Photo illustration

Une compensation intérimaire en attendant leur indemnisation, c’est ce que souhaitent les pêcheurs des régions du Sud-Est après avoir soumis le montant de leur réclamation au ministère de la Pêche, l’année dernière. Cependant, après avoir consulté les montants réclamés par la communauté des pêcheurs et des banians, les autorités se seraient rendu compte que les chiffres avancés ne découlent pas d’une méthode scientifique, mais d’une estimation qui repose sur des  bases aléatoires.

Lors de sa rencontre avec les pêcheurs et les banians à Mahébourg, le 18 janvier, le ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo, leur a expliqué qu’ils auraient dû se baser sur des prises déclarées aux fisheries en temps normal, l’année dernière. « Il fallait prendre le volume de poisson pêché et calculer une moyenne pour la période d’août 2020 à janvier 2021. Il nous faut des chiffres pour estimer cette indemnisation et déposer la demande de compensation intérimaire auprès de l’assurance (ndlr: Japan P&I Club)« , leur a déclaré le ministre Maudhoo. Selon ce dernier, « il y a des pêcheurs qui ont soumis des estimations allant de Rs 5 000 à Rs 500 000 ».

Pour déposer les chiffres qu’ils estimaient être le montant de leurs indemnités, les pêcheurs et les banians avaient le choix entre remplir un formulaire à cet effet qui disponible sur le site du ministère de la Pêche, ou se rendre au Citizen Advice Bureau (CAB) de leur région et se faire aider par un préposé. La plupart d’entre eux ont choisi la deuxième option. Outre des données classiques sur son  identité et ses détails bancaires, le demandeur qui opte pour une réclamation en ligne doit aussi être explicite sur les dommages subits. Les critères sont définis par l’International Oil Pollution Compensation Funds.

Un pêcheur qui s’est rendu au CAB de Mahébourg explique: « On m’a posé plusieurs questions et même demandé jusqu’à quand, selon moi, le lagon restera fermé! » Il poursuit: « Mo’nn fer mo kalkil mo tousel. Mo pa’nn rod led ar personn. » Il a réclamé, dit-il, Rs 2 millions à l’assurance. Il est parvenu à ce montant, explique-t-il, en comptant le nombre de casiers qu’il a perdu, le coût de leur fabrication, son revenu mensuel et les années durant lesquelles il ne pourra, selon lui, travailler. « Si je me base sur les catastrophes de la même ampleur à l’étranger, le lagon ne se remettra pas avant longtemps. Même si la mer redevient limpide, elle gardera des traces d’hydrocarbures », affirme le pêcheur. Toutefois, il doute que l’assureur du MV Wakashio lui verse la totalité de sa réclamation.

De son côté, un autre pêcheur, propriétaire d’un bateau, qui s’est lui aussi déplacé au CAB de son village pour se soumettre à l’exercice de réclamation, confie qu’il attend à être indemnisé à hauteur de Rs 724 000. Ce qui représente, soutient-il, le manque à gagner en revenu, les dépenses qu’il a dû assurer pour remettre son bateau en état, le carburant non remboursé lorsqu’il a mis son embarcation à la disposition des autorités pour le nettoyage du lagon. Son collègue, qui pratique la pêche artisanale, s’attend, pour sa part, à recevoir Rs 400 000. Même s’ils ne peuvent déclarer leurs prises parce qu’ils ne détiennent pas de carte, les pêcheurs sans ce document ont néanmoins fait une demande d’indemnisation. Certains, au grand étonnement de leurs collègues détenteurs de cartes, auraient affirmé toucher jusqu’à Rs 50 000 mensuellement.

Par ailleurs, à vendredi dernier, des opérateurs économiques, plaisanciers, propriétaires de guest houses… contactés confiaient n’avoir toujours pas touché leurs allocations — la Wakashio Solidarity Grant et Business Continuity Grant — de Rs 10 200 et Rs 5 000. Amers, ils déplorent le retard du paiement de ces différentes aides financières annoncées en décembre dernier par la MV Wakashio Assistance and Support Cell, présidée par Charles Cartier.