Une perte inestimable : c’est en ces termes, lourds de sens que les professionnels de la médecine, collègues et amis du regretté Dr Bruno Cheong, spécialiste de médecine interne qui avait contracté la COVID-19 en examinant le patient zéro, évoquent la mémoire du disparu. Plus de huit mois se sont écoulés depuis que celui qui était au front durant ce triste épisode, est décédé. Mais « ce professionnel qui restait toujours en phase avec les progrès de la médecine et surtout réputé pour être dévoué envers ses patients », souligne son grand ami et complice, le gynécologue et obstétricien Ah Fat Wong Ten Yuen, reste toujours dans les cœurs et les mémoires de tout un chacun…

Impossible d’évoquer l’épidémie de COVID-19 sur le territoire mauricien sans citer la disparition prématurée du Dr Bruno Cheong. « Il est mort dans l’exercice de ses fonctions. Comme un soldat qui tombe sur le champ de bataille…», rappellent ses collègues et amis, les Drs François Leung et Ah Fat Wong Ten Yuen.

Pour le second, qui partageait avec le disparu « une longue amitié et complicité », le départ du Dr Cheong laisse « un vide immense… La preuve qu’il était un médecin hors pair, c’est que, pour toute ma famille, mon épouse, ma mère et ma belle-mère, mes enfants… tous les proches et même moi, Bruno était notre médecin de référence. C’est lui qui nous soignait tous ! » Du coup, remarque le gynécologue, « maintenant, il y a cet immense vide. Et chacun me demande vers qui nous allons nous tourner, maintenant. Qui va nous soigner ? »

L’étroite relation de confiance entre patients et médecin, le Dr Cheong était « réputé pour cela ! Il n’y avait pas deux Dr Cheong; celui du privé et celui du public, puisqu’il travaillait tant dans les cliniques que pour le ministère de la Santé. Le Dr Cheong se distinguait parce qu’il se dévouait totalement à ses patients, qu’ils soient dans les hôpitaux ou dans les cliniques. Il a été d’un immense service à la nation Mauricienne ! », reconnaît François Leung, membre de la Private Medical Practitioners’ Association (PMPA).

Un avis que partage d’ailleurs le Dr Shyam Purmessur, Chairman du Medical Council (MC) : « unanimement, le corps médical pleure la disparition prématurée du Dr Cheong ! Nous avons perdu un professionnel qui se distinguait de l’ensemble tant pour son professionnalisme que son humanité. » F. Leung est d’avis que « Maurice a su lui faire justice », en évoquant le fait que l’hôpital de Flacq porte désormais le nom du Dr Cheong.

Le spécialiste de la gynécologie qu’est le Dr Wong Ten Yuen se remémore leurs années universitaires : « Je suis de quelques années seulement son aîné. J’étais à Londres, et lui à Cardiff. On se voyait régulièrement. Ensuite, avec mon épouse, nos familles sont devenues amies. D’ailleurs, il est le parrain de ma cadette, Amy, tout comme ma femme est la marraine de son fils, Oliver. » « De collègues, nous sommes devenus amis, et plus encore, dira notre interlocuteur. Nous sommes pratiquement de la famille… Nous sortions régulièrement ensemble pour des dîners. Et on faisait des parties de golf aussi… Nos liens se sont, effectivement, renforcés, au fil du temps. »

La PMPA et le MC pleurent « un professionnel qui se démarquait du lot. Non seulement le Dr Cheong restait en permanence en phase avec les progrès sur le plan mondial, mais il était aussi quelqu’un qui cernait totalement son sujet ! Incollable. » De même, soutient le Dr Leung, « il était de ceux qui ne baissent jamais les bras. Un cas lui donne du fil à retordre ? Il planche dessus jusqu’au bout. Il ne cèdera pas aussi longtemps qu’il n’aura pas aidé son patient. C’était un battant, un médecin qui faisait honneur à la profession; un humain avant tout. Nous avons perdu un fils du sol incomparable ».

Et Bruno Cheong, continuent ces interlocuteurs, « est parti à la fleur de l’âge…» À un moment, où, souligne le Dr Leung, « il préparait la relève. Nombre de jeunes médecins s’inspiraient de lui, de ses méthodes et de son approche. Il était certes très compétent dans son domaine, et très recherché, tant dans le privé que par l’état, justement, pour ses aptitudes ».

Tous gardent « un excellent souvenir d’un être humain au grand cœur. Une personne qui était disponible à tout moment… Il laisse un immense vide ».