L’année scolaire 2021-2022 représente un véritable défi. Pour Gilberte Chung, directrice du Service Diocésain de l’Éducation Catholique (SeDEC), les Split Classes ne sont pas faciles à mettre en place. Elle parle également de la migration vers les académies après le National Certificate of Education (NCE) et se pose des questions sur l’avenir des collèges privés. Elle dit également son inquiétude sur le taux d’échec qui perdure au Primary School Achievement Certificate (PSAC).

La rentrée 2021-2022 a été chamboulée ? Comment le SeDEC s’adapte-t-il à ces changements ?
Nous sommes très concernés par la situation sanitaire dans le pays et nous avons pris toutes les dispositions nécessaires pour que la rentrée scolaire se fasse dans les meilleures conditions. Déjà, il y a eu les admissions pour les Grades 1, 7 et 10 le 14 juin et tout s’est bien passé malgré les appréhensions.

Ensuite, nous sommes passés au Distance Learning. Pour les petits, cela a été un peu compliqué car les parents n’étaient pas à la maison. De plus, là où il y avait plusieurs enfants, on ne savait pas trop qui devait utiliser la télé. En même temps, nous ne sommes qu’au premier trimestre. Cela a été surtout une prise de contact. L’accent n’a pas vraiment été mis sur le syllabus pour les plus jeunes.

Le plus gros challenge demeure la rentrée de lundi. Il y aura des jours alternés pour les différents groupes et les classes seront divisées, avec un maximum de 20 élèves. Ces Split Classes posent des problèmes au niveau du staffing. Surtout que nous n’avons pas encore un décompte final de qui a été vacciné ou pas.

N’avez-vous pas fait un relevé du nombre de personnes vaccinées parmi votre personnel ?
Oui, nous l’avons fait. Je dois dire que la situation a beaucoup évolué depuis mars dernier. Nous étions à peu près à 30%. Mais les choses ont changé depuis que c’est devenu obligatoire. A ce jour, nous sommes à 80-90%. J’espère que d’ici à lundi, tout le monde aura été vacciné ou du moins présentant leur certificat médical ou leur test PCR.

Au cours du premier confinement, vous aviez attiré l’attention sur le problème de connexion de certains enfants pour les cours en ligne. Comment cela s’est passé cette fois-ci ?
Pour le premier confinement, il faut dire que tout le monde a été pris de court. On n’était pas préparé, les enseignants n’avaient pas été formés, les enfants n’avaient pas les outils nécessaires.

En une année, cela a évolué, mais pas pour tout le monde. Il y a toujours un pourcentage de jeunes pas connectés, donc qui a décroché. Les collèges vont faire un relevé du nombre d’enfants qui n’ont pas participé à l’Online Learning pour situer les problèmes et proposer des solutions.

Le blended mode of learning est quelque chose qui devait arriver. Les deux confinements ont un peu précipité les choses. La pédagogie moderne passe inévitablement par la technologie et cela permet de mieux accrocher les enfants. Il faudra quand même maintenir cette relation prof-élève. On ne peut étudier à distance tout le temps car il y a un facteur humain à prendre en considération.

Vous étiez l’une des personnes qui avaient demandé le renvoi des examens l’année dernière. Et maintenant ?
Je maintiens que tous les enfants n’étaient pas prêts pour les examens l’année dernière. Quand on sait que le but des Summative Exams est de permettre d’accéder à d’autres établissements, notamment pour le PSAC et le NCE, il fallait s’assurer que tout le monde part sur un pied d’égalité.

Les examens se sont déroulés dans des conditions sanitaires difficiles certes, mais nous avons pu traverser cette épreuve. Maintenant il faut voir ce qui va se passer pour 2021-2022. Le premier trimestre sera staggered, ce qui veut dire qu’on aura besoin de plus de temps pour compléter le programme. Comment va-t-on procéder ? Va-t-on prolonger le trimestre ? Va-t-on garder le même syllabus ou alléger ?

Au sujet du NCE, justement, combien d’élèves ont quitté vos collèges pour des académies ?
De manière générale, on a eu de zéro à dix dans certains collèges. En revanche, ce n’est un secret pour personne que le collège du Saint-Esprit avait accueilli des élèves avec un profil qui se serait sans doute tourné vers les collèges Royal de Curepipe ou de Port-Louis. Ce qui fait que nous avons eu 45 départs vers les académies au collège du Saint-Esprit.
Cela nous amène à réfléchir. Surtout si le même scénario se répète tous les ans. On se demande quel sera l’avenir des collèges privés. Quand on avait présenté le projet de réforme en 2017, on voyait déjà que cela allait être un risque. Maintenant que c’est une réalité, il faut se demander quelle est la place des collèges grant-aided dans le système.

Il y a aussi eu une demande formulée récemment pour que les écoles ZEP soient confiées au SeDEC. Pourquoi ?
La vraie question ce n’est pas qu’une école soit classée ZEP ou Mainstream. La vraie question, c’est l’échec au niveau national. Il faut pouvoir analyser où se situe le problème. Que faut-il faire pour changer la situation ? Cela fait 30 ans qu’on n’a pas changé de méthode d’enseignement. Notre appel c’était justement pour dire : qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ?

Malheureusement, nous avons un système éducatif qui a failli car ce ne sont pas les enfants qui échouent, mais le système qui exclut les enfants. Ce qui est maintenant connu. Sur dix enfants qui entrent en Std I, il y a seulement sept qui vont réussir au PSAC et aller au collège. Parmi la moitié réussira au School Certificate et le quart réussira au Higher School Certificate. C’est la triste réalité. Il y a des pertes à tous les niveaux, mais la tragédie est plus grande quand il s’agit des enfants de 11 ans. Nous sommes en 2021, Maurice a assez de moyens pour trouver des solutions. On ne peut continuer ainsi.

Quelle est votre évaluation de l’Extended Programme ?
Sur le papier, c’est un programme qui paraissait très beau. Toutefois, après trois ans, on s’est retrouvé avec pas mal de difficultés. Le programme n’est pas adapté car les enfants ne maîtrisaient pas la litéracie et la numératie. Comment leur demander maintenant de s’adapter à un programme du secondaire ?

La grande question aujourd’hui, c’est de savoir combien parmi ces élèves de l’EP vont pouvoir réussir au NCE et monter en Grade 10 ? Les premiers résultats de l’année prochaine seront déterminants.