Le site où se situent les réservoirs de stockage d'huiles lourdes du CEB à quelques centaines de mètres d'habitations

Depuis deux semaines, des images de marécages remplis d’une substance noirâtre aux Salines à Port-Louis font le tour des réseaux sociaux. La cause : une fuite d’un des tuyaux assurant le transfert de l’huile lourde de Fort William dans un réservoir de stockage aux Salines. Si la situation semble être sous contrôle, rien ne dit qu’un tel incident ne se reproduira pas. Week-End a rencontré quelques pêcheurs de la région qui affirment avoir aperçu de l’hydrocarbure flottant sur la surface du lagon, la semaine dernière. Inquiets, ces zanfan landrwa veulent obtenir des réponses des autorités.

Un Oil Contingency Plan a été enclenché et le « périmètre de l’Oil Leakage à Fort William est désormais sous contrôle de la police », indiquait, durant la semaine, Le Mauricien. Ainsi, selon les autorités, près de 10 m3 d’huiles lourdes ont été déversées dans le marécage en question et l’huile n’aurait pas atteint le rivage. Des explications, néanmoins, non satisfaisantes pour les habitants des régions avoisinantes. « Pourquoi les autorités ne nous disent rien à nous? », se demande Christian, pêcheur de longue date. « J’ai moi-même vu la semaine dernière une substance noirâtre et odorante flotter à la surface de l’eau pendant que je pêchais dans le lagon, le soir », dit-il. Une substance qui, semble-t-il, ne ressemble à aucune de celles qu’il a l’habitude de voir dans cette partie du lagon, soit à proximité des réservoirs de stockages d’huile. « Le lagon d’ici est pollué. L’on y déverse toutes sortes de choses. Nous n’en pouvons plus! Comment faire pour continuer à travailler dans cette pollution? », ajoute-t-il.

Quid du système d’évacuation des eaux usées ?

Judex Rampaul, habitant de la région et pêcheur expérimenté, est lui aussi très inquiet. « Oui, aujourd’hui, nous ne voyons pas d’huile, mais après? Est-ce qu’un jour il y aura ici une catastrophe aussi grave que dans le Sud-Est? » se demande-t-il. Ces habitants vivent avec une épée de Damoclès sur la tête. En sus de ces réservoirs de stockage d’huiles gigantesques à quelques centaines de mètres à peine des habitations, les habitants des Salines et de Bain des Dames vivent pour la plupart sans un système d’évacuation des eaux usées correct et doivent faire appel à des particuliers. « Ça va durer combien de temps tout cela? », se demandent-ils.

Christian est quasiment sûr que c’est de l’hydrocarbure qu’il a vu dans la mer ce soir-là. « Là, les vents poussent les vagues à l’intérieur du lagon, donc l’huile sortant du réservoir en question ira avec la direction du vent et ira se déposer dans le marécage. Si le vent tourne? On peut deviner la suite? Malheureusement, on n’a pas les moyens pour prouver cela, nous n’avons que notre expérience de pêcheur et personne n’écoute les pêcheurs ici », dit-il.

Dorenna Tanoo est, elle aussi, femme pêcheur depuis sept ans. Selon elle, les récents travaux de restauration au niveau des réservoirs auraient aggravé les choses. « Ma maison vibre. Les murs sont fêlés, mais on doit vivre avec. Ces derniers temps, les choses vont encore plus mal », dit-elle. La mère de famille ne nous cache pas son inquiétude quant à cette fuite d’huile « de trop », nous dit-elle. « Nous avons peur. Si un de ces réservoirs cède, que se passera-t-il? La mer, c’est mon gagne-pain. Comment allons-nous vendre nos poissons? Nous avons vu ce qui s’est passé à Mahébourg. Comment allons-nous faire si l’on ne sait pas si les poissons que nous pêchons et vendons ont été contaminés? »

En attendant, le Fort William est, depuis vendredi, sous forte protection policière et personne n’y a accès. Il est à noter que le Central Electricity Board (CEB) a complété en 2018 la construction d’un Heavy Fuel Oil (HFO) pipeline du Bulk Sugar Terminal Quay à Fort William au coût de Rs 31,1 millions. Cet oléoduc transfert l’huile lourde du tanker aux réservoirs de stockage à Fort William et aux Grandes Salines. Cette même huile est envoyée à Fort Victoria et aux Stations de Saint-Louis. Par ailleurs, la construction de ce réservoir d’huiles lourdes aux Salines avait fait l’objet d’une question parlementaire en 2015 adressée au vice-PM de l’époque, Ivan Collendavelloo. Paul Bérenger posait, alors, la question et s’interrogeait sur la viabilité environnementale de ce projet situé à proximité de wetlands, soit des zones sensibles et protégées. Affaire à suivre.