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L’année 2020 a été décrétée International Year of Nurses and Midwives par l’Organisation mondiale de la Santé, notamment pour rendre hommage aux “frontliners” de la Santé qui ont exposé leur vie aux dangers de la pandémie de COVID-19 pour être au chevet des patients atteints du virus. Dans ce contexte, le Nursing Council a organisé une exposition à son siège à Forest-Side, hier, retraçant le parcours des infirmiers et Midwifes qui ont contribué à l’évolution du métier à Maurice. L’occasion aussi pour certains infirmiers de revenir sur leur expérience et les défis auxquels ils ont fait face pendant la crise sanitaire liée à la COVID-19. Une expérience professionnelle et personnelle des plus enrichissantes.

Dhunraj Foolchand, président du Nursing Council

« Les infirmiers étaient les plus demandés cette année »

Le président du Nursing Council, Dhunraj Foolchand, occupe le poste de Ward Manager à l’hôpital SSRN, Pamplemousses. Il est affecté au bloc opératoire orthopédique. Comme tout autre infirmier, Dhunraj Foolchand a été appelé à se présenter à l’hôpital pendant la crise sanitaire de la COVID-19 à Maurice. Même s’il n’était pas en contact direct avec les patients atteints du virus, il devait s’assurer que tout se passe bien dans le bloc opératoire. « Les infirmiers étaient les plus “demanding” cette année. La panique était là, surtout dans une situation où un manque de personnel soignant a été déploré. Il y avait une pression sur les infirmiers mais ils ont quand même répondu à l’appel. Certains ont travaillé pendant deux à trois “shifts” d’affilée, laissant derrière leur famille. D’autres n’ont pas touché à leur congé. Cette année a été marquée par le dévouement et l’engagement des infirmiers à la suite de la pandémie. D’ailleurs, il y a eu beaucoup de médecins et d’infirmiers qui ont contracté le virus en service. Certains s’en sont sortis, d’autres y ont laissé la vie. Nous tenons à rendre hommage à ces soignants », dit-il.

Selon Dhunraj Foolchand, il y a des leçons à tirer de la situation. « Il est temps de recruter plus de soignants. Il faut aussi revoir le mode de fonctionnement et mettre beaucoup plus d’accent sur la formation et le traitement, notamment dans l’éventualité d’une autre émergence », fait-il valoir. Sur le plan personnel, le Ward Manager dira cette année a été autant « challenging ». Et d’ajouter : « Avec la pandémie, on ne pouvait importer ni médicaments ni équipements. Je devais m’assurer qu’il y avait tous les équipements nécessaires dans le bloc opératoire avant une chirurgie. Et je m’inquiétais chaque jour, au cas il nous manquerait quelque chose. Mais Maurice a surmonté l’épreuve grâce aux dispositions prises par le ministère de la Santé. Le ministre Kailesh Jagutpal a aussi réalisé un beau travail », a-t-il dit.

Natasha Mootien, infirmière à l’ICU

« Je suis sortie grandie de cette expérience »

Natasha Mootien, une infirmière de 39 ans et habitante de Quatre-Bornes, sort grandie de l’expérience qu’elle a vécue pendant la crise sanitaire liée à la COVID-19 sur le plan local. L’année 2020, selon Natasha qui est affectée à l’Intensive Care Unit à l’hôpital Victoria de Candos, ne pourra jamais être effacée de sa mémoire. « Cette année a été principalement marquée par l’épidémie qui a touché non seulement Maurice mais le monde en entier. Alors que tout le monde était confiné chez soi, les infirmiers ont été exposés au danger.

Personnellement, c’est la première fois de ma vie que j’ai affronté une telle situation. Mais il fallait quand même faire face et aller travailler car les “frontliners” de la Santé étaient les plus importants », témoigne-t-elle. Et d’ajouter que dans un premier temps, la pandémie n’avait pas suscité de panique chez elle. « J’étais plutôt inquiète dans un premier temps mais au fur et à mesure que la situation s’aggravait dans le monde, la panique gagnait du terrain. Ma famille était inquiète. J’ai un fils de sept ans et il a fallu que je lui fasse comprendre pourquoi maman sera absente pendant plusieurs jours. Ma mère ne pouvait s’empêcher de verser des larmes quand je sortais pour aller travailler. »

Selon Natasha, elle était la plus émue de sa famille quand arrivait l’heure d’aller travailler. Pour elle, ce n’était pas du tout évident de quitter sa famille et d’aller travailler dans un “Covid Hospital” pendant une semaine. « J’ai travaillé au New ENT Hospital, complètement coupée du monde pendant dix jours. J’étais exposée à d’énormes risques mais à la fin j’ai réalisé que cette expérience m’a fait grandir », précise-t-elle. Natasha a également relevé d’autres défis en 2020, que ce soit sur les plans personnel et familial. « J’ai vécu beaucoup de changements et je ne suis pas prête de les oublier de sitôt », conclut-elle.

Gour Mahendrasingh, infirmier au Samu

« Ce n’est pas la 1re fois que j’ai travaillé dans une telle situation »

Cet infirmier affecté au département du Samu compte 17 ans de service dans le domaine. Gour Mahendrasingh, 40 ans et habitant de Rivière-des-Anguilles, a été lui aussi au service des patients atteints de COVID-19 à l’hôpital de Souillac. Pour cet infirmier, ce n’est pas la première fois qu’il travaille dans une telle situation. « Il y a quelques années, le virus AH1N1 était en circulation à Maurice. Il y a même eu des décès. Il est vrai que la COVID-19 est beaucoup plus grave mais j’avais appris à faire face à de telles situations à l’époque du virus AHN1. Je travaillais alors dans les soins intensifs, exposé aux patients atteints du virus. Et cette année, quand la COVID-19 a émergé, je n’ai pas hésité une seconde à soumettre mon nom comme volontaire pour être au service des patients COVID », dira Gour.

Ce dernier était affecté à l’hôpital de Souillac en tant que responsable administratif. Il avait la responsabilité d’assurer le bon déroulement des services à l’hôpital et en même temps d’assurer la protection des infirmiers. « J’ai mis beaucoup d’accent sur la protection. Si nous voulions offrir un bon service, il fallait d’abord nous protéger nous-mêmes. Mais au-dessus de tout cela, je voulais apporter mon aide et mon soutien aux patients. Au début, je ne devais travailler que cinq jours à l’hôpital de Souillac, mais j’ai étendu le service à deux semaines, puis à 21 jours. J’ai travaillé pendant plusieurs jours d’affilée dans un COVID Hospital. J’ai vu des patients mourir, d’autres qui quittent l’hôpital après avoir reçu les soins nécessaires », relate-t-il.

Selon Gour, la frayeur et la panique étaient bel et bien présentes à l’hôpital, mais il animait des petites réunions régulièrement avec le personnel soignant afin de le rassurer. Pour ce qui est de sa famille, il explique qu’il a toujours pu compter sur leur soutien. « Mon père exerce au ministère de la Santé. Mon épouse et ma sœur sont infirmières. Je suis père d’une fillette de 11 ans. Même si la famille s’inquiétait pour ma sécurité, elle me soutenait énormément. Pour moi, travailler pendant le confinement était un grand défi à relever et je suis fier de l’avoir fait avec succès. Cette année a été certes marquée par la pandémie de COVID-19 pour tous les “frontliners”, surtout ceux du service de la Santé. Mais le plus important c’est que cette pandémie a contribué à resserrer les liens et la coordination entre les infirmiers, les chefs hiérarchiques et la direction. Depuis l’événement, les conversations sont plus fluides », note-t-il.

Soobastian Meetoo, infirmier à la retraite : « Infirmie, se enn ras korias »

Âgé de 65 ans et habitant de Fond-du-Sac, Soobastian Meetoo est parti à la retraite cette année. Mais, il a vécu l’angoisse des infirmiers quand les premiers cas de COVID-19 ont été enregistrés à Maurice. Cet infirmier était affecté à l’hôpital SSRN à Pamplemousses et occupait le poste de Nursing Administrator. « C’était une année très difficile. D’abord, il y a un manque de soignants dans les hôpitaux et la pandémie n’est venue qu’empirer la situation. La panique a vite gagné du terrain, surtout quand les premiers cas ont été détectés à Maurice. Les infirmiers qui devaient travailler dans les COVID Hospitals étaient effrayés. Il fallait les rassurer. Ensuite, nous avons eu des soignants qui étaient épuisés quand ils sont sortis des hôpitaux. D’autres infirmiers étaient affectés dans les centres de quarantaine, réduisant ainsi le nombre de soignants dans les hôpitaux régionaux et centres de santé. Me infirmier se enn ras tre korias avek training ki nou gagne. Nou finn resi fer fass a la situision et mem ziska prezan. Nou donn kor e amm dan nou metie », a souligné Soobastian.

Cet infirmier avait, lui, la responsabilité de convertir les centres de jeunesse dans le nord en centre de quarantaine, notamment celui d’Anse-la-Raie et de Pointe-aux-Piments. « Ces centres étaient dans un état déplorable. Il fallait mettre de l’ordre et la réaménager. Nous avons eu des lits du ministère des Sports. La tâche a été vraiment difficile », dit-il. Soobastian est parti à la retraite au moment ou la pandémie battait son plein à Maurice. Aujourd’hui, après 44 ans d’expérience, il a décidé de poursuivre son parcours dans le privé. « En tant qu’infirmier, je ne peux rester à la maison. Tant que j’ai le courage, je vais continuer à travailler et partager mes connaissances aux jeunes », précise-t-il.

Devi Shivduth, Acting Senior Nurse

« C’est la première fois que j’ai vécu une telle expérience »

Devi Shivduth, 49 ans, occupe le poste d’Acting Senior Nurse à l’hôpital de Flacq. L’année 2020 a aussi été aussi remplie de défis pour elle. « Je suis à la fois infirmière et mère de famille. C’est la première fois que j’ai vécu une telle expérience. Pourtant, je suis dans le métier depuis 1993. Les infirmiers avaient peur de travailler. Il y avait beaucoup de précautions à prendre, pour que nous ne contaminions pas nos proches et d’autres collègues. À mon niveau, j’ai travaillé en collaboration avec le ministère de la Santé pour réduire le nombre de visites dans les hôpitaux pendant la crise sanitaire, surtout les patients atteints de diabète. J’étais à la tête d’une équipe qui se rendait au domicile des patients diabétiques pour les ausculter. J’étais aussi active dans la campagne de vaccination », raconte-t-elle. En tant que mère de famille, Devi dira qu’elle était très consciente.

« J’avais peur quand je voyageais. J’avais peur quand j’étais à l’hôpital. J’avais peur de contracter le virus et de le transmettre à un membre de famille. Je prenais toutes les précautions nécessaires et j’essayais de rester positive. Mon fils était en Afrique du Sud et j’étais doublement inquiète car il était loin de nous. L’année 2020 a apporté beaucoup d’inquiétudes à ma famille mais nous avons réussi à surmonter toutes les difficultés », confie-t-elle.