A Maurice aujourd’hui, il y a un nombre indéterminé de chiens et chats errants sans propriétaires connus qui se multiplient à une vitesse vertigineuse. Pour parer à cette situation, l’Etat mauricien, à travers la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW), pratique du “catch and kill” pour réduire le nombre d’animaux en pleine nature.

Cette solution ne serait pas la meilleure pour le contrôle à long terme des populations d’animaux errants. La MSAW, organisme en charge de cette mission,  se retrouve sans vétérinaires depuis le 15 septembre. Raison pour laquelle le ministre de l’Agro-Industrie, Maneesh Gobin a, vendredi dernier, lancé un appel aux amoureux des animaux, aux vétérinaires et aux différentes ONG pour aider les autorités, sur une base volontaire, dans leur programme de stérilisation de chiens et chats errants.

Cette nouvelle approche de sterilise and release, au lieu de catch and kill, est généralement bien accueillie par la communauté des animal lovers. Toutefois, le ministre de tutelle s’empresse de dire que cette nouvelle approche comporte des conditions et est sujette aux lois existantes. Dans l’interview qu’il nous a accordée, mardi, il explique l’importance de la collaboration entre toutes les parties prenantes pour une meilleure maîtrise de la population des animaux domestiques errants dans notre pays.

l Vous avez annoncé, vendredi dernier, être plus favorable au catch and kill que sterilise and release. Cette décision concerne-t-elle tous les chiens errants ?
Le catch and kill systématique ne peut pas se poursuivre. Mais avant d’aller plus loin, je dois d’abord souligner la différence entre deux catégories de chiens : ceux qui doivent être euthanasiés et ceux qu’on peut éviter d’euthanasier. Les chiens qui doivent être euthanasiés sont des chiens malades, des cas compliqués. En revanche, pour les chiens malades appartenant à la deuxième catégorie, la décision dépendra de l’opinion du vétérinaire. On prend aussi en considération ce que la loi prescrit. S’agissant des stray dogs se trouvant dans des lieux fréquentés comme les hôpitaux, l’aéroport ou le port, la loi est claire, sans discrétion aucune : l’euthanasie doit être pratiquée! Donc, à part ces deux subdivisions là, on peut considérer ce que j’ai dit à la MSAW: de sterilise and release, au lieu de catch and kill. C’est une décision de politique générale, appliquée dès maintenant mais subject to conditions.
l Quelles sont ces « conditions » ?
D’abord, il nous faut des vétérinaires. A Maurice actuellement, nous faisons face à un manque de ces professionnels de santé animale. Il faut savoir que même si on emploie des vétérinaires à plein temps à la MSAW, ce serait toujours insuffisant vu le nombre de chiens errants que nous avons à Maurice. Il y en a beaucoup plus que ce que nous voyons tous les jours. Ils sont aussi dans les champs de cannes, dans les chassées où ils naissent et vivent dans la nature. Ces chiens-là causent beaucoup de dégâts. Nous avons une estimation assez vague de chiens errants (ndlr : les ONG l’estiment à environ 90,000). C’est vraiment trop! La stérilisation est nécessaire. Dans ce contexte, j’ai lancé un appel pour tenter de mettre en place une équipe de vétérinaires. Vous savez que l’île compte seulement 80 vétérinaires ? Ce n’est pas suffisant. Il nous faut des vétérinaires de bonne volonté pour venir offrir leur service.

l Combien ont répondu à votre appel ?
Deux seulement. Les autres ne semblent pas intéressés. Ils sont tous engagés dans leur business privé. A mon avis, ils se prêteront volontaires pendant quelque temps, puis ils abandonneront. C’est un closed-shop business. J’ai même voulu faire venir des vétérinaires de l’étranger, mais ce n’est pas simple. Nous disposons de cliniques, d’équipements, de médicaments, mais nous manquons de bras.

l Qu’en est-il du renouvellement du Memorandum of Understanding (MOU) avec le Humane Society International (HSI) pour poursuivre et étendre le programme de stérilisation à toute l’île ?
Je ne souhaite pas parler du HSI dans son dos. S’agissant de la campagne de stérilisation, il n’y pas eu que l’apport du HSI, mais plusieurs autres personnes et je les remercie tous.
l Quand vous dites stérilisation, où est-ce que les chiens seront relâchés? Comptez-vous sur les refuges ou les organismes d’assistance des animaux pour les accueillir? Ils sont pourtant déjà débordés.
Est-ce que vous croyez que l’Etat va commencer à sauver et recueillir tous ces animaux ? Non non, ce n’est pas possible. On va en discuter avec les rescuers. Mais nous ne pouvons pas continuer à laisser les chiens errer dans la rue.
l Ce programme de stérilisation par les vétérinaires se fera bénévolement…
Bien sûr, je n’ai pas assez d’argent pour faire stériliser 90,000 chiens à Maurice. Il faut faire du Corporate Social Responsibility (CSR). Un peu non ? Vous croyez que l’Etat fera tout ? Pas possible. Voilà pourquoi j’ai lancé un appel vendredi dernier.

l A qui incombe cette responsabilité ?
Si personne ne se propose comme volontaire, on n’aura pas d’autres choix que de poursuivre la politique d’euthanasie. Il faut bien comprendre que si personne,– c’est-à-dire vétérinaire, sauveteur, ONG et l’Etat – ne va de l’avant pour travailler main dans la main, il n’y aura pas de solution. Cette formule gagnante dépend de tous. Il faut la stérilisation, la collaboration des vétérinaires, la collaboration des ONG et rescuers. Ensemble, c’est possible. Sinon, on ne sortira pas du catch and kill.
l Mais les ONG ne bénéficient d’aucune subvention de l’Etat.
Elles ont beaucoup de ressources.

l Pourquoi ne pas utiliser le même budget alloué pour la pratique du catch and kill pour la stérilisation en masse ? Et qu’en est-il des projets de shelters ?
Je n’ai personnellement pas d’objection à faire des réallocations budgétaires, mais tout dépendra de la disponibilité des vétérinaires. S’agissant de la construction de shelters, je ne pense pas que ce soit la solution. C’est le partenariat de tous les acteurs qui donnera les résultats attendus du contrôle à travers la stérilisation et le release after sterilisation. Il faudra également un contrôle plus strict au niveau des breeders. Ils devront avoir une licence de breeder et être soumis à une supervision qui, je pense, est insuffisante actuellement. C’est tout cela combiné qui sera la solution dans la durée.

l Maintenant que votre ministère préconise le sterilise and release, qu’adviendra-t-il des 80 chiens qui sont actuellement à Vallée des Prêtres ?
Ils ne seront pas euthanasiés. La routine de tous les jours continue à la MSAW. Chacun fait son travail. J’interviens seulement quand le travail n’est pas fait.

l Qu’en est-il du problème de l’abandon des chiens ? La loi en la matière est pratiquement inapplicable envers les responsables puisque les sanctions sont quasi inexistantes, malgré les nombreuses plaintes.
Les gens abandonnent les chiens parce qu’ils en ont trop. Et, pour prendre des sanctions, il faut des plaintes. C’est facile de dire qu’il faut poursuivre mais sans élément de preuves, nous ne pouvons pas poursuivre. C’est très facile de poster les vidéos sur les réseaux sociaux mais je me demande si ceux qui les postent seront volontaires pour donner des evidences. Il faut bien comprendre qu’on parle du droit pénal devant un magistrat, un tribunal. Ce n’est pas un réseau social. Le droit pénal s’applique à tous, même s’il y a des failles inhérentes dans le système.

l S’agissant du board de la MSAW, pourquoi retrouve-t-on toujours les mêmes personnes ?
Le MSAW est composée de life members et des ordinary members qui votent la majorité des membres du board. Trois d’entre eux sont nommés par moi-même et les autres sont élus. L’Etat n’a pas la majorité sur le board.  S’il faut revoir la composition du Council, il faut passer par le Parlement et refaire un autre projet de loi. Le nouveau board sera, j’espère, reconstitué dans les jours à venir.
l Pour terminer, une question personnelle. Etes-vous un animal lover ?
Bien sûr. J’ai toujours eu à la maison un chien ou un chat.