, souligne la jeune femme. “Il faut aussi garder en tête que quand nous parlons d’un sport de combat, ça ne renvoie pas forcement à des blessures. C’est avant tout une question de sécurité pour avoir la force physique et mentale pour affronter les situations difficiles de la vie”.

Tania Rathbone, multiple championne de Kickboxing

“Les femmes gagnent chaque jour un peu plus en visibilité”.

Du haut de ses 20 ans, elle est multiple championne de de Kickboxing depuis 2015 au niveau national. Tania Rathbone est aussi montée sur le podium lors de la Coupe du monde en 2017. Cinq ans depuis que la tireuse pratique ce sport de combat et la vie n’a jamais plus été la même pour elle. Celle qui a aussi touché au Muay thai est d’avis que dans les sports de combat, la femme est une actrice importante pour l’égalité et la mixité homme-femme. “Les femmes sont aussi capables de s’imposer que les tireurs masculins. Dans le kickboxing mauricien, par exemple, les femmes gagnent chaque jour un peu plus en visibilité”. Outre la discipline à respecter au niveau du poids et de l’hygiène de vie, c’est un sport qui vous permet d’acquérir la force de caractère pour affronter différentes situations, rajoute-t-elle. “Nous pouvons nous défendre toutes seules et nous ne nous laissons pas marcher sur les pieds par qui que ce soit. C’est aussi la garantie de ne jamais baisser les bras peu importe le niveau de difficulté”.