Poètes, danseurs, musiciens, conteurs et slameurs de la République de Maurice se sont réunis dans l’enceinte du centre Nelson Mandela pour la culture africaine samedi pour une soirée de célébration du kreol morisien. Une véritable ode à la langue maternelle en présence du Premier ministre, Pravind Jugnauth, dans le cadre du Festival kiltir ek langaz kreol morisien.

De sa genèse sur les plantations de canne à sucre à son accouchement et son évolution à Maurice et dans les autres îles de la République (Rodrigues, les Chagos et Agalega), le créole a été chanté, dansé et slammé par les artistes. Caroline Lourdes a ainsi dit Akousman enn nasion sur une chorégraphie mimant le stade embryonnaire de la langue jusqu’à sa naissance : un langage corporel éloquent sur un fond de musique et un décor rappelant le mystère de nos entrailles. Une fois née, s’appuyant sur « des fondations solides, telles celles d’un bâtiment », elle s’est érigée comme des « échafaudages » avec ponts et passerelles pour se tisser au sein de la population, qui reconnaît en elle sa langue maternelle, jusqu’à devenir un « symbole de la liberté ». Et de dire Mo langaz, mo liberte.

Kelly Ang-Tine Hone a enchaîné avec Mwa, langaz mama pour parler de cette langue « métissée », qui a vu le jour au milieu du 18e siècle… pour devenir la langue de l’unité, parlée par plus de 85% de la population et qui, pourtant, n’était pas enseignée dans les écoles. Retour de Caroline Lourdes sur scène avec Kouronn mo kreolite. Ce manquement est également évoqué par le petit Kylian Razaze, avec Mo linosans, où il fait référence aux deux langues étrangères, française et anglaise, apprises dès la maternelle, mais pas le créole. Mo linosans fait aussi un clin d’œil à la tradition orale de la langue créole en évoquant tour à tour comptine, séga, conte folklorique et sirandane…

Ki pase la, marsan dile…, La riviere Tanier et Zistwar Tizan ek gato kanet sont venus raviver la richesse de la culture créole mauricienne, rappelant à l’assistance sa fraîcheur et son intemporalité. La troupe chagossienne, elle, a chanté son île Lor sa zil-la. Pendant ce temps, un artiste dessinait son drapeau. Le poète rodriguais Stewelderson Casimir a pour sa part ravi le spectateur avec son ode à Rodrigues : Rodrig mo linivers. Le poète rappelle l’art de vivre rodriguais, tantôt avec une pointe d’humour. Une invitation à la découverte pour certains, et pour la revivre pour d’autres. 

Outre l’hommage rendu à ces différentes cultures créoles, l’unité a été au cœur de la célébration avec Linite, exprimé par Haana Bawamia, Vinita Hoolash et Géraldine Baptiste, Nou avanse ansam d’Eshan Abdool Raman, interprété par Ivan Lafleur, et le slam Nou viv ansam, Nou rebondi ansam, par Lionklash, qui reprenait le thème du festival de cette année.