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Après Ustad Rajah, nom de code d’Amritsing Rajarai, président du Technical Committee, le Chief Executive de cet organisme, Dosieah Kreetykant, sous la menace d’une inculpation

Le PAD & Co Jackpot pour décrocher des contrats passerait de Rs 38 M à quelque Rs 200 M sur la base des informations « retrieved » par les limiers de l’ICAC

L’enquête déborderait le seul contrat de Rs 4,3 milliards du CEB pour inclure le Cruise Terminal de la MPA, l’Airport Tower, les câbles souterrains du CEB et le Dredging de la Mer Rouge

La vision déclarée du Central Procurement Board (CPB) est de « ensure Value for Money in Public Procurement and Timely Acquisition through a Fair and Transparent Process ». Mais la réputation d’intégrité de cet organisme – jusqu’ici au-dessus de tout soupçon – est ébranlée sur la base des derniers développements dans le cadre de l’enquête de l’Independent Commission Against Corruption sur les dessous du contrat de Rs 4,3 milliards de la réhabilitation de la Centrale électrique de Saint-Louis du Central Electricity Board (CEB). Ainsi, après l’arrestation et la remise en liberté sur parole hier d’Amritsing Rajarai, ingénieur et président du Technical Committee au CPB, et le fils d’un ancien commissaire de police, le Chief Executive, Dosieah Kreetykant, est sous la menace d’une inculpation provisoire pour des délits relevant de la Prevention of Corruption Act. Il a été convoqué pour interrogatoire Under Warning lundi avec une éventuelle comparution comme son collègue devant le tribunal de Rose-Hill.

En cette fin de semaine, avec les informations, considérées comme Damning, retrieved from the PAD & Co Server, l’enquête sur la Saint Louis Gate a pris une autre tangente et dimension. D’abord, l’intégrité du Central Procurement Board, ayant sous son contrôle l’allocation de tous les grands contrats du secteur public, vole en éclats. En effet, des soupçons de pratiques abusives contre des bribes sont relevés avec d’autres contrats majeurs, dont la construction du Cruise Terminal de la Mauritius Ports Authority, de l’Airport Tower de l’Airports of Mauritius Limited, des contrats de l’Infrastructure publique, la pose des Underground Cables pour le compte du CEB ou encore le Dredging de la Mer Rouge.

C’est ce qui ressort des derniers détails transpirant des séances d’interrogatoire ou encore du Forensic Auditing des comptes de la firme de construction PAD & Co du clan Hao Thyn Voon. Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que le Jackpot pour arroser le « réseau de collaborateurs » devrait atteindre les Rs 200 millions contre les Rs 38 millions évoquées en cours de semaine. Le montant des pots-de-vin distribués dans le temps devra être confirmé au fur et à mesure que les Top Guns, qui en ont bénéficié, défilent au QG de l’ICAC.

Le prochain en lice n’est nul autre que le Chief Executive du Central Procurement Board pour sa complicité alléguée avec les protagonistes de la Saint-Louis Gate, il aura perçu un montant supérieur aux Rs 2 millions reprochées à Amritsingh Rajarai, pour son rôle en tant que président du Technical Committee en vue de l’allocation de ce contrat. D’autres hauts cadres de cet organisme devront également être interrogés Under Warning dans les semaines à venir.

De son côté, Amritsingh Rajarai, avec pour nom de code Ustad Rajah, est accusé d’avoir touché environ Rs 2 millions en 2014 pour avoir approuvé le projet d’installation de quatre turbines à la centrale de Saint-Louis. Il a été remis en liberté sur parole le temps de revenir lundi pour son inculpation.

Comme dans le cas du Professor, l’ancien ministre Swalay Kasenally, l’ICAC soupçonne que des « Cash Cheques » ont été remis à ce haut cadre du CPB par l’entremise de la société PAD & Co Ltd contre le feu vert du Board du CPB. En plus, les renseignements fournis par le duo Patrice Leung Lam Hing, Executive Director et Finance Manager de PAD & Co Ltd, et le comptable Khemraj Moojee, ont confirmé que des sommes d’argent conséquentes ont été remises à des personnes occupant des postes-clé dans des institutions publiques.
Le président du Technical Committee du CPB, défendu par l’ex-directeur de l’ICAC, Anil Kumar Ujoodha, a nié toute maldonne et dit avoir fait son travail de manière professionnelle. Les enquêteurs, se basant sur les documents et informations en leur possession, lui ont rappelé que l’offre de BWSC avait été rejetée par le CPB en juillet 2014, qui l’avait estimée irrecevable. À l’époque, la firme danoise était l’unique soumissionnaire pour le projet de Saint-Louis qu’elle avait évalué à Rs 3,5 milliards.

Quelques mois plus tard, avec l’avènement d’un nouveau gouvernement, le Central Electricity Board (CEB) a lancé un deuxième appel d’offres et BWSC a, une nouvelle fois, décroché le Bid. Cette fois-ci, le CPB a approuvé l’octroi du contrat même si le prix était passé à Rs 4,3 milliards. Interrogé sur ce retournement de situation, Amritsingh Rajarai n’a pas voulu se prononcer. Il a référé l’ICAC aux documents que le Board a soumis aux instances concernées.

À noter que l’interrogatoire d’Amritsingh Rajarai a duré presque neuf heures. Dans un premier temps, il a expliqué aux enquêteurs avoir rejoint le conseil du CPB en février 2012 et qu’il occupe le poste de Civil Engineer. L’ICAC a perquisitionné son domicile où ils ont mis la main sur des appareils informatiques.

De son côté, Patrice Leung Lam Hing était également dans les locaux de l’ICAC hier où il a une nouvelle fois confirmé l’émission de chèques à plusieurs personnes liées au contrat de la Centrale de Saint-Louis. Il a réitéré que « c’était les ordres du Managing Director de PAD & Co Ltd Alain Hao Thyn Voon » et qu’il n’avait aucun mot à dire sur ces décisions. Concernant le pactole de Rs 38 millions que l’ICAC a pu relever, Patrice Leung Lam Hing devait allouer ces dépenses à des items comme “Purchase of Raw materials” et “Company Expenses” dans les livres comptables de PAD & Co Ltd.
Cette enquête à rebondissements, avec une bombe à retardement de Rs 750 millions, se poursuit.

Swalay Kasenally : « J’attends l’ICAC en Cour maintenant »

Swalay Kasenally, qui a été arrêté par l’ICAC, affirme n’avoir bénéficié d’« aucune faveur » de la firme danoise BWSC. Il ajoute que les allocations qu’il a reçues sont conformes à un accord conclu entre BWSC et lui.

« Pour moi, c’est bien simple : l’ICAC a dû passer un mauvais moment lors du passage à Maurice de la délégation du GAFI parce qu’elle n’a rien fait. Elle s’est retrouvée dans une situation embarrassante. Il lui fallait frapper un grand coup », a-t-il dit. Celui-ci a poursuivi en expliquant que l’ICAC avait logé une accusation contre lui.

« Ensuite, elle l’a changée en quatrième vitesse. Quoi qu’il en soit, je suis consultant. J’ai un accord formel avec la BWSC. L’accord est régi par la loi du Danemark. Ce contrat m’autorise à donner des conseils techniques à la BWSC, non seulement à Maurice, mais aussi en Tanzanie, dans les pays arabes et au Pakistan. Ce qui me permet de voyager dans ces pays pour établir des contacts » , dit-il.

« La procédure prévoit que je dois acheter les billets d’avion. Les reçus certifiés sont ensuite envoyés au Danemark. La BWSC procède à une “due diligence” avant de me rembourser. L’accord passé était renouvelable tous les ans et est arrivé à terme en 2018. Ce que j’ai obtenu faisait partie d’un contrat en bonne et due forme et ne constituait nullement une faveur », ajoute-t-il. « J’attends l’ICAC en cour maintenant ! » conclut-il.