C’est un sentiment de joie entremêlé de soulagement, voire de liberté, qui anime les habitants de Highlands qui, pendant une quinzaine de jours, ont vu leur univers se rétrécir avec le prolongement de la situation d’urgence sanitaire et la « zone rouge ». D’autant qu’hier soir marquait également la fin de la quarantaine pour des familles et des habitants de l’endroit, qui ont ainsi pu rentrer chez eux, soit 24 heures après ceux qui se trouvaient dans des centres de traitements.

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre par voie de messagerie et sur les réseaux sociaux tard dans l’après-midi : Highlands serait libérée hier à 18h. Le sourire est immédiatement revenu sur les lèvres de ses habitants. « Enfin libres ! » Des mots qui révèlent l’état d’esprit de la majorité d’entre eux.

« Sa enn lot sa kan ou dan ou lakaz ! » lance un jeune de 25 ans, rentré de quarantaine et heureux d’être de nouveau à la maison. Idem pour ses parents. « Byen fatige. Aster bizin dormi inpe », poursuit le jeune homme. « Kan ena enn gran dimounn dan lakaz, enn gran zafer sa », renchérit pour sa part Naheed, un père de famille dont le père était également en quarantaine. « Mo frer inn al sers mo papa », dit-il. « Nounn bien mank li, sirtou mo ti garson ki ti byen atasé ek li. »

C’est ainsi que des familles entières, déchirées par la séparation et pour qui le monde s’était subitement écroulé, se sont retrouvées de nouveau hier, aux alentours de 21h. « Zot fek rantre. Mo bann paran soulaze », témoigne une jeune femme d’une trentaine d’années, dont le frère était également en quarantaine.

Pour les voisins, c’est aussi le bonheur de les savoir de retour, sain et sauf. « Mo ti pe santi kouma dir mo fami kinn ale. Mo santi enn pwa andan », avait lancé au Mauricien une personne âgée de 75 ans alors que ses voisins quittaient leur domicile. « Ils sont partis en ambulance », avait-elle ajouté. Pour elle, ceux emmenés pour des raisons liées à la Covid-19 risquaient de ne jamais revenir. Une autre personne, âgée de 82 ans, avait alors renchéri, les larmes aux yeux : « Kouma dir ti pe rise, ti pe kase andan. »

Nuit et jour, les habitants de l’endroit restés sur place vivaient une douloureuse attente, dans l’angoisse. Des maisons s’étaient d’ailleurs vidées, donnant l’impression de se retrouver dans des quartiers fantômes. « Aujourd’hui, même si nous sommes encore confinés, nous nous sentons plus libres. Libres de respirer. Ce sentiment d’enfermement s’est évaporé en un clin d’œil. »

Le 9 avril dernier, la majorité des régions des trois circonscriptions ciblées sortaient de la zone rouge, de même que tous les petits villages frontaliers de Highlands. Un sentiment de malaise avait alors commencé à gagner les habitants. « Si nous sommes les seuls à y rester, cela veut dire que quelque chose ne va pas ! » lançaient certains. Une perception qui gagnait du terrain, bien qu’étayée par aucune nouvelle officielle. Tout le monde était en attente, ne sachant ce qui se passait.

Le lundi 12 avril, un exercice de tests PCR de masse était organisé au centre communautaire de la localité. Et le lendemain, la nouvelle tombait : 22 cas positifs à la Covid-19. Un deuxième exercice similaire avait été organisé le surlendemain, cette fois sans révéler de nouveau cas. Presque un soulagement, sauf qu’entre-temps, le village aura été barricadé, un important dispositif de contrôle et de sécurité installé. Nul ne pouvait entrer ni sortir. L’angoisse s’accentuait. L’atmosphère s’alourdissait. Le samedi 17, les derniers endroits décrétés « zone rouge » dans les circonscriptions 15, 16 et 17 étaient libérés. Mais à la grande surprise des habitants, pas Highlands !

Au fond d’eux, ces derniers savaient qu’il fallait boucler le cycle de 14 jours pour s’assurer de la sécurité sanitaire avant la levée de la consigne. Mais le sentiment d’étouffement dépassait l’entendement, augmentant ainsi chez certains le sentiment de frustration. Armés de patience, ils se sont néanmoins soumis à un dernier test PCR de masse mardi, qui s’est heureusement révélé négatif.

Alors que la nouvelle de la levée de la zone rouge circulait, certains n’y croyaient pas encore. « Inn fer konferans de pres, inn anonse ? » demandaient certains. « Non, dan Facebook inn mete », leur répondait-on.
Mercredi soir, ils étaient nombreux à se préparer pour le lendemain. « Je reprends le travail », confie un fonctionnaire scolaire, soulagé et heureux de revoir ses collègues. « Le travail s’est accumulé. Il était grand temps ! » poursuit-il. « Maintenant, nous attendons la levée du confinement total », souligne pour sa part un entrepreneur, heureux lui aussi de pouvoir quand même reprendre une partie de ses activités.
« Je ne compte pas vraiment sortir pour le moment, sauf en cas d’urgence. Je préfère attendre encore un peu », renchérit une enseignante, âgée de la quarantaine. « Même si on est encore confinés, on n’a plus ce sentiment d’être emprisonnés », conclut-elle. Après cette douloureuse épreuve, la vigilance reste de mise et les précautions sanitaires de rigueur pour les habitants de Highlands, qui se lèveront cependant sous un nouveau jour.