Le parti du principal opposant ougandais Bobi Wine a dénoncé un raid des forces de sécurité au domicile de son chef, qui serait coupé de toute communication, juste avant l’annonce des résultats de l’élection présidentielle prévue samedi.
De nombreux observateurs voient dans le scrutin organisé jeudi – des législatives se tenaient le même jour – une formalité pour le président ougandais sortant Yoweri Museveni, ex-guérillero âgé de 81 ans dont 40 au pouvoir, qui vise un septième mandat consécutif en s’appuyant sur un contrôle total de l’appareil électoral et sécuritaire.
Son principal adversaire est l’ancien chanteur Bobi Wine, 43 ans, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, qui se surnomme le « président du ghetto », en référence aux quartiers défavorisés de Kampala où il a grandi.
Après le dépouillement des urnes de 93,6% des bureaux de vote, le président sortant était crédité d’une avance confortable avec 71,88% des suffrages, contre 24,46 % pour Bobi Wine, selon les derniers chiffres de la commission électorale.
Les résultats définitifs de la présidentielle sont attendus vers 14H00 (11H00 GMT).
Des informations contradictoires ont circulé vendredi et samedi concernant le sort de Bobi Wine, après les révélations selon lesquelles la police et l’armée ont mené un raid sur son domicile vendredi soir.

Un haut responsable de son parti, la Plateforme d’unité nationale (NUP), a déclaré à l’AFP que des agents de sécurité en tenue noire avaient escaladé le mur de la résidence de M. Wine vendredi soir et confisqué son téléphone.
Le fils de l’opposant, Solomon Kampala, actuellement hors d’Ouganda, a écrit sur X que son père « avait réussi à s’échapper » du raid. Ces affirmations n’ont pu être vérifiées par l’AFP.
L’AFP s’est vu refuser l’accès à la résidence de l’opposant tôt samedi matin et n’a pu joindre ni lui ni son entourage par téléphone.
La police a indiqué avoir instauré des points de contrôle dans les zones considérées comme sensibles en matière de sécurité.
« Nous n’avons pas nécessairement interdit l’accès à (Bobi Wine) mais nous ne pouvons tolérer les cas où des personnes utilisent sa résidence pour se rassembler et (…) inciter à la violence », a déclaré à la presse le porte-parole de la police, Kituuma Rusoke.
Le parti de Bobi Wine avait affirmé vendredi soir sur X qu’un « hélicoptère de l’armée » avait atterri dans la résidence de l’opposant et l’avait emmené de force vers une « destination inconnue » après l’agression de ses gardes du corps. La publication a été supprimée samedi matin.
Un commerçant du quartier, Prince Jerard, 29 ans, a déclaré avoir entendu un drone et un hélicoptère près de la maison la nuit précédente et constaté une forte présence policière.
« Beaucoup de gens ont quitté le quartier », a-t-il souligné. « On a très peur. »

Bobi Wine, qui s’est imposé ces dernières années comme le principal rival de M. Museveni et a connu détention et torture lors des précédentes élections en 2021, avait indiqué vendredi avoir été assigné à résidence jeudi soir.
– Répression –
Le vote s’est déroulé dans un climat « marqué par une répression et une intimidation généralisées », a pointé l’ONU.
Avant les élections, les autorités avaient coupé internet, qui n’était pas rétabli samedi.

Au moins 400 partisans de Bobi Wine ont été arrêtés durant sa campagne, selon l’ONG Amnesty international. L’opposant, qui a pris l’habitude de porter un gilet pare-balles, a accusé jeudi sur X le gouvernement de « bourrage massif des urnes » et d’attaques contre les cadres de son parti et appelé la population à manifester en cas de fraude.
Le jour du scrutin a été marqué par d’importants problèmes techniques : les machines biométriques utilisées pour identifier les électeurs ont mal fonctionné, potentiellement en raison de la coupure d’internet, et les bulletins de vote n’ont pas été distribués pendant plusieurs heures dans de nombreuses régions.
L’autre grand chef de l’opposition, Kizza Besigye, candidat à quatre reprises contre M. Museveni, avait été enlevé en 2024 au Kenya pour être ramené en Ouganda, où il reste détenu pour des accusations de trahison.

Un député de la NUP, Muwanga Kivumbi, a affirmé à l’AFP que 10 partisans avaient été tués à l’intérieur de son domicile dans le district de Butambala (centre), fief de Bobi Wine, par l’armée dans la nuit de jeudi à vendredi.
Le secrétaire général de la NUP, Lewis Rubongoya, avait pour sa part indiqué à l’AFP que plus de 20 personnes sont mortes lors de l’incident, et 50 ont été blessées.
La police ougandaise a de son côté déclaré que sept personnes avaient été tuées dans la zone pour « avoir attaqué » le centre local de dépouillement des votes et les forces de sécurité.
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