Hermans heureux d'avoir réussi son premier trail

Aveugle à l’âge de 13 ans à cause d’une négligence médicale et enseignant de musique à l’Atelier Mo’zar, Hermans Jean-Louis a fait parler de lui récemment pour sa course au Hilton Charity Trail. Une grande première pour ce non-voyant qui, par sa détermination, veut pousser les handicapés à s’assumer pleinement en société. Sa différence fait son authenticité, dit-il.

Dans sa voix, on perçoit une forme de tranquillité intérieure. Hermans Jean-Louis a accepté sa condition. Lui qui, au départ avait une bonne acuité visuelle et se portait bien, a malencontreusement perdu la vue à 13 ans. Une allergie à la poussière l’ayant conduit à l’hôpital, la cortisone administrée à grand renfort, au lieu de le guérir, a fini par développer chez lui un glaucome qui a entraîné sa cécité. Cet habitant de Poudre-d’Or, qui respire la joie de vivre, a connu des moments très difficiles. « Adolescent, j’ai été obligé d’arrêter l’école. C’était assez perturbant, surtout le fait de me dire que je ne verrais pas le lever ni le coucher du soleil, encore moins mes proches. » De la pitié, Hermans n’en a cure, il se forge très tôt un caractère de soldat, et surtout développe en silence sa passion pour la musique. Il suivra les traces de son cousin Jean-Paul, guitariste dans un hôtel, et il voudra même jouer de la guitare comme métier.

Après avoir tergiversé entre Lizie dan la main et le Centre Loïs Lagesse, Hermans Pierre-Louis sent qu’il n’est pas à sa place. Il se plonge alors à corps perdu dans le sport, foot, athlétisme, et comme il le clame, il n’y avait pas d’ouverture pour les aveugles et malvoyants. « Quand on évoquait le mot “aveugle”, c’était la fin. Il a fallu que je brise ce tabou en mettant en éveil mes capacités et comme j’étais doué pour la musique, j’ai opté de me diriger vers cette voie. José Thérèse, un parent à moi qui avait fondé l’Atelier Mo’zar, a voulu que je passe par le Conservatoire. Là encore, je me suis heurté à pas mal de problèmes d’adaptation, car c’était difficile pour un aveugle d’être sur la même longueur d’ondes que les gens dits normaux. Moi, je voulais évoluer sous mon identité, celui d’Hermans, aveugle mais capable de réussir malgré mon handicap. Car petit, j’aimais la ravanne, le djembé, la guitare. J’avais déjà ce profil de musicien qui ne demandait qu’à éclore », raconte Hermans Pierre-Louis.

« La vie est un cadeau »

Au Conservatoire, il sera placé sous la férule de Patrick Desvaux, le temps pour le prof de s’habituer à un élève aveugle, Hermans se cherche et finit par décrocher une distinction aux examens de Grade III de la Royal School of Music en blues et rock. Il est alors admis à l’école Mo’zar. Sa renaissance, il la doit à feu José Thérèse mais aussi à Valérie Lemaire qui a cru en ses capacités. « Valérie m’a encouragé à développer mon potentiel comme enseignant en musique à Mo’zar et c’est encore elle qui m’a poussé à participer au Charity Trail de Hilton », dira Hermans. En tant qu’enseignant de guitare, Hermans Pierre-Louis reconnaît que cela n’a pas freiné ses capacités de pédagogue. « Je suis aveugle certes, mais je suis capable de sentir les émotions qui se dégagent et mes élèves me respectent. Il y a aussi cette reconnaissance que me témoignent les parents. Ma philosophie de vie est de se réaliser soi-même en reprenant confiance en soi, car la vie est un cadeau, », fait-il valoir.

Quand il évoque sa participation au Hilton Charity Trail avec son dossard portant le numéro 591, il se souvient avoir considéré cela comme étant un exploit. « Je n’ai pas franchi la première ligne, mais j’ai gagné en assurance, c’était comme une belle revanche sur mon handicap. C’était une compétition avec moi-même, pour m’aider à dépasser mes limites. Déjà en étant aveugle, j’ai décidé de ne pas mener une vie de reclus, mais de faire de chaque instant un moment de joie. Ma découverte avec Dieu m’a beaucoup réconforté et m’a permis d’évoluer dans ma musique. Ma cécité est un appel de Dieu et la musique a su apporter une autre note de couleur à ma vie. » Hermans a aussi développé d’autres aptitudes comme savoir écouter la voix de la personne en face de lui, qu’il qualifie comme étant « le ton du ressenti ». Et d’ajouter : « Mo kapav kone si ene dimounn pe anbet mwa, pe kontan mo prezans, zis par so la voix. » Selon Hermans Pierre-Louis, il a eu beaucoup de chance d’avoir fait la rencontre de sa copine Astrid. « On se complète. Astrid est la force. On se bagarre comme tous les couples, mais toujours dans le respect et dans la confiance que l’on se porte l’un et l’autre.»

S’il fallait revenir en arrière avant ses 13 ans, Hermans dit sans détour : «La vie est faite de voyages, mais le monde de l’invisible que représente ma cécité m’a permis de devenir un autre homme. Je ne souhaite pas recouvrer la vue car en étant aveugle, j’ai appris à me surpasser. » En dehors de la musique, Hermans Pierre-Louis est très versé dans le social et a d’autres projets comme se lancer dans l’agriculture pour développer des produits cosmétiques organiques, une idée qui lui trotte dans la tête depuis le confinement.
Pour le moment, il caresse le rêve de sortir un album et lance un vibrant appel aux sponsors qui voudraient l’encadrer. Pour Hermans, chaque aide est bienvenue. Il souhaite aussi que le Caudan Arts Centre fasse appel à ses talents et que son handicap serve d’exemple à tous ceux qui veulent faire de leur vie une réussite. « Mon album “Soul Survivor” qui est en préparation exprime bien cette force de caractère qui m’anime. La COVID-19 nous a montré qu’on est tous égaux face à une épidémie, qu’on soit voyant ou malvoyant, notre quête est identique, on se bat tous pour survivre et pour réussir dans la vie. »