(Photo by Guillaume HORCAJUELO / POOL / AFP)

Globalement bien accepté, le « passe sanitaire Covid » a contribué à installer la France dans le peloton de tête des vaccinations, alors qu’elle était à la traîne, une configuration potentiellement favorable à Emmanuel Macron pour la prochaine présidentielle.

Sept semaines après l’annonce de son instauration par le président Emmanuel Macron, et à quelques mois d’une nouvelle élection présidentielle, les Français sont désormais habitués à devoir montrer patte blanche pour aller au restaurant, au bar, dans une salle de sport, un musée ou une très grande surface.

Le sésame demandé est le certificat de vaccination, un test Covid-19 négatif ou la preuve de guérison de la maladie au cours des six derniers mois.

« Au départ, ce n’était pas gagné. Mais malgré quelques réticences, ça a bien disséminé, c’est relativement bien respecté et ça contribue indiscutablement pour l’instant à contrôler cette quatrième vague », estime le Pr Djillali Annane, à la tête du service de réanimation de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, en région parisienne.

Des millions de personnes ont franchi le pas de la vaccination pour éviter les tests à répétition, même si la mesure reste critiquée comme étant discriminatoire à l’égard des non vaccinés. Le cap des 50 millions de primo-vaccinés sur une population de 67 millions de personnes devrait être franchi très prochainement.

En proportion de citoyens ayant reçu au moins une dose, la France a dépassé les États-Unis et l’Allemagne cet été, puis le Royaume-Uni et l’Italie ces derniers jours, selon des données officielles analysées par l’AFP.

Le pays a administré au moins une dose à 72,1% de sa population et affiche, avec la Suède et la Finlande, le taux de vaccination le plus élevé de l’UE : 0,6% de la population reçoit chaque jour une injection.

L’Espagne, Malte et le Portugal font mieux en Europe, tandis que le Canada reste au-dessus de la France au sein du G7.

– Coup de pouce politique –

Pour le président Macron, qui devrait briguer un second mandat en avril 2022, la réaction généralement positive au laissez-passer est bienvenue, contribuant à renforcer l’exécutif, selon les sondages.

Selon des récentes études d’Elabe, 64 à 77% des personnes interrogées soutiennent ce système, tandis que la confiance dans la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement est à son plus haut niveau depuis le début de la pandémie, qui a fait au moins 114.577 morts et contaminé plus de 6,7 millions de personnes dans le pays.

Pour Bernard Sananes, le directeur d’Elabe, le chef de l’État « donne l’impression d’avoir traversé la crise avec des moments difficiles, mais sans laisser d’espace pour une alternative, pour que quelqu’un dise +Untel aurait fait mieux+ ».

Pourtant, au début de la pandémie, plusieurs ratés des autorités, comme l’absence de masques, puis la lenteur de la mise en place de la vaccination, avaient à l’inverse donné des munitions à ses opposants.

– Opposants clairsemés  –

Aujourd’hui, le pass sanitaire reste encore fortement décrié par « une minorité, mais pas marginale », bénéficiant du soutien d’environ 20 à 25% des Français, pointe M. Sananes.

Tous les samedis, ses opposants manifestent pour dénoncer la « dictature » imposée par l’exécutif, mais le mouvement n’a jamais attiré un large soutien public, contrairement à celui, à caractère social celui-là, des « gilets jaunes » qui a secoué le mandat de M. Macron en 2018 et 2019.

« Pour la plupart des gens, sortir son téléphone à l’entrée d’un restaurant est devenu une habitude. Ils n’ont pas suivi les manifestants sur le terrain idéologique », a déclaré M. Sananes.

Mais avec la rentrée, les médecins se préparent à une possible augmentation des cas.

Pour l’heure, selon l’épidémiologiste Catherine Hill, tous les indicateurs Covid-19 sont orientés à la baisse, mais « il reste un réservoir de près de 20 millions de personnes (non vaccinées) dans lesquelles le virus peut continuer à circuler ».

« Le vecteur de l’épidémie va être les gens non vaccinés », dit-elle. La moitié sont des enfants de moins de 12 ans.

Et quels que soient les succès à court terme, « nous sommes à la merci d’un nouveau variant », prévient-elle.