Flacq, l’immense région de l’Est, avec ses 23 villages et agglomérations, est le deuxième district rural le plus peuplé du pays après Grand-Port. Centre de Flacq, Bel-Air et Lallmatie constituent les trois plus plus importants pôles, ayant chacun deux représentants siégeant au conseil de district. Une incursion dans le vécu des habitants – dont les pêcheurs du côté de Trou-D’eau-Douce, les planteurs à Poste de Flacq et aussi les chauffeurs de taxi de Centre-de-Flacq – laisse entrevoir que l’annonce de la tenue des élections villageoises n’est guère au centre des préoccupations pour l’heure. Le motif étant les dures réalités économiques auxquelles sont confrontés les habitants de l’Est, comme c’est le cas ailleurs à Maurice. De nombreuses familles sont d’une manière ou d’une autre liées à la pêche et à l’hôtellerie, et ces pêcheurs, plaisanciers, employés d’hôtels ou encore agriculteurs souffrent des affres de la COVID-19 ou encore de l’échouement du MV Wakashio.

Visiblement, les Flacquois ne sont pas encore passés en mode élections bien que certains affirment que « voizin pe dir li pe poz kandida… ». Pour cause, de nombreuses familles des villages de l’Est sont directement ou indirectement touchées par l’impact économique découlant de la COVID-19 et des séquelles de la marée noire du MV Wakashio. Les activités économiques sont au ralenti, pour ne pas dire à l’arrêt, à la suite du Lockdown imposé à la population et nombreux sont-ils à faire face à de graves difficultés compte tenu de leur dépendance des secteurs de l’hôtellerie et de la pêche. Pour eux, la tenue de ces élections villageoises est le cadet des soucis, ayant notamment des proches qui sont dans l’incertitude « de pouvoir joindre les deux bouts », laissent entendre plusieurs intervenants du côté de Centre-de-Flacq.

« Travay la inn mor net. Pena bel roulman lor Flacq depi enn bon moman. Depi finn relarge, li pa parey ditou. Dimounn-la pa depans kouma avan. Li aste zis kan bizin ek li pa promne kouma avan », laisse entendre un gérant d’une supérette ayant pignon sur la route principale. « Dimounn-la pankor interese ek eleksion vilaz. Kan ariv ler va gete. La pou lemoman saken okipe ek so prop sitiasion », poursuit-il.

Constat semblable du côté des chauffeurs de taxi que Le Mauricien a rencontrés et qui n’étaient pas avares de doléances… « Pena mem klian zordi zour. Apar 1-2 lokal pena gran zafer. Ti pe gagn enn lavi ek touris ek lotel sa osi pena la », affirme un taximan, qui était sur la Place Taxi. « Eleksion vilaz-la pa pe tro pran li kont. Mo espere bann ki pe vini fer travay. Al gete komie sime ena dan sa bann vilaz-la ki pa bon. Nou sofer, nou loto bizin res andomaze akoz lari pa bon », fulmine cet habitant de l’Est.

Un autre de ses collègues qui tente le calmer intervient à son tour. « Developman la pe fer. Bizin donn bann dimoun-la letan travay ek fode gouvernma osi soutenir », lâche-t-il avant de déplorer néanmoins que la prolifération de la drogue synthétique au cœur de Flacq devient de plus en plus préoccupante. « Ena pe fer koumadir inn gagn patant ek pe fer zot malang okler », avance ce chauffeur de taxi. Il concède lui aussi qu’avec les répercussions de l’impact économique de la COVID-19, la situation se complique pour de nombreuses familles.

Du côté du littoral Est, soit des villages de Belle-Mare, Palmar ou encore Trou d’Eau Douce, jadis porte-drapeau du tourisme, l’atmosphère est lourde en raison de l’inactivité qui y règne avec l’absence flagrante de touristes à pareille époque ou encore d’activités aquatiques et aussi la pêche. « Pa res gran soz isi. Frontier ferme, touris pena. Tou tase ladan. Ou travay dan lotel, ou sofer taxi, ou travay dan aktivite lamer. Pena nanyin », déclare une gérante d’un petit restaurant. « Manze pa ti pe gagn letan reste. Ti ena klian pou sa bann vindaye ourite, vindaye poisson la. Aster manze la reste. Kapav konte lor ledwa komie dimounn vinn par la », décrit-elle au regard de la présente situation.
Aux Fisheries de Trou-d’Eau-Douce, il n’y a pas grand-monde à l’exception de quelques adolescents profitant de la semaine de vacances scolaires. « Pa gagn drwa lapes. Avan ti ena COVID pann lapes. Aster in gagn Wakashio. Noun anfons plis. La ni kapav al lapes. Ni gagn tourist pou amenn fer letour lor lil ou bien vizite. Nepli kone ziska kan pou ale koumsa. Ou pa trouve nou ena plis problem ki gagn traka kisana pou roul vilaz ? », lâche un des pêcheurs de la région. Il est clair que ce manque d’activités affecte de plus en plus la communauté des pêcheurs et les plaisanciers avec leur business au point mort. Ces pêcheurs qui vendent leurs poissons aux hôtels qui s’y trouvent à de bons prix ou encore ces skippers qui transportent des touristes sur ce littoral ne savent plus ce que l’avenir leur réserve avec la période fin d’année/été qui bat déjà son plein.

Un peu plus loin, du côté de Palmar vers Poste-de-Flacq, plusieurs planteurs s’occupent des plantations de légumes et autres cultures vivrières. Eux, ils se plaignent des dommages causés à leurs plantations durant la période de confinement et aussi par les récentes inondations découlant des averses qui s’étaient abattues sur cette partie de l’île l’année dernière. Ces difficultés successives sont venues compliquer les choses pour la communauté des planteurs de l’est.

Dans l’une de ces plantations de Poste de Flacq, Devanand Khoodeesing , 65 ans, procède à la récolte de ses « cotomili » sous le soleil de plomb pour aller les placer à la vente à l’encan. « Parfwa dan letan siklonik, sa plantasion-la koule sa. Delo debord partou kan la riviere plein », raconte-t-il. « Depi laz zenes mo okip karo. Mo tousel garson ek sis ser, be bizin debrouye », affirme le sexagénaire. Et de confier dans la foulée qu’il est le témoin des difficultés de plusieurs familles dans la région. « Mo mem mo garson travay dan lotel. Pa kone em si pou ena travay pli divan », affirme-t-il. Et d’avancer au sujet des élections villageoises à venir, qu’au fil des années plusieurs changements positifs sont notés. « Landrwa pe sanze. Pa ti ena sant aster ena. Ena terin footbol tousala. Li bon ki saki vini travay pou amelior bann zafer », a-t-il déclaré.

Ce mandat de l’administration villageoise de Flacq, de 2012 à 2020, a été longuement dominé par la présidence de Vikram Hurdoyal, l’actuel ministre de la Fonction publique et élu du MSM au No 10. En effet, c’est à l’issue des villageoises de 2012 que la décision avait été prise de diviser le conseil de district de Moka/Flacq, avec deux collectivités locales distinctes. L’une des principales réalisations durant ces dernières années est que le District Council de Flacq ait finalement obtenu son quartier-général, avec la construction d’un bâtiment dédié sur un terrain de quatre arpents, situé en face de Super U, au coût de Rs 30 millions. Un projet ayant pour but de reloger le staff du conseil de district depuis un bâtiment loué à Plaine-de-Gersigny.

Outre la construction de ce quartier général, le conseil de district a aussi dressé un parcours de santé à Sébastopol ou encore un sub-hall dans la région de Beau-Champ. On a également inauguré durant ce mandat de huit ans un One-Stop-Shop à Centre de Flacq sur le site de l’ancienne caserne de pompiers. Selon les conseillers ayant géré ces collectivités de l’Est du pays, Flacq est le premier Conseil de district à avoir une telle infrastructure, avec tous les bureaux des services publics et aussi ceux de la Sécurité sociale.

Ce bâtiment a coûté Rs 25 millions, des fonds propres au Conseil de district. L’on met aussi en exergue la construction de centres récréatifs dans pas moins de 18 villages utilisés par les personnes de tous les âges pour des activités culturelles et sportives, voire pour des fêtes et ce, gratuitement. Les responsables au niveau de l’administration de Flacq se vantent également d’avoir été derrière plusieurs projets de mini-soccer pitch, soit des pistes synthétiques de foot, notamment à l’arrière de l’hôpital de Flacq.

Cet espace en question est doté d’un parcours de santé, d’un jardin d’enfants et d’une gym externe. D’autres pistes similaires ont été aménagées à Bel-Air, Bon-Accueil, Brisée-Verdière et Lallmatie. Sur le plan de l’environnement, on affirme avoir assuré le nettoyage permanent des 23 villages qui tombent sous la juridiction de cette collectivité locale. L’un des gros problèmes demeure les terrains abandonnés avec notamment des difficultés pour retracer les propriétaires. Certains de ces terrains en friche gênent les habitants car ils sont utilisés par des toxicomanes. L’on déplore d’ailleurs une prolifération de drogues dans la région.

La pauvreté est l’une des autres préoccupations majeures dans l’est du pays et affecte de nombreuses familles dans diverses régions notamment à Poste-de-Flacq, Bel-Air, Olivia et à Trou-d’Eau-Douce. « Flacq mérite plus de considération de la part du gouvernement car c’est le point central qui connecte l’Est à travers le pays. De Flacq vous pouvez partir à Mahébourg, Goodlands, Grand-Baie, Rose-Hill entre autres. Il est donc primordial que le district œuvre de concert avec le gouvernement central et consolide cette position à travers des infrastructures appropriées », affirme un jeune professionnel de la région.