Photo Archive

Ne pas se laisser abattre, aller de l’avant, saisir ce que cette période peut nous enseigner sur nous-mêmes, développer nos potentiels… Voilà quelques antiennes qui reviennent autour du festival Kaz Out qui se prépare. Et les premiers à redresser la tête seront assurément la petite quinzaine de groupes musicaux ou DJ de Maurice et Rodrigues qui se produiront le 7 novembre de 17h à minuit dans les espaces emblématiques de L’Aventure du Sucre. COVID et Wakashio obligent, beaucoup d’ateliers gratuits concernent la nature et l’autosuffisance alimentaire.

Blakkayo, Linzy Bacbotte et Babani Sound System comme têtes d’affiche cette année

Les dirigeants de Lively Up ont longtemps hésité avant de prendre la décision de finalement organiser leur 7e festival annuel Kaz Out. Lionel Permal et Laura Hébert ont ainsi sondé leurs partenaires habituels, les musiciens et le public pour prendre cette décision résolument constructive. Les artistes du secteur musical en ont évidemment besoin, avec l’arrêt de leurs activités depuis mars et une reprise timide dans quelques salles, mais en l’absence aussi de scènes hôtelières, faute de touristes.

La frustration est grande aussi du côté du public, privé de Live et de sorties pendant si longtemps. Lionel Permal nous confiait d’ailleurs, après la conférence de presse, espérer autant de monde qu’en 2019, qui avait vu se déplacer 4 000 personnes, bien qu’il ne puisse pas compter sur les festivaliers de l’extérieur, avec les Réunionnais ainsi que les touristes en séjour ici.

Les sponsors et partenaires, sans qui le festival ne pourrait avoir lieu, ont répondu présents comme d’habitude, mais en réajustant leur contribution, en conséquence de quoi le producteur a décidé de réduire la durée du festival en repoussant l’ouverture à 17h, au lieu de midi. Ce qui permettra de tourner avec une seule équipe au lieu de deux. Quant aux travaux routiers qui sont en train de bouleverser la physionomie de la région de Beau-Plan, notre interlocuteur nous assure qu’ils seront largement avancés d’ici le 7 novembre, et que de toute façon, ils seront à l’arrêt le jour du festival.

Organiser un festival de musique en ces temps de repli du pays sur lui-même offre l’occasion d’approfondir l’exploration de la création mauricienne. Lionel Permal se réjouit ainsi : « Ça n’a pas été un problème du tout de construire une programmation 100% locale. Il y a tellement d’artistes qui proposent des projets solides de nos jours que nous avons même eu l’embarras du choix. »

L’embarras du choix

Et pour une fois, les têtes d’affiche de la musique mauricienne, à l’instar de Linzy Bacbotte ou Blakkayo, étaient disponibles le jour du festival. L’artiste phare de cette édition 2020 sera d’ailleurs assurément Blakkayo, qui viendra présenter son nouvel album. Le Babani Sound System revient pour la deuxième fois avec ses fusions électro-roots et Linzy Bacbotte se produira comme on l’aime, en formation acoustique autour de la ravanne.

Mais avant d’en arriver à ces temps forts, Lively Up propose de débuter la soirée en compagnie de Yogi Tamby, pour un “sound healing”, qui renouvelle l’énergie et aiguise la sensibilité artistique. Festival ouvert à tous les styles, Kaz Out est aussi un lieu de découvertes, qui permettra par exemple de se familiariser avec le premier album de Ti Bandi, un alliage original du rock et de musiques ternaires de Maurice. Pour le slameur rodriguais Stelio, qui sait si bien marier modernité et tradition, ce sera l’occasion de conquérir un nouveau public, de même que pour Konnekte, qui revient avec sa si singulière musique.

Natty Gong présente de son côté un nouvel album, et Panter Nwar fera le point quatre ans après son apparition sur cette même scène, lors de l’installation de l’événement à Beau-Plan. Toute une équipe de “sound system” est prévue avec la participation de General Love, Hempress Lionne, Lady Whitney et Kartel Future Sound Systema… Les DJ se succéderont de 17h à minuit pour les Silent Party.

Activités Nature

Mais cette édition 2020 viendra assurément renforcer ses valeurs d’ouverture et de fraternité, de solidarité et de soin à la planète. « 2020 nous pousse vers le changement, et il y a assurément un challenge à relever face à cette crise. Kaz Out souhaite s’inscrire dans cette évolution en restant fidèle à une philosophie qui se fonde sur le choix de l’essentiel. Dans notre société moderne, souvent, on s’éloigne du rythme des saisons, des astres, des plantes, et ça nous empêche de percevoir les signes qui pourraient nous ramener vers l’équilibre. » Outre les ateliers pour enfants, auxquels il faudra s’inscrire en amont du festival, de nombreux ateliers gratuits seront ainsi proposés aux adultes pour réfléchir au monde de demain, en s’initiant par exemple au jardinage ou à la permaculture, en apprenant à récupérer l’eau de pluies et en échangeant sur des questions aussi cruciales que l’autosuffisance alimentaire ou les jardins communautaires. Bien sûr, il y aura aussi les habituels espaces de dédicaces, de jeux, ainsi qu’un large choix de services payants, tels que les tatouages temporaires, le “face painting”, le tressage de cheveux, les vêtements et accessoires, les CD, et, bien sûr, la buvette et la restauration.

La solidarité avec les victimes de la marée noire est également de mise, en faisant un don de Rs 50 sur chaque billet vendu. Ces petits suppléments iront directement à l’Ong Eco-Sud, qui veille au grain auprès des nombreuses familles affectées. Toujours en matière d’environnement, l’équipe de Kaz Out ne se contente pas de prêcher de belles paroles et sait balayer devant sa porte en premier lieu, et même se montrer exemplaire, en triant les déchets dans un pays où cela ne va pas du tout de soi, avec l’équipe du Sustainable Household Waste Management, et en confiant les invendus alimentaires à l’association Foodwise Mauritius, qui saura les redistribuer à ceux qui en ont besoin.

Il faudrait encore évoquer les formations aux métiers du spectacle, axées cette année sur la PAO et le mixage, ainsi que des résidences ouvertes de décoration auxquelles peuvent participer tous ceux qui se sentent à l’aise avec un pinceau, tous les week-ends du mois d’octobre. Comme quoi, même le look du festival est participatif !

La directrice du musée, Edwige Guflet, attribue à ce festival un supplément d’âme indispensable en ces temps troublés. « En cette période de méfiance généralisée, on a besoin de prendre du recul dans un événement rassembleur pour nous rappeler que nous sommes nous-mêmes, nous les Mauriciens, un exemple constant du vivre-ensemble, et que celui-ci ne doit pas être remis en question », explique-t-elle.

Un musée dédié à l’événementiel

En cette période de totale atonie touristique, L’Aventure du Sucre oublie un peu son rôle de musée, qu’il serait trop coûteux d’ouvrir à longueur de journée, et réoriente son activité vers les soirées privées et événements culturels. Plus qu’un lieu de visite, le musée est devenu un lieu de rassemblements. Le ciné-dîner, en partenariat avec l’IFM, a ainsi fait salle comble en août dernier autour du film Alice et le maire. Le 4 septembre, la soirée des Dreamers, organisée en collaboration avec l’Isla Social Club, accueillait, elle, plus de 800 personnes, venues écouter la crème musicale du moment (Black Soul Fever, Lionkklash, Skizofan, AnneGa, Konpoz to Lamizik et Babani Sound System…).

Un autre rendez-vous est proposé avant le festival Kaz Out… Le 10 octobre, le musée et surtout ses espaces de restauration accueillent le Gourmet Expérience, qui permet aux familles de découvrir un choix exceptionnel de plats confectionnés par des traiteurs mauriciens avec les ingrédients du pays. De quoi divertir ses papilles et, surtout, en élargir le potentiel bien au-delà des sentiers battus du quotidien.