Hindu devotees gather outside the Bade Hanuman temple near Sangam, the confluence of the rivers Ganges, Yamuna and mythical Saraswati in Allahabad on March 23, 2021. (Photo by Sanjay KANOJIA / AFP)

Un an après avoir imposé le plus grand confinement du monde pour lutter contre la pandémie de Covid-19, l’Inde doit accélérer la vaccination de sa population de 1,3 milliard d’habitants, alors qu’une inquiétante recrudescence des contaminations menace de mettre à mal les efforts déjà déployés pour venir à bout du coronavirus.

Le Premier ministre Narendra Modi a annoncé en mars 2020 le confinement total du pays pour « sauver chaque citoyen » du coronavirus, mais il a poussé sur les routes des millions de pauvres ouvriers qui, ayant perdu leur emploi du jour au lendemain, ont alors dû quitter les grandes villes pour regagner leurs campagnes, y compris à pied, rencontrant pour certains la mort en chemin.

Le deuxième pays le plus peuplé du monde a enregistré plus de 11,7 millions de cas de Covid-19 et déplore au total plus de 160.000 décès, ce qui en fait le troisième pays le plus touché après les États-Unis et le Brésil.

Les autorités se sont montrées optimistes quant à leur capacité à lutter efficacement contre le coronavirus, faisant valoir le faible taux de mortalité enregistré dans le pays.

Le plus grand fabricant de vaccins au monde a lancé une campagne ambitieuse visant à vacciner 300 millions de personnes d’ici la fin du mois de juillet mais elle connaît un sérieux retard avec, à peine, 50 millions d’individus vaccinés jusqu’ici.

Un bond à plus de 40.000 nouvelles contaminations quotidiennes actuellement menace les progrès enregistrés alors que le nombre de nouveaux cas quotidiens était tombé à moins de 9.000 début février, après le pic des 100.000 par jour atteint en septembre. Les restrictions se sont peu à peu relâchées et l’économie a été relancée.

Mais l’État occidental du Maharashtra, où se trouve la capitale financière Bombay, se trouve de nouveau durement frappé et contraint à des confinements localisés et des dépistages obligatoires dans les endroits très fréquentés.

– « Pas de solution magique » –

« Nous devons reconnaître que nous sommes maintenant confrontés à un nombre croissant de cas dans de nombreuses régions du pays et la vaccination doit être l’un des aspects clés de la réponse stratégique », a déclaré à l’AFP Anant Bhan, expert en santé publique.

Le vaste pays d’Asie du Sud a commencé par vacciner en janvier les personnels de santé en première ligne, les plus de 60 ans et les plus de 45 ans souffrant d’une comorbidité. À partir d’avril, la totalité des plus de 45 ans sera également concernée.

Et nombre de spécialistes préconisent la vaccination d’une population plus large.

Anand Krishnan, professeur de médecine communautaire à l’Institut indien des sciences médicales de New Delhi, juge que « l’approche bureaucratique de la vaccination » entrave la campagne.

Les fonctionnaires doivent faire preuve de plus de souplesse, s’accordent aussi à dire d’autres experts interrogés par l’AFP, et de faciliter l’accès aux vaccins des populations les plus pauvres et les plus âgées y compris dans les établissement privés.

Selon eux, il est essentiel d’éduquer les communautés sur la nécessité de la vaccination pour vaincre les réticences. Il est aussi primordial de résoudre les difficultés endémiques du système de santé sous-financé.

Environ trois millions de vaccinations par jour ont été ajoutés par rapport au projet initial, mais la campagne reste en retard sur l’objectif du gouvernement.

« Nous devrions vraiment monter jusqu’à dix millions de vaccinations par jour », a déclaré à l’AFP Gautam Menon, professeur de physique et de biologie à l’université Ashoka (Haryana, nord), « c’est la seule chose qui nous permettra vraiment de surmonter l’épreuve sur le long terme ».

Selon les spécialistes, la campagne de vaccination pourrait être accentuée dans les régions les plus touchées pour circonscrire la nouvelle vague de contaminations. Ils ajoutent que le gouvernement ne doit pas miser uniquement sur son application gouvernementale pour amener les gens à se faire vacciner dans un pays où l’accès à internet et aux téléphones portables est loin d’être démocratisé.

Mais ils rappellent aussi que les gestes barrières demeurent plus que jamais essentiels et mettent en garde contre les rassemblements de masse, religieux, politiques et autres. Car, pour le formuler comme M. Bhan : « Les vaccins ne sont pas une sorte de solution magique ».

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