— Mala, mère de famille et garde-malade : « Mes fils et moi optons pour un retour aux origines, en faveur de la spiritualité »

— Ragini Rungen (Groupe A de Cassis) : « Le partage est un symbole fort, qui transcende les barrières ethniques »

Aujourd’hui, samedi 14 novembre, la fête de la lumière, symbolisant le triomphe du bien sur le mal, Divali, est célébrée partout dans le pays. Des milliers de lampes, tantôt traditionnelles, faites en terre cuite, tantôt modernes sous forme d’ampoules électriques, ornent déjà une foule de maisons et seront allumées dès ce soir… Divali est, pour nombre de Mauriciens, une fête à dimension nationale. Ainsi, Mala, sexagénaire, mère de deux fils, et qui travaille comme garde-malade, estime que « année après année, nous assistons à une ‘commercialisation’ des fêtes : Divali n’échappe, hélas ! pas à cette tendance. » Pour leur part, les accueillis du Groupe A de Cassis qui se retrouvent au quotidien à la structure d’accueil, Lakaz A, à Port-Louis, ont été conviés à une petite cérémonie en toute simplicité…

Chaque début de soirée, durant les trois jours précédant Divali, Mala a religieusement observé le rituel d’allumage d’une « diya » devant la porte de la maison familiale, à Curepipe. « Serten morisien res de-trwa zour karem zis avant Divali, confie-t-elle. Bien qu’on ait jeûné pour la Doorga Pooja et Nawratree, ces trois jours précédant Divali revêtent un cachet très spirituel. La raison pour laquelle mes deux fils Hemant et Varun, et moi-même avons choisi d’observer ces trois jours de jeûne, c’est pour respecter la tradition : durant ces trois premiers jours qui précédent Divali, en allumant une lampe en terre quand la soirée tombe et qu’on prie, on invite la déesse de la lumière, en l’occurrence, Luxmee, à entrer dans notre maison et faire partir l’obscurité et la négativité qui menacent de ternir l’harmonie et la paix dans la maison. On a opté pour le côté spirituel de Divali : je suis convaincue qu’on doit préserver ce cachet parce que sinon, avec la ‘commercialisation’ et la modernisation qu’il y a autour, on oublie les vraies valeurs du partage, de la purification et des bénédictions. »

Natural Healer et garde-malade qui se « dévoue, surtout, pour les seniors », Mala fait remarquer que « la diya qu’on allume, à la tombée du jour, en priant, et qu’on remplit d’huile et d’autres ingrédients synonymes de purification, doit absolument être en terre. Parce que ce rituel de prière doit être en phase avec les éléments; donc, ici, la terre. » Les préparatifs, ajoute-t-elle, « se poursuivent : nettoyage de la maison, purification, prières… Et bien entendu, la préparation des gâteaux et sucreries ».

Sur ce point, poursuit Mala, « je tiens à rester très traditionnelle. Chez moi, c’est gâteaux patates et… dholl puri et kheer ! » Elle s’explique : « Avant la modernisation et l’accès facile et rapide aux produits de l’étranger, comme le lait condensé, entre autres, nous n’avions pas toutes ces choses comme ingrédients à Maurice. Mais nous cultivions la patate douce et la noix de coco. C’est comme ça que le gâteaux patates est devenu… aussi populaire ! » Pour ce qui est du kheer et dholl puri, Mala concède que « c’est un mets traditionnel qui est en phase quand on invite une déesse… Qui plus est, à mon avis, quand je donne à mes amis, voisins et proches du dholl puri et du kheer, je pense que c’est mieux apprécié, parce que moins commun que les gâteaux que l’on commande et qui sont réalisés à la chaîne…»

Chez Mala, à Curepipe, « mes fils ont pour ordre de ne jamais passer de commandes de gâteaux, ni d’acheter ces petites ampoules électriques, pour habiller la maison ! Chez nous, nous tenons à préserver et perpétuer le cachet traditionnel et spirituel de Divali…»

Divali à Lakaz A !

Pour chaque grande fête, surtout celles comme Divali, Eid, Noël, explique Ragini Rungen, responsable de la Lakaz A, à Port-Louis, «nous marquons l’événement. C’est notre manière à nous de célébrer le mauricianisme, c’est sûr. Mais c’est surtout une manière pour que nos accueillis se sentent At Home, bien entourés et encadrés, et qu’ils ressentent la chaleur humaine. » De ce fait, hier, le Groupe A de Cassis/Lakaz A a organisé sa fête de Divali, à Port-Louis. Pour l’occasion, une prière « interfaith » a été dite, dans les locaux de Lakaz A. « Ensuite, les accueillis, qui sont des démunis de la sociétés, des sans domiciles fixe, des travailleuses du sexe, des toxicomanes actifs, des porteurs du virus du Sida, des ex-détenus… bref, des rejetés du système qui ont trouvé une nouvelle famille auprès de nos animateurs et bénévoles. »

La philosophie du Groupe A de Cassis / Lakaz A revêt ainsi tout son cachet : « Chez nous, nous ne jugeons personne. On comprend que certains ont commis des erreurs. Ce qui importe, c’est donner une deuxième chance, redémarrer et ne pas se condamner soi-même et s’enfermer dans son isolation. » Ragini Rungen et son équipe ont donc mis les bouchées doubles : « Au repas habituel des jours normaux, pour Divali, nous avons fait quelque chose de plus oriental, avec curry, faratha, dholl puris… Mais c’est surtout pour profiter du moment et passer quelques minutes ensemble, à partager ce repas. Pas juste les servir sans plus. Mais s’assoir ensemble, parler, rire… C’est bien l’essence de Divali, non ? »