France: Macron veut multiplier les réformes après la crise des retraites qui mine sa popularité

Le président Emmanuel Macron a annoncé lundi soir de nombreux chantiers de réforme, pour tenter de tourner la page de celle des retraites, sans toutefois convaincre ni l’opposition, ni les syndicats, ni la grande majorité des Français, chez qui son impopularité ne cesse de croître.

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« Nous avons devant nous cent jours d’apaisement, d’unité, d’ambition et d’action au service de la France », a affirmé le président lors d’une allocution télévisée lundi soir, en demandant aux partenaires sociaux de construire « un nouveau pacte » sur le travail.

Le chef de l’Etat a ouvert des chantiers de réformes tous azimuts, repris ensuite par ses principaux lieutenants au gouvernement.

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Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a notamment souhaité « un projet de loi fort » sur l’immigration, une thématique généralement populaire en France, quand celui du Budget Gabriel Attal s’est engagé à « continuer à bâtir un plan Marshall pour les classes moyennes ».

Mardi, Emmanuel Macron recevait le patronat français, à qui il a annoncé vouloir « accélérer » une réforme des lycées professionnels pour une présentation « d’ici à l’été », tout en appelant à « bâtir » un « pacte de la vie au travail » d’ici « la fin de l’année ».

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Mais les syndicats, qu’il avait également convié, ont décliné son invitation. Et le patronat s’est montré assez circonspect quant au calendrier. « Le dialogue social ça prend du temps », a observé lundi soir Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, l’organisation patronale française.

Après trois mois de contestation de la réforme des retraites, passée le 20 mars en force par l’exécutif, sans vote à l’Assemblée, puis promulguée dans la précipitation quelques semaines plus tard, quelques heures à peine après une validation par le Conseil constitutionnel, la méthode Macron n’attire plus que critiques hors de son camp.

 

– ‘Incarnation du rejet’ –

 

La cote de popularité du président français s’effondre, à 28% d’avis favorables, soit son score le plus faible en 4 ans, égal aux « niveaux records mesurés pour (ses prédécesseurs) Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy au moment où ces derniers avaient atteint le niveau le plus bas de leur popularité », selon l’institut de sondage Ipsos.

Lundi soir, des concerts de casseroles étaient organisés pendant son allocution dans plusieurs grandes villes françaises. L’objectif des manifestants était de montrer qu’ils ne souhaitaient pas l’écouter.

Des manifestations sauvages ont parfois suivi, émaillées de dégradations, en rappel des incidents survenus ces dernières semaines, alors que des centaines de milliers de Français ont défilé régulièrement contre le projet de réforme des retraites depuis mi-janvier.

« Macron a voulu incarner personnellement le pouvoir en prenant toute la lumière dans les bons moments, mais du coup il est aussi l’incarnation du rejet de sa politique », indique Antoine Bristielle, analyste à la fondation Jean Jaurès, qui constate un « gouffre assez indépassable entre la population, son président et son gouvernement ».

« En plus, l’idée de parler de concertation, d’apaisement, alors que sur les retraites on lui a reproché sa brutalité, cela peut être mal perçu par des acteurs comme les syndicats », poursuit-il pour l’AFP. « Il prône l’inverse de ce qu’il a fait pendant trois mois. »

Immédiatement après l’intervention présidentielle, regardée par 15,1 millions de téléspectateurs selon Mediamétrie, le secrétaire général du syndicat CFDT Laurent Berger a fustigé « un discours de la méthode pour une dixième fois mais rien de concret ».

« On ne répond pas quand on nous siffle », s’est-il agacé, alors que les syndicats ont appelé à des manifestations massives le 1er mai, jour de la Fête du travail.

Emmanuel Macron « doit être le seul en France à croire que cette intervention (…) va servir à quelque chose », a ironisé sur l’antenne de France Inter Jean-Philippe Tanguy (extrême-droite). « Nous continuerons de nous battre », a de son côté promis le leader communiste Fabien Roussel.

Emmanuel Macron, peu présent sur la scène nationale pendant toute la crise des retraites, doit retourner mercredi sur le terrain avec un déplacement dans l’est de la France.

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