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Government Business : Opération « Drapo Blan » du GM sur tous les fronts

Rs 500 M de subventions pour essayer de faire rater la mayonnaise du front
commun de l’ACIM avec une série de mobilisations de rue annoncées contre
la hausse des prix

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Accessible sur les réseaux sociaux, un tableau comparatif de prix
de 35 produits de consommation courante établit des majorations de prix
de 2,2% à 77,1% d’une année à l’autre

Le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, renoue avec les
capitaines de l’industrie lors du Public-Private Sector Dialogue de lundi dernier au nom de la relance post-Covid-19

Le Grand Argentier se signale avec la présentation du Social Contribution
and Social Benefits Bill et la pension confirmée à Rs 13 500, soit BRP de Rs 9 000
et CSG de Rs 4 500 à partir de juillet 2023

Avec une cagnotte de Rs 500 millions confiée à la Mauritius Revenue Authority, l’Hôtel du gouvernement envisage de mener une offensive contre la flambée des prix  au détail des produits de consommation courante. Les plus perfides ne manqueront pas de dresser un parallèle entre les Rs 300 millions dont a bénéficié le seul Deepak Bonomally avec un premier contrat de la State Trading Corporation (STC) et ces Rs 500 millions à être réparties à une population de 1,3 million d’habitants. Et cela sans compter le Rs 1 milliard à la clique proche de l’ancien ministre du Commerce, Yogida Sawmynaden, lors du premier confinement. Il n’empêche que dans sa déclaration à l’Assemblée nationale, vendredi après-midi, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a limité ses ambitions qu’à sept produits de première nécessité, même s’il se targue d’ajouter que cette démarche gouvernementale touche 243 marques en ce qui concerne le gel des prix pour les prochains six mois à leur niveau de janvier dernier. D’aucuns affirment que cette opération Drapo Blan, conçue par Lakwizinn du Prime Minister’s Office, s’est imposée sur la base de deux facteurs majeurs, dont la constitution d’un front commun Kont Karay Delwill So à l’initiative de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM) pour dénoncer les majorations de prix exagérées dans le commerce.

Puis, la diffusion sur les réseaux sociaux d’un document explosif établissant une comparaison de prix de 35 denrées essentielles avec des variations de 2,1% à 77,1% d’une année à l’autre. Toutefois, cette tentative d’apaisement semble plus visible sur d’autres fronts, notamment en début de semaine, avec le Public/Private Sector Dialogue, soit le coup d’envoi d’une opération de charme à l’égard des capitaines de l’industrie avait été donné au Hennessy Park Hotel. Et cela, au nom de la relance de l’économie post-Covid-19.

Pour ce qui est présenté comme une riposte contre la hausse des prix, ou tout au moins de sept denrées essentielles, à savoir le lait en poudre, les grains, les conserves, le fromage, les conserves de tomates, l’huile comestible et la margarine, le mandat a été confié au Premier ministre, reléguant au second plan les ministres des Finances et du Commerce, Renganaden Padayachy, et Soodesh Callichurn respectivement. La Mauritius Revenue Authority est appelée à assurer la gestion de ces Rs 500 millions, représentant des subventions sur les prix de vente au détail de ces produits et à être versées aux importateurs, commerçants et détaillants jusqu’à la fin de cette année.

Ce gel des prix, devant être ceux pratiqués en janvier dernier, représente des subventions de

l Rs 15 sur le kilo de lait en poudre

l Rs 15 sur le litre d’huile comestible

l Rs 19 sur la margarine (500 g)

l Rs 6 sur la boîte de tomates de 425 g

l Rs 5 sur la boîte de fromage de 250 g et de 500 g de grains secs respectivement et

l Rs 2 sur la boîte de sardines de 125 grammes et de la boîte de Pilchard de 400 grammes.

La Mauritius Revenue Authority, notamment le département des douanes, mettant au point en fin de semaine les formules de subvention et faisant publier les détails dans la dernière édition de la Gazette du Gouvernement, les nouveaux prix devront entrer en vigueur à partir de demain matin, et ce, pour les prochains six mois. Il va sans dire que le mot d’ordre au sein de l’inspectorat des prix sera une mobilisation et une visibilité tous azimuts pour ces descentes de contrôle dans le circuit du commerce au détail.

Dans la conjoncture, la question qui se pose est si « la magie de sept produits et 243 marques » pourra produire suffisamment d’effets pour couper l’herbe sous les pieds des animateurs de la plateforme, constituée de Linion Sitwayen de Bruneau Laurette, Front Citoyens Libres de George Ah-Yan, Démocratie Maurice, ainsi que des associations syndicales, dont la GSEA, la CTSP, la FTU et CSG Solidarité, et des citoyens se mobilisant en leurs propres noms. À première vue, ces derniers ne semblent nullement emballés par la posture adoptée par le Premier ministre.

Force est de constater que devant ce « repli » de l’Hôtel du gouvernement, la plateforme anti-hausse des prix pourrait être appelée à redoubler d’efforts pour contester la récente hausse des prix de produits pétroliers, avec pour excuse le financement de l’achat de vaccins anti-Covid-19. En cours de semaine, Jayen Chellum, secrétaire de l’ACIM, présentant la plateforme, a fait état d’un cahier des charges de revendications dépassant les sept denrées de Lakwizinn du PMO. Tout indique que les animateurs de la plateforme vont devoir se réunir en début de semaine pour passer en revue la situation et ajuster le calendrier de mobilisation pour accroître la pression sur le gouvernement.

Mais ce qui pourrait se transformer en une bible des consommateurs pour consolider leurs revendications ne se résume à nul autre que ce tableau comparatif des prix de 35 produits d’une année à l’autre. Ce document comportant un élément mobilisateur de revendications populaires est accessible sur les réseaux sociaux depuis le début de la semaine écoulée (voir plus loin). Cette liste indique que les majorations de prix varient de 2,1% pour le riz basmati importé par la State Trading Corporation, à 77,1% pour les pâtes alimentaires, sans compter 74,9% pour l’huile comestible.

L’impression qui se dégage est que Lakwizinn du PMO a établi la liste de maximum price on 7 products en se basant sur les d’étals de ce document posté sur les réseaux sociaux. Outre les augmentations susmentionnées, le fromage a connu une hausse de 27,9%, le lait de 20% en moyenne, les conserves de 50%, les grains de 66,7% à 34,6%, entre autres. Ces items font partie de la hit list de l’Hôtel du gouvernement pour les prochains six mois. Mais le panier de la ménagère ne comprend pas que cela, car il y a les céréales pour la famille (+42 ; 3%), toute la gamme de couches (+50%), les biscuits (+37 ; 9%) ou encore le papier toilette (+29,2%), soit des roupies additionnelles à abandonner au comptoir des caissières ,sans oublier les fruits frais importés à coup de devises étrangères en nette appréciation par rapport à la roupie.

Tactique de “fire fighting”

De son côté, la Chambre de Commerce et d’Industrie, consciente du tollé soulevé au sein de la population suite à « l’augmentation importante de prix de certains produits de base », se fait le porte-parole de ses membres citant des facteurs contribuant à cette situation. « Les retombées (des consultations avec les membres concernés) indiquent que cette hausse des prix est due à plusieurs facteurs externes, notamment un affaiblissement de la roupie, une augmentation tarifaire des frets maritime et aérien et celui des carburants à la pompe (essence et diesel) et finalement, à une flambée de prix des matières premières au niveau mondial », souligne un communiqué officiel, en ajoutant que la consigne est « de s’assurer que les prix pratiqués dans le commerce soient calculés selon les bonnes pratiques commerciales, soit de manière transparente et juste. »

Pour les observateurs politiques avertis, la déclaration du Premier ministre sur les prix de vendredi s’inscrit dans une tactique de fire fighting et d’apaisement de tout foyer de mobilisation de rue vu le succès de la série de marches, que ce soit à Port-Louis ou à Mahébourg, avec le coup d’envoi donné à l’initiative de Rezistans ek Alternativ il y a exactement un an.

D’ailleurs, Lakwizinn du PMO ne se préoccupe pas seulement d’éviter une répétition de la campagne BLD contre le gouvernement. Il y a encore le secteur privé à apprivoiser à la sortie de ce deuxième confinement. Ainsi, le first shot de cette mission a été attribué au ministre des Finances dans le sillage de la présentation du budget 2021-22. Les Rs 9,1 milliards déjà déboursées par la Mauritius Investment Corporation Limited (MIC), la filiale contestée de la Banque de Maurice, en faveur des grosses pointures du secteur privé aurait permis au Grand Argentier de bénéficier d’un sauf-conduit pour le passage du Public/Private Sector Dialogue de lundi dernier. Et sans compter la réouverture des frontières à partir de ce jeudi.

La poignée de main échangée à la fin des délibérations de lundi dernier, entre cet economic and financial heavy weight du privé et le ministre des Finances, en dépit d’un récent rift des plus acrimonieux, n’aura pas passé inaperçue dans ce nouveau contexte de Drapo Blan brandi entre ces deux partenaires sociaux. Renganaden Padayachy a promis au secteur privé une instance de dialogue et de concertation se réunissant tous les trimestres, comme pour renouer avec la tradition de ce partenariat gouvernement-secteur privé.

Mais il semblerait qu’il y ait mieux avec la teneur de ce message d’un Top Gun du privé soulignant que « Monday’s event was in my view the beginning of a new era of collaboration. Let’s get the ball rolling together on all key subjects, from energy, pharma and RIA to increasing investments, jobs as well as structural reforms in order to have a meaningful joint working group meeting in a few months ».

La confirmation de la nouvelle page tournée est plus qu’évidente, même si la pierre d’achoppement de la Contribution Sociale Généralisée (CSG) avec le démantèlement du National Pensions Fund (NPF) fait toujours l’objet d’une demande de judicial review logée par Business Mauritius en Cour suprême. Le face saving device en vue d’obvier à une confrontation directe entre le gouvernement et le secteur privé pourrait émerger de la clause 40 de The Social Contribution and Social Benefits Bill présenté en première lecture, mardi, à l’Assemblée nationale par le ministre Padayachy.

“Face saving device”

Le recours à la judicial review de Business Mauritius est axée sur la teneur des Contribution Sociale Généralisée Regulations de 2020 du ministre des Finances suite à l’adoption du précédent Finance Bill l’année dernière. Avec The Social Contribution and Social Benefits Bill (No XII de 2021) stipulant à la clause 40 que « The CSG Regulations 2020 are repealed », une épine est enlevée dans les relations entre le gouvernement et le secteur privé vu que le fondement de la judicial review de Business Mauritius contre la réforme de la pension s’évanouira avec la promulgation de la loi-cadre régissant les pensions.

« Sans les CSG Regulations 2020, Business Mauritius pourrait ne plus avoir de locus standi en Cour suprême. Maintenant, les éléments de la réforme de la pension, qui avaient fait partie de ces Regulations, sont intégrés dans un texte de loi en voie d’être adopté par l’instance constitutionnelle suprême qu’est le Parlement », fait-on comprendre.

Ainsi, les principales composantes de la réforme de la pension qui ont alimenté la controverse à Maurice et également le Fonds Monétaire International se joignant à la partie sont maintenues par le gouvernement dans ce projet de loi avalisé par le Conseil des ministres de vendredi. Avec en prime une précision de taille à l’effet que « the amount of monthly retirement benefit » sera de Rs 4 500 à partir du 1er juillet 2023. Avec les Rs 9 000 de la Basic Retirement Pension, le retraité à 65 ans bénéficiera des allocations mensuelles de Rs 13 500, montant annoncé par Pravind Jugnauth le 1er octobre 2019, soit à la veille de la dissolution de la dernière Assemblée nationale en prévision des élections législatives du 7 novembre 2019.

Même si la judicial review de Business Mauritius est en sursis d’être déclarée caduque, le débat sur le financement du système d’allocation sociale avec l’introduction de la Contribution Sociale Généralisée semble avoir la peau dure. Ce ne sont pas les actuaires ou encore la mission Sancak du FMI qui diront le contraire.

Au chapitre des universal pensions, le Staff Report du FMI note que « pensions will be at the forefront of medium-term fiscal issues ». Analysant les répercussions de cette réforme de la pension, dont le paiement des Rs 13 500 à partir du 1er juillet 2023, le FMI souligne que « the combined expenditure of the Basic Retirement Pension and the Contribution Sociale Généralisée is projected to reach 8,5 percent of GDP by FY 2023/24, compared to 4,5 percent in FY 2018/19. By contrast, the extra revenue from the CSG is forecast to be slightly more that 1,5% of GDP, leaving a gap of about 3% of GDP relative to FY 2018/19. Looking past the projection window beyond FY 2025/26, this gap can only be expected to worsen, given that due to clear demographic trends the old-age dependency ratio in Mauritius is set to deteriorate indefinitely ».

En tout cas, les prochains débats à l’Assemblée nationale sur The Social Contribution and Social Benefits Bill s’annoncent prometteurs à plus d’un titre, notamment sur le plan du financement de la réforme de la pension, dont un trou variant entre Rs 10 et Rs 12 milliards à combler et le FMI se faisant l’avocat pour un alignement du paiement de la Basic Retirement Pension à 65 ans au lieu de 60 avec une dose de means testing pour assurer en partie la viabilité du système de pension.

 

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