Aidé de ses amis, Prakash Ramloll, sort son bateau qui encourt de grands risques, surtout après des jours pluvieux

A Flic-en-Flac, avoir vue sur mer depuis sa terrasse est un privilège pour certains riverains. Mais la contempler sans pouvoir en profiter est pénible. Surtout pour la trentaine de plaisanciers et l’unique pêcheur que compte ce que les habitants surnomment le « petit village ». Depuis le premier confinement, les activités nautiques sont à l’arrêt, surtout en l’absence de touristes. La situation ne s’est pas améliorée cette année et l’inquiétude gagne les propriétaires de bateaux dont l’entretien de leur embarcation ne fait pas partie des motifs de sorties autorisées.

Le soleil rayonne en ce mardi matin. La plage, habituellement prise d’assaut en cette période de vacances scolaires est totalement déserte. Dans leur petite embarcation, les officiers de la garde-côte nationale veillent au grain, pendant que la police assure des patrouilles sur la route côtière. Se baigner ou se promener sur la plage est strictement interdit.

En face de l’hôtel Villas Caroline, des barques à moteur y sont amarrées. Quelques-uns des plus gros bateaux en fibre de verre reposent sur le sable recouvert d’une végétation rase. Pas de sortie en mer, pas de plongée, même pas de pêche à pied… toutes les activités nautiques sont interdites jusqu’à nouvel ordre.

Dans une eau claire et peu profonde, quelques hommes tirent une embarcation en fibre de verre à l’aide d’une corde attachée à l’avant du bateau avant de le remonter sur la remorque à l’aide de leur véhicule. Le bateau de plaisance a failli couler pendant les grosses averses de la veille. «Nous sommes venus hier pour vider l’eau qui s’y est accumulée, mais la NCG est arrivée et nous avons été priés de rentrer chez nous. Mais je ne veux pas laisser mon bateau dans l’eau. Sans entretien, il court certains risques. C’est pour cela que mes amis sont venus m’aider pour le sortir et le mettre à terre», nous dit Prakash Ramloll, propriétaire du bateau.

Il y a quelques semaines encore, des hommes, pêcheurs amateurs, pouvaient profiter de la mer autrement. Comme Vinod, «pu ene ti cari». De sa modeste petite maison, il ne peut que la contempler en attendant les jours meilleurs. La terrasse, devenue un endroit de prédilection

Plus tard, dans l’après-midi, c’est un couple de quinquagénaires, Marie et son concubin ,que nous rencontrons. Sur leur terrasse ensoleillée, le couple, originaire de Lyon et en télétravail, savoure leur petit apéro qui va s’attarder, comme à l’accoutumée, jusqu’en fin d’après-midi. Cette terrasse est devenue leur endroit préféré : ils y passent le plus clair de leur temps. «Nous avons conscience d’être des privilégiés et de pouvoir savourer d’un confinement face à la mer. Nous pouvons la voir, l’entendre et profiter de tous les bienfaits de l’air marin», avoue Marie.

D’autres, qui vivent comme eux, pieds hors de l’eau en ce moment, sont bien tentés de fouler le sable pour s’échapper de leur maison, surtout lorsqu’elle est toute petite pour abriter une famille de trois enfants. Comme l’affirme Floralie Joseph, cette mère de 29 ans qui habite à quelques pas seulement du poste de police et dont la maison est face à la mer. En l’absence de son mari qui possède une attestation pour se rendre sur son lieu de travail, une compagnie de traitement d’insectes nuisibles, elle qui est employée comme femme de ménage et qui est actuellement en arrêt, peine à trouver des activités pour occuper ses enfants. «La télé est leur seul loisir. Interdiction de s’aérer à plus de 2m de la maison», déplore-t-elle. La plage étant à moins de 5m de son domicile. «Nous ne pouvons nous éloigner de notre domicile, mais nous ne pouvons pas nous plaindre non plus. Même si la plage nous est inaccessible, nous la voyons tous les jours», dit-elle.

« Nous ne risquons pas d’attraper la Covid-19 en mer »

Purman Foolchand, lui, ne cache pas sa frustration: la mer lui manque cruellement. Lui dont le métier est de proposer des excursions aux touristes, se contente pour le moment de l’allocation mensuelle qu’il reçoit du gouvernement. Il y a encore un an, cet homme qui possède deux bateaux pouvait, affirme-t-il, faire deux à trois sorties par semaine. Détenant un Work Access Permit (WAP), il n’est pas confronté aux mêmes difficultés que rencontrent certains propriétaires, à savoir l’entretien de leurs bateaux, mais néanmoins déplore que «le bateau est notre gagne-pain. Si la batterie est abîmée, si l’eau pénètre la pompe, le bateau sera abîmé», déclare-t-il… Tout en pointant du doigt les incohérences. «A part l’entretien des bateaux qui reste interdit pour ceux qui ne détiennent pas le WAP, je ne vois pas très bien où est le danger pour ceux qui se rendent en mer… Nous ne risquons pas d’attraper la covid en mer, seul sur un bateau. C’est le dernier endroit où on peut attraper la covid. On part d’un non-sens et on nous prive de la mer, de notre espace», assure-t-il.